CHAPITRE XII
Coudamnation d'Honorius au sixième concile.
Cela se voit encore clairement dans le sixième concile, au sujet du pape Honorius, sur lequel on a tant écrit dans ces derniers temps. Je ne conteste avec personne. Je veux seulement produire le fait, qui étant exposé tout simplement, décidera nettement cette affaire. Sergius, patriarche deConstantinople, s'étant laissé corrompre par Théodore, évêque de Pharan , auteur de l'hérésie des monothélites , qui ne voulaient point reconnaître deux volontés et deux opérations, l'une divine et l'autre humaine en J.-C, entreprit de répandre cette hérésie dans tout rOiiciit.
Comme il avait d' jà pour lui Cyrus, cvcque
— ii8 — (le Phaôis, quifutpeuaprèspatriaidied'AIexandrie, Macaire, patriarche d'Antioche, et Athanase, patriarche des jacobites, il agit avec tant d'adresse et d'artifice, qu'étant puissamment secondé par ces trois évêques, dont l'empereur Héraclius faisait beaucoup de cas , il entraîna ce pau^Tc prince, sur la fin de ses jours, dans cette nouvelle hérésie. De sorte qu'il lui fit faire ce fameux éditsous le nom à' Exthèse, on d'exposition de la foi, par lequel il ordonne à tous ses sujets de suivre inviolablement cette doctrine. Puis, ce patriarche de Constantinople l'ayant fait signer à tous les évêques de son patriarcat , qu'il assembla dans un concile, le fit afficher aux portes de son Eglise, pendant que le patriarche Cyrus, établissait en Egypte cette maudite hérésie.
Or, comme Sophronius, patriarche de Jérusalem, s'y était fortement opposé, il fit condamner dans son concile ce pernicieux dogme , qui revenait à l'erreur d'Eutichès, que le concile de Calcédoine avait condamné. Sergius, se voyant attaqué de la sorte , écrivit une grande lettre au pape Honorius, dans laquelle il accuse Sophronius de troubler la paix de l'Eglise d'Orient, en voulant introduireune nouvelle doctrine par ces nouveaux termes de deux volontés et de deux
— i'9 — opérations, qu'on n'avaitjamais vues jusqu'alors, ni dans les Pères, ni dans les conciles. Cyrius ne manque pas de soutenir son collègue par son impiété , se plaignant comme lui de Sophronius au pape. Ce patriarche filausside son côté tout ce qu'il devait pour bien le défendre, et pour faire cannaître à Honorius leitrême danger où Ion était en Orient d'y voir triompher l'erreur par la puissance et les artifices de ces hérétiques, s'il n'y met\ait ordre promptement.
On ne vit jamais mieux qu'en cete occasion, que, quand il s'agit d'exposer la foi catholique, il ne faut jamais biaiser, ni dissimuler et cacher une partie de la vérité , pour accorder les deux partis, et pour ramener à l'Eglise ceux qui s'en séparent parle schisme ou l'hérésie. Honorius, qui était un homme fort pacifique, et qui, par un grand zèle qu'il avait pour la paix de 1 Eglise, tâchait de tout accommoder, et de contenter les uns et les autres , récrivit à Sergius d'une manière dont ce patriarche et ses partisans tirèrent beaucoup d'avantage. Ils publièrent partout, et firent croire à bien des gens, par la lecture de ces lettres , que l'évêque de Rome, reconnu alors par les Grecs pour chef de l'Eglise et pour pape œcuméniqu», approuvait leur
tioctrine, ce qui rendit le parti des monolli(^lites plus puissant que jamais.
Les successeurs d'Honorins, qui mourut sur ces entrefaites, prirent une conduite toute contraire à la sienne , pour éteindre ce grand embrasement qui se répandait dans tout l'Orient. Jean IV, dans son concile de Rome, cassa tous les décrets que ces monothélites avaient faits dans leurs synodes. Le pape Théodore condamna et déposa Pyrrhus qui avait succédé à Sergius, et soutenait son hérésie ; et après lui , son successeur Paul , le plus furieux des hérétiques qui, comme un sanglier écumant de rage, désolait la vigne du Seigneur : car il en vint jusqu'à cet excès de fureur, plus que barbare, que de faire déchirer inhumainement à coups de fouets, les nonces que le pape avait envoyés à Constantinople pour remédier à tant de désordres (i).
L'illustre pape saint Martin, successeur de Théodore, agit encore plus fortement que lui; car, dans un concile de cent cinquante évequcs qu'il tint à Latran, où l'on examina les écrits des monothélites , et les requêtes qu'on avait présentées contre eux, il déclara leur doctrine
(i) Aucl. viu. si. Mai', p'.p.
hérétique, anathcm;itlsa Théodore de Pharan, Cyrus d'Alexandrie , Scrgius, Pyrrhus et Paul, patriarches de CoRStantinople, qui Tavaicnltoujours soutenue (i). Il exhorta l'Eglise gallicane, qui a toujours fortement défendu la foi catholique contre toutes les hérésies, à foudroyer celle-ci comme lui, et condamna solemnellement l'exthèse ou l'édit d'Horaclius. Cela mit l'empereur Conslans, petit-fils d'IIéraclius, et grand protecteur des monotliélites, dans une telle fureur, qu'il fit enlever de Rome ce saint pape; et après lui avoir fait souffrir mille outrages , il le relégua dans la Kersonèse, où, accahlé de misère et de pauvreté, il accomplit glorieusement un long martyre qui fut bientôt suivi de la mort de ce tyran.
Son fils, Gonstantin-Poganat, grand catholique, répara, par sa sage conduite, toutes les fautes de ce malheureux prince. Après avoir rétabli l'empire par les victoires éclatantes qu'il remporta sur tous ses ennemis, il voulut aussi rendre à l'Eglise la paix que son père avait troublée pendant près de cinquante ans, par les monotliélites. Pourcet effet, il convoqua, de concert avec le pape Agathon, le sixième concile à
(i) Mait. Ep. ad Aiuand. traicclcns.
Constantiiioplc , où la cause des moiiothéliles fut examinée à fond , et souverainement terminée à leur honte. li y avait à ce concile, outreplus de deux cents évêques orientaux, quatre légats du pape Agathon, Théodore et Georges, cardinaux-prêtres , Jean , diacre , qui parvint ensuite àlapapauté, et Constantius, sous-diacre; et de la part du concile, de cent vingt évêques, tenu pour le même sujet à Rome, trois évêques, le député de larchevêque de R.avenne, et plusieurs autres savans ecclésiastiques et moines qu'on y avait envoyés de FEglise occidentale.
On y lut les écrits qu'on avait faits de part et d'autre sur cette matière, et particulièrement la lettre de Sergius au pape Honorius, et la réponse de ce pape à ce patriarche. Après qu'on les eût bien examinées, voici le jugement que le concile, tel que nous l'avons encore aujourd'hui dans toutes les éditions, et entre autres , dans la dernière de Paris, porta solemnellement contre eux dans la session suivante (i) : ayant trouçé lépître de Sergius à Honorius , et celle d Honorius à Sergius, entièrement contraires à la doctrine des apôtres , aux définitions des conciles et aux sentirnens dessainis Pères; etqu'elles
(i) Concil. 6. act. 3.
étaient confortnes aux faux dogntcs des hérétiques , nous les rejetons absolument , et nous les avons en horreur, comme pernicieuses aux âmes. Nous avons Jugé déplus, çu' on doit effacer de l'Eglise, les noms de lliéodore, deSergius , de Pyrrhus , etc.; et que l'on doit anathe'matiser avec eux , Honorius qui fut autrefois pape de l ancienne Rome ; parce quenous avons connu, par ses lettj^es à Sergius , qu'il a suivi en toutes choses l'esprit de cet héréticpie^ et qu'il a confirmé ses dogmes impies (i).
Le saint concile répète cette condamnation , dans la définition de loi qui se fit à la dixhuiticme session , et l'anathématise de nouveau, ainsi que tous les patriarches hérétiques, Sergius , Pyrrhus , Paul et Pierre de Constantinople , Gyrus d'Alexandrie et Macaire d'Antioche , dans le remercîment qu'on fit à la fin du concile à l'empereur. Ce prince , dans Tédit par lequel il proscrit de son empire l'hérésie des monothélites , déclare la même chose contre ces évêques hérétiques , et contre Honorius , qu'il dit avoir été le confirmateur de cette hérésie.
(0 Vide sext. syn. p. 1084, cdit. Paris. Anast. in vitt. Léon. 2. 5. not. Biu- et Brev. roiu.
Le concile étant terminé , les légats du pape en apportèrent un exemplaire authentique au pape Léon II , qui avait succédé au pape Agathon , décédé durant ce concile. Léon , qui entendait fort bien le grec, piit lui-même le soin de ie traduire en latin , tel que nous lavons. Puis , écrivant à l'empereur , auquel il envoya son approbation de tous les actes du concile , il anathématise Ilonorius , qui n'a pas éclairé , dit-il , l'église apostolix^ue par la doctrine de la tradition , mais qui , au contraire , s'est efforcé de détruire la foi (i).
Et dans les lettres qu'il écrivit aux évêques d'Espagne et au roi Ervigius , auxquels il envoie la définition du concile , pour y souscrire , il s'explique sur ce sujet en termes du moins aussi forts , disant que ce pape a été frappé d' anathême avec Théodore , Cyrus et Sergius , pour avoir consenti que l'on corrompît la règle immaculée de la tradition apostolique qu'il a reçue de ses prédécesseurs (2).
Ce que ce pape , qui avait lu , examiné , traduit et approuvé ce concile , a dit d'Honorius , les autres papes ses successeurs , l'ont dit aussi
(1) ï. 6. coucll. edit. Par. p. 101; [n] Ibidem p. ii52.
flans les siècles su i vans; car, dans l'ancien dlurnal , qui est ure espèce de cérémonial de l'église de Rome , on \oit encore la profession de foi que l'on faisait faire à tous les papes nouvellement élus. Dans cette profession de foi , ils déclarent recevoir le sixième concile universel où Sergius , Pyrrhus , Paul , etc. , inventeurs de l'hérésie des monothclites , sont, disent-ils, condamnés avec Honorius, qui a favorisé et appuyé leurs méchantes doctrines.
Adrien II , dans son épître qui fut lue et reçue avec éloge au huitième concile œcuménique , avoue que les Orientaux , dans le sixième concile , prononcèrent la sentence d'anathême contre Honorius , accusé de l'hérésie des monothélites. Et le huitième concile , qui soutint avec tant de force la primauté du pape contre Photius , ne laissa pas néanmoins , du consentement des trois légals du pape qui présidaient à ce concile , d'analhématiser , dans sa définition de foi , Théodore de Pharan , Sergius , Pyrrhus, etc. ; et avec eux, Honorius, évêque de Rome , Cyrus d'Alexandrie , et Macaire d'Antioche.
Ce sont là des faits qu'on lit dans les conciles et dans les ouvrages que nous citons ; ils sont si forts et si décisifs conlre rinfaillibililé
du pape, que Baronius, Bellarmin , Pigliius et les autres auteurs modernes, qui veulent à tout prix que le pape soit infaillible , ont été contraints de s'inscrire en faux , pour se débarrasser de la persécution de ces faits importuns. Ils ont dit hardiment que les actes du sixième concile ont été corrompus par Théodore de Constantinople , qui , en haine des papes , y mit , aussitôt après le concile , tout ce qui regarde le pape Honorius. Ils ajoutent encore que les épîtres du pape Léon sont fausses , et ont été contrefaites par quckjue imposteur ■ ennemi du Saint-Siège : car , disent-ils , quelle apparence qu'après qu'on eût lu , dans Tacte quatrième , la lettre du pape Agathon , où il dit que l'église apostolique ne s'est jamais écartée de la vérité , Ton ait condamné un de ses prédécesseurs , et que Léon son successeur ait fait la même chose ?
Mais ceux qui , ne se rendant pas à cetle raison , ni à quelques autres conjectures qu'ils trouvent encore plus faibles , leur opposent des raisons auxquelles ils ne croient pas que l'on puisse jamais répondre. Si ce méchant patriarche , disent-ils , avait corrompu ces actes , les légats du pape, qui présidèrent au concile, et qui en rapportèrent un exemplaire à Rome ,
n'eusscnt-ils pas vu clairement l'imposturG ? n'auraicnt-ils pas aperçu que ce qu'on y avait inséré du pape Honorius n'était nullement du concile , qui n'avait point parlé de lui ? ne se fussent-ils pas plaints à l'empereur de cette horrible fourberie ? n'auraient-ils pas dit au pape Léon que ces actes étaient falsifiés ? eussent-ils soufïert , sans rien dire , qu'il les eût traduits de la sorte pour tromper toute l'Eglise ? et l'empereur , qui était lui-même au concile , cùt-il mis dans son édit que ion y avait condamné Honorius ; ou bien eût-il souffert que l'on falsifiât cet édit en sa présence ?
Que si quelqu'un , pour sauver les légats du pape , et le pape Léon , s'avisait de dire que ces actes n'ont été corrompus que long-temps après leur mort , ne lui demanderait-on pas , pour le confondre , et sans qu'il pût répliquer un seul mot, à quoi donc eût servi cette imposture? N'eût-on pas eu , dans les archives du Vatican , le véritable exemplaire , de ce concile , la traduction qu'en fit le pape Léon , et mille copies qui s'en firent, et qu'on eût pu opposer à ces faussaires , pour découvrir leur fourberie? Le pape Adr;cn , loin d'écrire aux Pv'res du huitième concile qu'on avait condamné Honorius , dans le sixième , ne les au-
rait-il pas avertis que leurs exemplaires étaient corrompus? Ces pères auraient-ils osé renouveler ranalhcme contre Honorius , et les trois légats d'Adrien ne s'y seraient-ils pas opposes ? Ils ne le firent pourtant pas , et Ton ne se plaignit nullement alors que les actes du sixième concile eussent été falsifiés. La raison en est toute simple ; car on n*a jamais vu d'autres exemplaires manuscrits ou imprimés de ces actes , que ceux que nous avons , où l'on trouve Honorius condamné avec Scrgius , Pyrrhus et les autres chefs des monoth élites.
Pour ce qui regarde les épîtres du pape Léon, le père François Combefis, savant jacobin , en a si bien montré la vérité , qu'on n'en doute plus aujourd'hui, il nous a donné en outre une pièce très-rare , qui seule pourrait terminer le différend , s'il y en avait encore sur un sujet que 1 on a si bien éclairci. C'est un petit ouvrage du diacre Agalhon , garde du trésor de Chartres , et vice-chancelier de l'église de Constaiitinople. Il y dit que, faisant l'office de secrétaire au sixième concile , il en transcri^-it de sa propre main tous les actes , qui furent soigneuscmeat gr.rdés dans le palais impérial , et (jue, par l'ordre de l'empereur, il en fit cinq copies pour les cinq pairiarchcs , afin qu'on ne
pût altérer les décisions du concile (i). Ce fut par conséquent une de ses copies que les légats portèrent au pape , qui est sans contredit le premier de tous les patriarches. Puis après , il ajoute que Philippicus , qui avait été élevé dès sa jeunesse dans l'hérésie des monothélites , étant parvenu à Tempire , fit ôter de devant la porte du palais , avant que d'y entrer , un portrait qui représentait le sixième concile. Il commanda qu'on rétablit les images , et qu*on remit dans les sacrés dyptiques les noms de Sergius , d'Honorius et de tous les autres que le concile œcuménique avait foudroyés d'anathême.
Voilà bien des témoignages convaincans , qui font voir manifestement que les actes de ce concile n'ont point été corrompus par les Grecs. Aussi , tous ceux qui le disaient auparavant , abandonnant une si pitoyabte défense , se sont rétranchés dans une autre non moins fausse que la première. Ils disent que les Pères s'étaient trompés pour n'avoir pas bien pris le sens , ni bien entendu les paroles des épîtres d'Honorius, qui usa d'une sage dispensalion pour réunir tous les esprits. Mais cette réponse est bcau-
(i) Vide t. concil. eclit. Paris, p, 1648 etsequent.
coup plus mauvaise et plus dangereuse que Tautre. Celle-ci n'en veut qu'à quelques particuliers'^ qu'on accuse , sans les connaître et sur de simples conjectures , d'avoir falsifié des actes ; l'autre , au contraire , attaque tout un concile œcuménique , pour lui ôter l'autorité et la force qu'il doit avoir contre les hérétiques.
En effet , par la même liberté que l'on prend de dire que le concile n'a pas Lien entendu les lettres du pape Honorius , quoiqu'il les ait examinées , les monotliéîites , s'il y en avait encore aujourd'hui , pourraient dire qu'il n'a pas entendu les Ecritures ni les Pères , sur la foi desquels il prétend cependant avoir bien condamné la doctrine de Théodore de Pharan , de Sergius , de Pyrrhus , de Paul de Gonstantinople et de Macaire d'Antioche. L'on rend par là inutiles tous les décrets des conciles , et toutes les constitutions des papes , reçues de l'Eglise , qui ont condamné d'hérésie certaines doctrines et certaines propositions marquées en particulier, et contenues dans les ïi\Tesde quelques auteurs, comme l'ont fait les Pères du cinquième synode à l'égard des trois chapitres , et de nos jours , les papes Innocent X et Alexandre VII , à l'égard du livre de Jansénius.
Ce sont des raisonnemens auxquels je ne vois
pas qu'on puisse jamais bien r(^ponclre. Mais comme je n'agis pas , dans ce traité , par la voix du raisonnement , qui entraîne toujours après lui la dispute contre des gens qui , pour ne pas demeurer court , quand ils sont arrêtés par des raisons évidentes , ne manquent pas de se sauver par certains faux-fuyans de distinc-' lions embarrassées , et que l'on n'entend jamais bien ; je veux me tenir dans les termes que je me suis prescrits , et ne me servir que de faits incontestables de l'antiquité qui nous sont fournis par l'histoire. Je dis donc , pour répondre aux uns et aux autres , que les actes du sixième concile aient été corrompus ou non , il est certain que toute l'antiquité l'a reçu tel que nous l'avons aujourd'hui , avec la condamnation d'Honorius.
Cela paraît , pour ne rien dire du pape Léon ,' par le décret du septième concile , qui , comme le sixième, anathématise Sergius , Pyrrhus et Honorius, par Anastase (i) le bibliothécaire, qui assurément avait vu l'exemplaire apporté de Constantinople , et qui , dans la vie de Léon II , dit que ce pape reçut le sixième concile où l'on condamne Cyrus , Sergius , Pyrrhus et
(i) Act. ult. Anastas. vit. Lcon. et in Ep. ad Joann. diac.
Honorius , par cette lettre d'Adrien II que nous avons citée ; par la définition du huitième concile ; par la profession de foi que les anciens papes faisaient après leurs élections ; et enfin , par la tradition constante de l'église gallicane , comme on le voit dans la chronique d'Adon (i) , et dans le plus ancien manuscrit de son martyrologe , qu'on peut voir à la bibliothèque Mazarine.
On le voit encore dans les opuscules d'Hincmare , archevêque de Reims (2) , où il mit la condamnation d'ilonorius par le sixième concile , avec celle des autres monothélites. C'est pourquoi , écrivant au pape Nicolas P"" , il dit que toutes les églises de France sont sujettes à celle de Ftome , que tous les évêques sont soumis au pape , à cause de sa primauté , et qu'ils doivent tous lui obéir ; mais sahâjide , ajoute-t-il , sauf lafoi (o). Or , il est clair qu'il n'ajouterait pas ces mots , si l'on n'eût cru en France, comme ailleurs, que les papes pouvaient errer aussi-bien qu'IIonorius. Enfin, ce qui confirme authentiquement tout ceci , c'est qu'on ne
(i) TEtat. 6.
{■2) Opusc de non trlnac unit. 33. cap. 20.
(3) Hincmare , ap. flod. 1. 3. Hlst.
— i33 — trouvera jamais aucun auteur, qui, avant quelques modernes du siècle passé , ait osé dire contre la tradition de l'église même de Rome , que les actes du sixième concile ont été corrompus par les Grecs.
Dans l'ancien bréviaire romain , imprimé à Venise en l'an 1482 , et soixante-un ans après , à Paris , en i543 , on lit dans la première leçon , au second nocturne de l'office de saint Léon II , le 28 juin : Hic suscepit sancfam sextant synodum ; et dans la seconde : in quâ synodo damnati surit Cyrus et Sergius , Honorius ^ Pyrrhus , Paulus , etc. Mais , dans le nouveau bréviaire , on a retranché le nom d'Honorius, et l'en s'est contenté de mettre dans cette seconde leçon ; In eo concili'o, Cyrus , Sergius et Pyrrhus condemnati sunt. On peut conclure d'après ces faits incontestables, en disant : toute l'antiquité , les conciles œcuméniques , les papes , toute l'église gallicane , et même l'église de Rome , jusqu'au siècle passé , ont cru que le sixième concile , reçu de toute l'Eglise, a condamné le pape Honorius, et Ta mis au nombre des hérétiques monothélites. L'antiquité a donc cru que le pape n'était pas infaillible ; c'est ce dont il s'agit uniquement dans ce traité.
On peut en dire de même à ceux qui sou-
tiennent que le concile , en condamnant les épîtres d'Honorius à Sergius , ne les a pas bien entendues. Que cela soit ou non , il est certain, selon vous-même qu'il les a condamnées : donc, tout un grand concile , de plus de deux cents évoques du septième siècle , et représentant l'Eglise universelle dans ses pasteurs légitimement assemblés , n'a pas cru que le pape fut infaillible ? S'il l'eût cru , il n'aurait eu garde , soit qu*il eût bien ou mal entendu ses deux épîtres , de l'anatbématiser , comme il a fait.
De tout ce que je viens de dire dans ce chapitre , il résulte que Fanliquité , dans les septième , huitième et neuvième siècles , aussibien que dans ceux qui les ont précédés , a cru que le pape n'était pas infaillible. C'est ce que j'avais à montrer : je laisse aux docteurs modernes , qui tiennent pour son infaillibilité , la liberté de penser et de dire sur cela tout ce qu'ils voudront , par des raisonnemens qui ne pourront jamais détruire la vérité des faits que j'ai avancés , et qui nous font connaître ce que l'antiquité a cru touchant l'infaillibililé du pape.
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