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CHAPITRE XIV

Exemple du pape Jean XXIÏ.

Je ne rapporterai plus que l'exemple du pape Jean XXII. Ce pape, dans son extrême vieillesse de près de quatre-vingt-dix ans, s'était mis dans l'esprit qu'il fallait établir dans l'Eglise, comme une vérité constante , l'opinion de quelques-uns qui avaient autrefois enseigné que les âmes de ceux qui mouraient en grâce, et qui avaient été entièrement purgées de tout ce qui pouvait rester de leurs péchés, ne verraient Dieu qu'après \{i résurrection (i). Il fit tous les efforts imaginables pour la faire prévaloir. Il l'enseigna publiquement dans les conférences et dans les congrégations qu'il tint sur ce sujet. Il la prêcha lui-même; il obligea, par son exemple, les cardinaux, les prélats de sa cour et les docteurs, à la soutenir hautement. Il fit mettre en prison un savant jacobin , nommé le père Thomas de Valas, qui ne doutant pas que ce dogme ne fut une erreur contre la parole expresse du fils de Dieu qui dit au bon larron : T'a seras aii-

(i) Contln Naug.

jourd'hui açec moi en paradis, prêcha le contraire dans Avignon même où le pape tenait sa cour (i). Enfin, je trouve un docteur de trcsgrande autorité, que son éminente vertu , jointe à sa rare doctrine et à sa prudence consommée dans le maniement des affaires , éleva depuis à la suprême dignité de TEglise (2), qui dit fort clairement , qu'il obligea tout le monde à tenir désormais cette doctrine.

Quoi qu'il en soit, il est certain que Jean XXII fit tout ce qu'il pût pour faire entrer dans son sentiment la sacrée faculté de théologie et l'université de Paris, qui était révérée de tout le monde comme la mère des sciences. Pour cet effet, il y envoya deux docteurs avec le général des cor délier s, qui soutinrent publiquement cette doclrine et osèrent la prêcher, ce qui souleva tout Paris contre eux. Le roi Philippe de Valois fit assembler sur cela tous les évêqucs et les abbés qui étaient alors dans la capitale , et les docteurs de la faculté, qui confondirent en sa présence ceux d'Avignon (3), et leur prouvè-

(0 Ib. et Gob. persona in Cosniodi'. œta. 6. c. 71. Paul. Langius in Cliron. cit.

(2) iEdi'ian. 6- in 4 sent. art. 3. demlnis. confir. 22.

(3) Con. Naug.

rent que ce qu'ils avaient prêché par ordre du pape, était liérclique.

Ce prince, qui ne voulait point souflrir de nouveauté dans la doctrine de son royaume , écrivit à sa sainteté avec beaucoup de respect cl de force , la suppliant de rétracter ce méchant dogme, qui causait tant de scandale dans l'Eglise. Il pria même Jean XXÏI d'envoyer en France un légat qui approuvât et confirmât de sa part le décret des docteurs de Paris, qui savaient beaucoup mieux ce qu'on devait croire comme appartenant à la foi, que ses canonistes et ses autres clercs d'Avignon, qu'on savait bien ne pas être grands théologiens (i).

Le pape, qui ne voulait ni se dédire tout-àfait ni irriter le roi dont la protection lui était nécessaire, usa d'un moyen qu'il croyait ne pas devoir lui être désagréable : il le pria de trouver bon que chacun pût demeurer dans son opinion, et dire, enseigner et prêcher ce qu'il lui plairait sur celte proposition. Le roi voulut encore prendre l'avis de la faculté, qu'il fit assembler jusqu'à trois fois; celle-ci, par son décret du second Janvier de l'année i333, aux Mathurins,

(i) Ibid. Eplst. Joaiin. ad Pliilip. 14. Kal. dec. pontif. 18.

déclara de nouveau que cette opinion dont il s'agissait était hérétique , et que par conséquent elle ne pouvait être prêcliée ni enseignée. Apres cela, Philippe la fit proscrire à son détrompe, défendant à tous ses sujets de l'enseigner ou de la soutenir ; ensuite , pour obliger le pape à la condamner, il lui écrivit une seconde fois, en des termes si forts et si extraordinaires, que ce pape la rétracta enfin un peu avant sa mort, qui arriva l'année suivante (i).

J'ai fait tout ce que j'ai pu, dans mon histoire de la décadence de l'empire, pour excuser Jean XXII, jusque-là même, que j'ai dit avec quelques-uns, que cette doctrine qu'il voulait établir dans l'Eglise, de son autorité, n'était pas encore condamnée, comme elle le fut après par Benoît XII, son successeur.

Il y en a pourtant qui disent qu'elle avait été réprouvée long-temps auparavant par l'Eglise romaine. Cela paraît par la profession de foi que Clément IV envoya en l'année deux cent soixante-sept à l'empereur Michel Paléologue, et dont j'ai parlé dans mon histoire du schisme

(i) Vid. Joann. Gers. serm. in die pascli. coram rege. Petr. deAUiac. propos, de toll. schis. coram rege. an. i4o6} Gob. perso. Langius. Odoi'. Rayn. ad ann. i334.

des Grecs. Quoiqu'ilen soit, il est certain que c'est une erreur condamnée non-seulement par le pape Benoît, mais bien plus solemnellement encore, deux cents ans après, dans l'article troisième de la définition de foi que fit le concile de Florence pour la réunion des deux églises. Comme on ne doutait pas que le pape Jean XXII, de la manière dont il s'y prenait , n'agit de toute son autorité et de toutes ses forces, pour introduire et établir dans l'Eglise une pareille erreur; on crut aussi dans ce quatorzième siècle que le pape, enseignant l'Eglise, pouvait errer, et qu'il n'est infaillible que quand il prononce sur la chaire de l'Eglise universelle , comme son chef à la tête d'un concile général , ou du consentement des principaux membres de l'Eglise qui sont les évoques.

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