‹ Triomphe des libertés gallicanesChapitre 25 sur 51 · CHAPITRE XXÏI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXÏI

De l'ëcrlt du sieur Emmanuel Schelstrate , contre ces deux décrets du concile de Constance.

Il y a deux ans (i) que le clergé de France, représentant l'Eglise gallicane assemblée à Paris par ordre du roi , fit une déclaration authentique, en quatre articles, de ce qu'elle croit et de ce qu'elle définit touchant la puissance ecclésiastique , conformément à la sainte écriture, à la tradition, et à l'usage de toute l'Eglise, et particulièrement de celle de France. Entre autres choses , il déclare dans le second article : que les papes , successeurs de saint

(i) Ann. i68a.

Pùirrc , ont une telle puissance sur le spirituel, qu'il faut aussi que les décrets du saint concile œcuménique de Constance , approuves du saint siège apostolique , et contenus dans la quatrième et la cinquième sessions, touchant l autorité des conciles généraux , demeurent dans toute leur force , et ne reçoivent aucune atteinte. Il ajoute , que l'église gallicane n approuve point le sentiment de ceux qui veulent affaiblir ces décrets , et leur ôter toute leur force , en disant qu'on peut douter de leur autorité , qu'ils ne sont pas suffisamment approuvés , ou qu'ils ne s'étendent pas au-delà du temps où il y a un schisme dans l'Eglise (i).

Il n'y a rien sans doute de plus fort , et tout ensemble de plus modeste que cette déclaration d'une église aussi vénérable à tous les siècles que l'église gallicane. Depuis le temps des apôtres elle a toujours maintenu et fait fleurir dans les Gaules, la foi catholique dans toute son intégrité, sans avoir jamais été suspecte de la moindre erreur. Il s'est toutefois trouvé un écrivain moderne, nommé Emmanuel Sclielstrate, chanoine d'Anvers , et sous-bibliothécaire

(i) Declaratio cleri gallicani de ccclesiasllcâ potestate ann. 1682.

(lu Vatican , qui , comme il le déclare dans le plan de sa dissertation , entreprend de détruire tout ce que le clergé de France établit sur ces décrets. Il s'efforce de montrer en trois chapitres, 1° qu'on peut et qu'on doit raisonnablement douter de leur autorité; 2° qu'on ne les doit entendre que pour le temps du schisme , et à l'égard des papes douteux ; S** enfm , que bien loin d'être approuvés , ils ont été manifestement réprouvés par une bulle expresse.

Or, comme les faits et les actes authentiques que nous avons dans les conciles de Constance et de Bàle, sont entreles mainsdetoutle monde, et reconnus pour très-véritables, depuis plus de deux cent soixante ans, sans que personne aitjamaissongéàs'y opposer; il s'est obligé de nous disputer cette légitime et paisible possession , autorisée par une prescription de près de trois siècles. 11 prétend venir à bout de son dessein , en nous opposant certains vieux manuscrits qu'il a déterrés, je ne sais où. Ces pièces contiennent le registre et les actes du concile de Constance, qu'on n'avait jamais vais comme ils sont là; et il prétend que Dieu a permis par une singulière providence, qu'on les trouvât presque en même temps que l'église gallicane faisait sa déclaration, comme s'il eût voulu

(lonnor de quoi la confondre à l'instant momn où on la publiait.

C'est là ce que Ton peut dire une entreprise magnifiquement proposée, mais sur quoi estelle fondée ? sur le fondement du monde le plus ruineux , et qu'il me serait très-aisé de détruire ; je pourrais par conséquent renverser tout l'édifice qui en est si mal soutenu , en disant en un mot ce qui est très-vrai , que ces prétendus bons manuscrits qu'il produit contre nous , après une possession de trois siècles, ne sont plus recevables , et ne valent pas à beaucoup près ceux dont on a tiré les actes et les décrets que nous avons du concile de Constance. Quand j'aurais parlé de la sorte, ce serait à lui de prouver que ses manuscrits sont meilleurs que les nôtres , ce qu'il ne pourra jamais faire , comme on le verra bientôt : mais pour lui faire grâce, je veux bien ne pas les traiter à la rigueur. Je vais lui montrer clairement , paisiblement, et en gardant tout le respect qu'on doit à son caractère, que les conséquences qu'il tire de ce qu'il y trouve , sont fausses ; et qu'en raisonnant comme il le fait, on ôterait à tous les conciles œcuméniques, l'autorité qu'ils doivent avoir, et qu'ils ont eue jusqu'ici dans 1 Eglise.

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