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CHAPITRE XIII

Des papes Clément III , Innocent III , Boniface VIII et Sixte V.

En s'appliquant à la recherche de l'anliquité, on trouve qu'il y a Lien d'autres papes dans les siècles suivans qui ont erré dans leurs décisions , comme ceux dont nous venons de parler. Au douzième siècle, Clément III déclara dans sa décrétale , laudabilcm , que la femme d'un hérétique qui se convertissait, le mari, demeurant obstiné dans son hérésie , pouvait se remarier à une autre : ce qui, sans doute, est une erreur, que ni les catholiques, ni les protestans ne souffriraient pas qu'on renouvelât aujourd'hui. Aussi, le pape Innocent III, qui remplit le Saint-Siège bientôt après Clément, révoqua cette constitution , déclarant par là nettement que son prédécesseur avait erré. C'est ce que le cardinal Robert Cortzeon, qui florissait sous le pontificat d'Innocent III, dit dans sa somme, dont on garde le manuscrit, que j'ai vu dans la bibliothèque de l'abbaye royale de Saint- Victor. Le pape Innocent lui-même, tout habile homme qu'il était , ne laissa pas que d'être sujet à ce

défaut, dont les papes, selon la croyance de Tantiquiléne sont pas exempts, et qui est de pouvoir se tromper, même en décidant un point de doctrine avec leur conseil, et sans le consentement de l'Eglise.

Le fait est rapporté par Ccsarius , moine de Citeaux (i), et contemporain d'Innocent III. Il dit qu'un religieux de son ordre, qui, apparemment avant que d'entrer dans le monastère, avait fait accroire qu'il était prêtre, commettait tous les jours un horrible sacrilège en célébrant la sainte messe, quoiqu'il n'eût point reçu les ordres sacrés. S'en étant confessé à son abbé, qui ne manqua pas de lui ordonner, comme il le devait , de s'abstenir désormais de la dire, il ne voulut jamais lui obéir; car, d'une part, il craignait, s'il s'en abstenait, de se déshonorer et de donner sujet à ses confrères de juger mal de lui : de l'autre , il ne croyait pas devoir appréhender que cet abbé auquel il n'avait découvert son crime, que sous le sceau inviolable de la confession, osât se servir de cette connaissance pour le maltraiter.

L'abbé, se trouvant fort embarrassé , s'avisa de proposer ce cas en général, dans un chapitre

(i) Lib. 3, hist. Mem. cap. 32.

de tout l'ordre, qui se tint quelque temps après, et demanda ce qu'on aurait à faire si une pareille chose arrivait jamais dans quelqu'un de leurs monastères. Toule rassemblée se trouva dans un aussi grand embarras que ce bon abbé. Ni celui de Citeaux , ni les autres , n'osèrent jamais entreprendre de décider ce cas de conscience qu'on trouvait si difficile, qu'ils jugèrent tous qu'il fallait en écrire au pape pour en avoir la solution.

Ce pape, qui était Innocent III, assembla pour cette affaire ses cardinaux , des docteurs et de savans hommes , afin d'avoir leur avis ; après quelques contestations ils revinrent tous au sien, savoir: qu'une telle confession, étant plutôt un blasphème qu'une confession , le confesseur devait en ce cas découvrir un crime si horrible, parce qu'il pourrait porter un très-grand préjudice à l'Eglise . Le pape récrivitau chapitre l'année suivante , ce qu'il avait déterminé , et qui avait été approuvé dans cette grande congrégation de cardinaux (i). On ne peut nullement douter que cette définition né soit fausse; aussi ce même pape ne fit point difficulté de la rétracter peu de temps après, dans le grand concile deLatran, auquel il présida lui-même , et qui déclare po *— — ..■■■. ■ I, .

(0 Aun. i2i5.

sitivement le contraire en ces termes : Que le prêtre prenne bien garde de ne découvrir ni par parole, ni par signe, ni en quelque autre manière que ce soit , le péché de son pénitent : que si quelqu'un, ajoute-t-il, révèle le péché qu'on lui a découvert au tribunal de la confession , nous ordonnons, non-seulement qu'il soit déposé de l'office sacerdotal, mais aussi qu'il soit rélégué dans un monastère pour y faire pénitence pendant toute sa vieil).

Voici donc deux décisions entièrement opposées sur un point de la dernière importance, et qui regardent un sacrement : Tune du pape, avec son concile particulier, ou son conseil des cardinaux, évêques, prêtres et diacres qui représentent 1 Eglise de Rome ; l'autre du même pape, avec un grand concile, représentant toute l'Eglise universelle : l'une est fausse et l'autre véritable. Doù vient cette différence, si ce n'est que le pape, prononçant et décidant sur quelque point touchant la doctrine et les mœurs dans un concile général, ou avec le consentement de l'Eglise, est infaillible, et que, quand il agit autrement, il ne l'est pas.

Cela paraît encore beaucoup plus clairement

(0 Concili Later. 4- cap. 21.

— i39 — dans la bulle, unamsanctam, de Bonifacc VIII, par laquelle ce pape, dont l'histoire est assez connue de tout le monde , propose à tous les fidèles, comme un article de foi dont la croyance est utile au salut, que les papes ont une puissance souveraine sur tous les royaumes du monde, pour le temporel. On crut alors, dans tous les pays, comme on le croit encore aujourd'hui, que cette définition était fausse. Ceux-là même, qui tiennent que le pape a quelque pouvoir sur le temporel, se gardent bien de dire qu'on est obligé de le croire sous peine de damnation. On sait que Clément V révoqua cette bulle au concile de Vienne (i). Ce pape donc, ce concile, et ensuite toute l'Eglise, ne croyaient pas au quatorzième siècle que le pape fût infaillible.

On peut en dire de même de la bulle de Sixte V, qu'il fit imprimer avec sa bible, et par laquelle il déclare à toute l'Eglise que cette bible est rétablie dans sa première pureté de la vulgate. Cependant, voyant clairement ensuite que cela n'était pas, Clément VIII supprima cette bulle et cette bible, et en fit imprimer une autre où toutes les fautes de la première sont fort bien corrigées. On a droit de dire, après cela, que

(i) Capite meruit. de prlvileg.

Clément VIII était fort bien persuadé que son prédécesseur, instruisant tous les fidèles sur un point qui regarde le principe même de la foi , pouvait se tromper. Je ne le dirai pourtant pas, parce que je ne veux point du tout entrer en dispute avec certains docteurs modernes qui, pour se tirer d affaire, se sont avisés de dire assez plaisamment , qu'à la vérité , la bulle avait été imprimée avec cette bible, qui paraît encore en plusieurs bibliothèques, mais qu'elle n'avait pas été affichée aux portes de l'église de Saint- Pierre et au champ de Flore , aussi long-temps qu'elle aurait dû l'être selon les lois de la chancellerie de Rome. Comme si la vérité ou la fausseté de ce que contient une bulle, dépendait du temps qu'on doit mettre à la publier; et comme si le pape qui l'a faite, ne devenait infaillible que précisément au moment que le temps, durant lequel il faut qu'elle soit affichée, s'accomplit. Laissons donc là cet exemple du pape Sixte V, pour ne pas nous engager dans cette chicane de dispute , qui ne me semble pas assez sérieuse, dans une matière de cette importance.

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