CHAPITRE XV
De la tradition de TEglise de Rome sur cette question.
Il ne nous sera pas fort difficile de montrer que cetle doctrine est conforme à la tradition constante de l'Eglise romaine, ce qui paraît clairement par la conduite des anciens papes. Dans les grandes contestations touchant la foi , après
avoir prononcé eux-mcmcs contre une erreur, ils ont toujours cru que, pour la condamner par un jugement infaillible et souverain , il fallait un concile, ou du moins le consentement unanime de TEglise : ut pleniori judicio , omnis possît error aboleri; afin qu'on put abolir terreur par un jugement plus solemnel et décisifs dit le grand saint Léon (i), écrivant au second concile d'Ephèse, quoique lui-même eût déjà condamnéEutychèsdans son concile particulier, qu'il tint à Rome pour ce sujet.
C'est ce que les papes du siècle passé ont confirmé, lorsqu'après que Léon X eut publié sa bulle contre les erreurs de Lutber, ils déclarèrent dans les leurs, en parlant du concile de Trente, qui fut convoqué pour décider souverainement sur ce sujet, que c'était là le dernier remède nécessaire , dont leurs prédécesseurs s'étaient toujours servis en pareilles occasions (2). Tous ces papes s'accordent parfaitement bien sur cela, avec le cinquième concile qui, pour prouver cette nécessité , produit l'exemple des apôtres. Ceux-ci décidèrent en commun , avec
(1) Ep i5. ad Ephcs. synod.
{■2.) Clem. YII in buJl. indict. concil i5. i3. Plus lY in bail, confirm.
— i47 — saint Pierre , la question louchant l'observation (le la loi de Moïse. Ils déclarèrent ensuite qu'on ne peut autrement trouver la vérité dans les contestations qui naissent sur la foi catholique. Il est évident par là que les papes et le concile n'ont pas cru que le pape fût infaillible. S'ils l'eussent cru, ils auraient aussi été persuadés qu'il suffisait de consulter cet oracle; et qu'après ses décisions et ses réponses, il n'était pas nécessaire, pour abolir entièrement l'erreur, de recourir à celles de l'Eglise représentée par un concile.
Si on nous objecte qu'on trouve des hérésies que les papes seuls ont condamnées, et qu'on a toujours tenues pour bien condamnées, sans qu'elles l'aient été par aucun concile, nous l'accorderons aisément; mais en même temps, nous dirons que cela ne peut rien conclure. Car, dans les trois premiers siècles de l'Eglise, il y a des hérésies comme celles de Gerinthe , des ptoloméites, dessévériens, des noétiens, des bardesaniles, des valésiens et beaucoup d'autres, que de simples évêques , ou des synodes particuliers ont condamnées, et que l'on est obligé de tenir pour hérésies. Cependant, ni les papes , ni les conciles généraux, n'ont eu aucune part à cette condamnation. Ce n'est pas que ces évêques
„c ces synodes soient infaillibles, mais c'est que tous les autres évoques qui avaient autant d'horreur de ces hérésies que ceux-ci , les condamnaient comme eux, en approuvant tout ce qu'ils avaient fait. Il en est de même quand les papes ont décidé contre quelque doctrine ; on est obligé ensuite de la tenir pour hérétique, pourvu qu'ils aient décidé du consentement de l'Eglise qui a reçu leurs constitutions , comme nous en avons vu de nos jours un illustre exemple.
Ce qui confirme encore plus cette ancienne tradition de l'Eglise romaine, c'est cegrand nombre de papes qui, en condamnant quelques-uns de leurs prédécesseurs dans les conciles œcuméniques, ont déclaré parla qu'eux-mêmes ni les autres n'avalent pas reçus le don d'infaillibilité, qu'il n'a donné qu'à son Eglise. Aussi, deux grands papes des derniers temps, en étant si persuadés, ne l'ont pas voulu accepter de la main des hommes qui ont voulu le leur attribuer.
Le premier est Adrien VI, qui, dans ses commentaires sur le quatrième livre des sentences (i), dit positivement, et de la manière la plus décisive, qu'il est certain que le pape peut er-
(i) Alt. 3. de Mini, confirmati.
rcr, même dans les choses qui appartiennent à la foi , en enseignant ou établissant une hérésie , par ses définitions ou par ses décrétales, ce qu'il prouve par plusieurs exemples. Bien loin d'imiter pie II, et de changer comme lui de sentiment, quand il fut pape, il y persista si bien, qu'il trouva bon qu'on fit à Rome, durant son pontificat , une nouvelle édition de son li^Te, toute conforme à celle qu'il avait fait faire étant docteur et doyen de Louvain, et où l'on voit cet endroit tout entier, sans qu'on n'y ait ni omis, ni changé un seul motr
Le second est Paul IV, qui , avant que d'être élevé au souverain pontificat, avait été grand inquisiteur, l'un des plus sévères et des plus zélés qui furent jamais pour conserver la pureté de la foi catholique contre toutes les hérésies (i). Ce pape, en l'année cinq cent cinquante-sept, tint à Rome une grande congrégation de cardinaux, d'évêques et de docteurs, pour examiner cette importante question : si, par la puissance des clés que J.^G. luiavait données, comme au successeur de saint Pierre, il pouvait dissoudre le mariage que le maréchal de Montmo-
CO Rclat. Joana. Hay. Paris. Theol. addit. aui Mem. de Castclnau. t. 2.1. 6. -''
rency avait contracté en termes formels, deprœsentie avec la demoiselle de Piennes.
Après leur avoir exposé Taiïaire, en leur faisant comprendre qu'il s agissait d'un point d'une très-grande importance, louchantun sacrement, ce grand pape leur déclara qu'il ne voulait point qu'on lui alléguât les exemples de ses prédécesseurs. Il ajouta qu'il ne voulait les suivre, qu'autant qu'ils se trouveraient conformes à l'autorité de la sainte Écriture et aux solides raisons de la théologie : car, je ne doute point , ajouta-t-il, que mes prédécesseurs et moi, n'ayons pu faillir, non-seulement en ceci, mais enplusieurs autres choses. Il prouve ce qu'il avance , par des témoignages de l'écriture, qui nous apprend que Dieu permet que l'on ignore pour un temps, ce qu'il découvre après à son Eglise. Qui sait donc, maintenant, dit-il, si Dieu ne veut pas manifester, par notre nrioy en, ce que les autresn'ont pas su touchant l' indissolubilité du lien du mariage? c est pourquoi n ayez aucun égard aux exemples, et n allez-pas m' alléguer ce que celuici ou celui-là^ d'entre mes prédécesseurs , a déterminé sur cette matière en pareil ca,s. Voyez seulement si ces papes ont bien ou mal entendu ce qu'ils ont décidé sur cette matière du mariage, que nous examinons en ce moment.
— i5i — Voilà un pape qu'on n'accusera sans doute jamais de n'avoir pas bien soutenu l'autorité pontificale, qui avoue néanmoins de bonne foi, et en termes forts clairs, que lui et ses prédécesseurs ont pu errer dans les décisions qui appartiennent à la foi. Ainsi Ton peut conclure évidemment de tout ce que j'ai dit jusqu'ici sur ce sujet, que de grands saints de l'ancienne Eglise, des évéques de toutes les parties de la chrétienneté , de l'Orient, de l'Occident et de l'Afrique, des conciles pléniersetgénéraux, d'anciens papes qui ont ou présidé ou consenti à ces conciles, que toute l'antiquité, en un mot, a cru que le pape , décidant par son autorité pontificale, sans le consentement de l'Eglise, n'est pas infaillible.
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