‹ Triomphe des libertés gallicanesChapitre 26 sur 51 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Réfutation du premier chapitre de lit dissertation de M. Schelstrale.

Cetauteurentreprend défaire voirdansce chapitre contre IVglise gallicane, que les décretsde la quatrième et delà cinquième sessions du concile de Constance, sont d'une autorité douteuse : i"parce que ledécrct delà quatrième session , a été corrompu par les Pères du concile de Baie, qui, dansl'extrait qu'ils firent faire en l'année 144^» des décrets du concile de Constance, omirent dans le premier décret ce mot, adfidejn,t\ ajoulèrent ces autres paroles : et ad reformationem generalem ecclesiœDei, incapite et in membris: que tout homme , même le pape , est oblige' d'obéir à ce concile , en ce gui regarde la réformation de l'Eglise dans le chef et dans les membres. Quant à ce qui regarde l'omission du mot ad fidem , il veut bien nous faire la grâce de nous la pardonner, car on voit qu'elle ne s'est faite que par la faute du copiste, puisque ce mot se trouve généralement partout, et qu'en effet il doit y être. Mais pour les paroles qu'il prétend avoir été ajoutées, il avoue qu'elles

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se trouvent dans toutes les éditions des concil'^s (jui se sont faites jusqu'ici , parce que, à ce qu'il dit, elles ont toutes suivi la première qui se lit en 1 499 à Hagueneau , qui fut une copie de cet extrait des Pères de Bàle : il soutient que l'extrait est infidèle, ou qu il a ëté corrompu par les Pères; et l'unique preuve qu'il en donne , c'est que les paroles ci-dessus ne se trouvent point dans les anciens manuscrits qu'il a vus.

Hé quoi ! sera-t-il donc permis , sur une preuve de cette nature, et sur un simple 'argument négatif, qui ne conclut rien , d'accuser d'imposture toute une assemblée de prélats , à laquelle présidait un cardinal , homme d'une vertu très-austère, et que le pape Clément VÎI a béatifié? qu'on l'accuse d'opiniâtreté et d'un attachement insurmontable à son propre sens, quant à ce qu'il croyait être juste, j'y consens , c'était là son faible : mais qu'on le prenne pour un imposteur et un faussaire , et qu'on le traite ainsi sur une si faible conjecture , c'est ce que les honnêtes gens auront peine à souflrir.

Les manuscrits que M. Schelstrate a vus , n'ont pas ces dernières paroles du décret, je le veux, nous l'en croyons sur sa parole , nous le tenons pour honnête homme, et nous ne l'accuserons jamais de nous avoir trompés; mais

nous Taccuserons d'avoir mal raisonné , en concluant de là que les Pères de Baie ont falsifié ce décret. Qui lui a dit en effet, que le manuscrit sur lequel les Pères de Baie ont fait leur extrait, n'avait pas ces paroles? pourquoi, sans être bien assuré, les accuse-t-il d'imposture? ne voyons-nous pas tous les jours qu il y a de la différence entre plusieurs manuscrits d'un même ouvrage, qu'on trouve dans l'un ce qu'on avait omis dans l'autre, et que c'est sur cela qu'on corrige les anciennes éditions ? témoin cette nouvelle et fameuse édition de saint Augustin que les Pères de Saint-Germain-des- Prés , font faire sur quantité de manuscrits dont ils marquent les différences. Ils tirent de quelques-uns ce qu'ils ajoutent aux anciennes éditions, qui n'ont pas certaines paroles qu'on ne trouve point dans les exemplaires sur lesquels on les a faites. Ne devait-il pas présumer que cette copie de Bàle , se fît sur un exemplaire manuscrit qui avait ces dernières paroles qu'il n'a pas trouvées dans les siens, qu'on doit croire défectueux ?

Et pour lui montrer qu'ils le sont, je lui déclare que ceux que j'ai vus, et qui sont trèsanciens, ont ces mêmes paroles, à la fin du décret de la quatrième session. Au moment me-

me où j'écris ceci, dans mon apparlcment de Saint-Victor de Paris, où messieurs les chanoines réguliers de cette abbaye royale, m'ont fait la grâce de me laisser choisir une retraite honorable, et conforme à ma profession et à ma manière de vivre, j'ai devant moi ce cclcbre manuscrit de leur fameuse bibliothèque. C'est de là que M. de Sponde a tiré tout ce qu'il y a de plus rare dans son histoire du concile de Constance , ce qui est assurément le plus bel endroit de son grand ouvrage. Or, dans ce manuscrit qui est le plus ancien que l'on puisse avoir, je lis ce décret mot pour mot , comme il est dans les actes imprimés, et dans les dernières éditions les plus exactes et les plus correctes de toutes.

Mais voici quelque chose qui est encore plus fort : nous avons dans ces manuscrits de saint Victor, l'extrait des sessions que ceux qui étaient au concile pour la nation française, envoyaient à Paris à mesure qu'on les tenait; ce décret de la quatrième s'y trouve en termes formels, comme nous l'avons. M. Schelstrate dira-t-il que le concile de Baie , qui ne s'est tenu que plusieurs années après celui de Constance, a falsifié ces extraits ?

Et afin qu'il ne vienne pas nous opposer le nombre de ses manuscrits , car il en cote jus-

qu'à neuf, j'ai à lui dire, qu'il y en a clans Paris , plus de dix très-conformes à celui de saint Victor, qui seul vaut mieux que tous les siens. Certes, je pourrais même aller au-delà de ce nombre, puisque, sans parler des autres manuscrits que ceux qui sont plus curieux que moi, ont sans doute dans leurs bibliothèques, j'en ai découvert jusqu à dix.

De plus , on peut produire contre lui , les témoignages irréprochables de Pierre d'Ailly, cardinal de Cambrai , et du célèbre Jean Gerson, chancelier de l'université de Paris, qui était au concile de Constance, non-seulement comme député de ce grand corps , mais encore comme ambassadeur du roi. Car enfin, ce saint et savant homme , qu'on ne peut soupçonner d'imposture , et de qui nous avons les manuscrits , rapporte en plusieurs endroits , ce premier décret de la quatrième session , mot pour mot , comme il est dans le manuscrit de siint Victor, et dans les actes imprimés; et ce qui est tout-à-fait sans réplique, c'est qu'il le rapporte en présence même de tout le concile, dans le sermon qu'il fit pour le voyage du roi des Piomains. Après avoir récité ce décret tout entier avec la clause suivante: Ad generaiern reforniationem ecclesiœ Dei in capitc et ùi nie mh ris , il

dit immédia! emcnt à tous lesPcrcs du concile, en déclarant son sentiment, ces paroles extrêmement fortes :

Je serais d'aiis que l'on fit écrire^ ou rnerne graver en grosses lettres dans toutes les Eglises^ et aux endroits les plus exposés à la vue de tout le monde , cette sainte et salutaire pratique; cette loi ou cette règle du concile, comme étant la direction fondamentale et injaillible , que nous devons suivre contre l' horrible et monstrueux scandale, qui est une pierre d'achoppement que plusieurs d'entre nous avaient jetée dans la voie des comrnandemens de Dieu, en disant déterminément , et voulant prouver par des textes de la glose mal entendus , contre la règle évangélique et éternelle, que le pape n'est pas soumis au concile général^ ^t qu'il ne peut point être jugé par ce concile. Ces gens-là , ajoute Gerson , prétendent que le concile universel reçoit immédiatement du pape toute saforce^ et qu en aucun cas , on ne peut le convoquer ni le tenir sans lui; que personne ne peut lui dire, POURQUOI FAITES VOUS CELA , parce quU n'est pas obligé d'ohéir aux lois ^ et qu'il est au-dessus de tout le droit canon . Ils enseignent plusieurs autres maximes semblables , par lesquelles une douce, trompeuse et maligne fiattcrief ornent ait

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le désir effréné de dominer, et changeait la puissance pontificale, ou son usage, en une tyrannie qui ruinerait entièrement l'Eglise; de sorte qu'on n aurait plus aucune voie de réduire les choses en bon ordre , et d'établir la paiw{i).

Je supplie maintenant M. Schelstrate de me dire de bonne foi , s'il ose croire que le chancelier de Paris eût Tefibronterie de réciter dans un sermon , et devant tous les Pères du concile , le décret de la quatrième session , autrement qu'ils ne l'avaient eux-mêmes , d'y ajouter impudemment ces paroles , ad reformationem ecclesiœ in capite et in membris , que le concile n'y aurait pas mises ; et de leur parler ensuite de la manière que je viens de dire? je le tiens trop homme d'honneur, et trop sage, pour avoir un seul moment cette pensée; et je ne doute nullement qu'il ne donne gloire à Dieu , en avouant que puisque Gerson, récitait ce décret devant tout le concile , comme nous l'avons dans les actes imprimés , il est évident que le concile l'avait fait ainsi, et qu'il n'est point du

(i) Tractât, de potest. eccles. Tractact. an et quomodo liceat appel, senu. pio viagio reg. roman, directioue prima. Senu. corain coucii. Dom. seconda post Epiphaxiiam.

loul falsifié , autrement le concile Taurait démenti comme un imposteur.

Que sera-ce donc maintenant, si je montre que ce docteur si célèbre , a fait plus d'une fois la même chose, comme on le voit particulièrement dans le sermon qu'il fit en présence de tous les Pères du concile , le second dimanche de l'Epiphanie , sur ce texte de l'Evangile , nuptiœfactœsunt in C an a Gaîilœœ?\A il traite fort amplement du mariage de J.-G. avec son Eglise représentée parle concile de Constance; et après avoir dit que le second avantage de celte épouse, est la plénitude de puissance que le concile qui la représente , a même sur le pape , et que cela est solidement prouvé dans un livre publié depuis peu , voici comme il parle :

Mais qu est-il nécessaire de tant discourir et de raisonner davantage sur cette vérité si clairement et sisolidement décidée par ce sacré concile qu'il n'est pas permis de contredire , comme il ne V est aussi nullement de soumettre cette question à l'ea^amen , pour s'en éclaircir par la voie des argumens? car on rendrait la dispute éternelle. On tromerait toujours le moyen de s échapper par certains faux- fuy au s et certaines distinctions frivoles ; ce qui ferait tomber dans des erreurs absurdes ^ insensées et

impies. L'ecclésiaste a fort hkn dit , que parce qiL on diffère de condamner et de punir les méchans , les hommes commettent le mal sans aucune crainte. N' est-: e pas pour cela qu'il y en a qui osent combattre lesjugemens et les décrets de ce concile de Constance? dont voici la teneur :

Primo déclarât , etc. Il rapporte ici tout au long, le décret de la quatrième session» avec cette clause, et ad reformationem ecclesiœ in capite et in memhris , et puis , voilà , dit-il aux Pères du concile, le décret que vous avez fait. M. Schelstrate osera-t-il dire encore que les Pères du concile de Baie ont falsifié ce décret , en y ajoutant ces paroles ?

Puisque pour le convaincre , il m'a obligé de lui produire une pièce si authentique tirée de ce bel endroit du discours que fit Jean Gerson au concile de Constance , je suis bien aise qu'il sache ce qu'ajoute ce savant docteur , après avoir rapporté le décret comme nous l'avons , et parlant toujours devant le concile; voici ses propres paroles qui sont extrêmement importantes et dignes de remarque : quiconque s'oppose à cette vérité fortement établie sur la pierre de la sainte écriture , tombe dans l'hérésie qu'on vient de condamner, et qu'aucun théologien, particulière-

fni'nt de la fa culte de Paris, n'a jamais sou^ tenue.

C'est ainsi que parle Gerson de l'opinion des gens qui ne veulent pas (jue le concile soit audessus du pape. Quant à nous , nous la traitons plus doucement, et nous la rejetons, non pas comme hérétique, mais comme contraire à la doctrine de 1 antiquité, et conséquemment comme fausse.

Il poursuit ensuite avec encore plus de force, et s'explique en ces termes : Je lus dernièî'cment saint Thomas et saintBonaventure: je n ai point ici les livres des autres docteurs : ils attribuent au pape la suprême et pleine puissance ecclésiastique; et ils ont sans doute raison, parce qu'en parlant delasorte, Uscompaj^ent lepape à chaquejidèle et à chaque église prise en particulier ; mais s' il eût fallu le comparer à l'autorité de l'église assemblée dans un concile , ils eussent soumis et lui et sa puissance à cette même église , comme à sa mère , dont on ne doit pas, selon le sage, abandonner les lois^ et comme à la règle qui nous dirige infailliblement , à laquelle tout homme qui est dans l'église , sujet à faillir , est obligé de se soumettre. Si qui que ce soit denos frères ,f ut-ce le pape qui dit comme nous son pater KOSTER, ;?^' veut pas reconnaî-

tre son autorité et lui obéir, qu'on entende ce que J.-C. ordonne à tout catholique: qu'il soit à votre égard, dit-il, comme un païen et un public ain , c'est-à-dire, comme excommunié (i). Voilà justement ce que le pape Sylvestre II avait dit en ternies formels, plusieurs siècles avant Gerson. Et pour empêcher que M. Schelstrate ne puisse nous dire qu on a falsifié le texte de ce docteur , en y ajoutant ces paroles : et ad reformationem ecclesiœ in capite et in membris ; je lai déclare que le traité de potestate ecclesiœ , où ce grand homme produit ce décret, a été revu sur quatre manuscrits, dont deux de la bibliothèque de saint Victor, cotés N. N. S. et M. M. ii, un du collège de Navarre , et un autre de la bibliothèque de M. Golbcrt, coté 99. Je soutiens que le traité , an et quomodb appellare liceat à sumrno pontifice, où Ton trouve le même décret, est très -conforme à deux manuscrits, l'un de saint Victor, coté N. N. 6, et Tautre de la bibliothèque de Navarre : que le sermon pro viagio régis romanoj^um , a été également revu trèsexactement sur un manuscrit de saint Victor, coté selon les anciens catalogues , N. N. 11. Sur un de la bibliothèque de Navarre, et sur un

(i) Voyez Gerson et les autres endroits cités plus haut.^

autre delà biLlIothèque de M. Colbert, eoté gc) ; enfin, que ce qu'on lit dans le sermon sur l'évangile , nuptiœfaitœ sunt , où Ger.son récite devant le concile , le décret de la quatrième session , se trouve dans un très-ancien manuscrit de sain t Victor, coté N. N. 19, mot pour mot, comme nous l'avons imprimé.

Tous ces manuscrits m'ont été communiqués par M. Vion dHérouvel , chanoine régulier de saint Victor et docteur de Sorbonne, dont le mérite déjà fort connu des savans , le sera bientôt du public, par la nouvelle édition qu'il prépare des œuvres de Gerson , qu'on verra rétablies par «es soins , à un degré de perfection qu'elles n'ont pas eu jusqu'ici.

C'en est assez, je pense, pour obliger M. Schelstrate à se rendre. Veut-il quelque chose de plus précis? on va le satisfaire. Le concile de Baie, dix ans avant qu'il eût fait l'extrait qu'on veut avoir été falsifié , exposa ce décret de Constance, comme nous l'avons, etlerenouvela dans la seconde session. Le cardinal Julien qui fut nommé par Martin V pour présider à ce concile, et qui, après la mort de ce pape, y présida au nom dEugène IV, consentit pour le pape à ce décret de la seconde session , et le garantit parla lettre qu'il écrivit à Eugène , pour

lui exposer les raisons qui o])ligeaientsa saintetc^ à ne pas entreprendre de dissoudre ce concile. Si le décret n'eût été celui de Constance fidèlement copié , y eût-il consenti ? ne se serait-il pas récrié contre l'infidélité toute manifeste? n'aurait-il pas protesté que ce qu'on ajoutait à la fin du décret, n'y était pas, lui qui connaissait fort bien le concile de Constance, et qui r étudiait tous les jours, ayant ordre exprès du papeEugène, d'agir au concile de Baie, comme il le jugerait nécessaire, selon qu'il lui était enjoint et ordonné par les décrets du concile de Constance (i)?

En veut-il davantage? nous pouvons encore le satisfaire. Eugène IV, dans la bulle qu'il publia pendant la seizième session , déclare que selon les décrets de Constance, il avait convoqué le concile de Baie, pour l'extirpation des hérésies , pour la paix des peuples chrétiens, et pour la réformation générale de l'Eglise , in capite et in memhris ; et que comme le concile a été légitimement commencé, il a toujours continué et doit encore continuer de même, pour obtenir ces trois effets, comme s'il n'avait jamais été dissous. Il casse ensuite tout ce qu'il

(i) Julîan. Epist. 2 ad Eugen.

avait fait pour le dissoudre, prolestant <ju'il l'approuve, et veut le continuer purement , simplement, et avec toute sorte de dévotion et de faveur. C'est ainsi que parle ce pape qui, lorsqu'il ëtait cardinal, s'était trouvé au concile de Constance, dont il ne pouvait ignorer les décrets. Si, par conséquent, le décret de la seconde session de Bàle, rapporté par ce concile, comme étant celui de Constance, n'eût pas été le même en propres termes , il est indubitable qu'Eugène aurait dit qu'il était faux , et qu'il l'aurait rejeté.

Enfm , dans le manuscrit même que produit M. Schelstrate, on lit dans la préface du décret, comme dans nos actes : Ce saint concile de Constance, légitimcTncnt assemblé pour l'extirpation du présent schisme, pour l'union et pour la réformation qui doit se faire de l'Eglise, dans le chef et dans les memhi'es , afin d' obtenir plus facilement , plus sûrement , plus amplement et plus librem,ent cette union et cette réformation de l'Eglise, ordonne, définit et déclare ce qui suit : Tout homme de quelque dignité qu'il soit , même papale , est obligé d'obéir au concile , dans toutes les choses qui appartiennent à la foi et à l'extirpation de ces schismes : qui ne voit que pour avoir un sens com-

plet, selon l'intention et les paroles expresses du concile, on ne peut s'arrêter là tout court, et qu'il faut nécessairement qu'il y ait encore , et à la réformation de l'église dans le chef et dans les membres? C'est ce qui est dans nos exemplaires, qui sont les véritables; et ce qui manque dans les siens , que cette omission qui ne peut nullement être soutenue , fait paraître défectueux.

Mais, dit M. Schelstrate , un de mes manuscrits assure que la veille et le jour même de la quatrième session , il y eut de grandes contestations, touchant ce quon devait mettre dans le décret; et qu'enfin, par une soudaino inspiration du Saint-Esprit, tous s'accordèrent à ce qu'on n'y mît que les articles qu'on y voit plus bas dans cet exemplaire : l'autre manuscrit m'apprend, que ce fut l'empereur qui mit tout d'accord , en trouvant un tempérament , auquel il fit consentir les cardinaux.

Or, c'esl-là justement ce qu'il nous faut ; voici comment : il y avait quatre points à examiner, touchant ce décret; le premier, si le concile a reçu immédiatement de J.-C. une puissance à laquelle le pape même est tenu d'obéir, en ce qui regarde la foi et lextirpation du schisme ; le second, s'il fallait v mettre,

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et en ce qui appartient à la reforniation de l Eglise dans le chef et dans les membres ; le troisième, si dans le cas où le pape ne voulut pas obéir au concile, on pourrait le punir; et le quatrième enfin, si tout cela devait s'entendre de tout autre concile , aussi-bien que de celui de Constance, qui se tenait pendant le schisme.

Quant au premier point , comme toutes les nations en tombaient d'accord, on en convint facilement ; mais pour les trois autres, quelquesuns, et surtout les cardinaux, qui voulaient du moins en cela gratifier le pape , s'y opposaient de toutes leurs forces. Or, le tempérament que trouva l'empereur Sigismond , pour réunir tous les esprits , fut que dans le décret de la quatrième session , on ne mettrait que les deux premiers points , et que pour les deux autres, on verrait après ce qu'on aurait à faire dans la session suivante. Cela paraît clairement par nos actes , nos manuscrits , et celui même de M. Schelslrate, où, comme je viens de le montrer, il faut nécessairement que , vu ce qui précède, pour faire un sens raisonnable et complet , on ajoute ces paroles qu'on y a omises: et en ce qui regarde la raformation de l'Eglise , dans le chef et dans les membres.

ij

Cela se voit encore mieux dans la cinquième session qui se tint huit jours après , et où pour terminer entièrement cette affaire, et pour exposer sans interruption ce qu'on doit croire sur cet article , on mit d'abord , mot pour mot , le décret de la quatrième session , comme nous l'avons. Puis , on fit un autre décret par lequel on définit et on déclare les deux autres points: savoir , que même le pape est obligé d'obéir , non-seulement à ce concile de Constance , qui se tint durant le schisme, mais encore à tout autre ; et que, s'il réfuse de s'y soumettre, on pourra le punir. C'est ce qu'on voit dans nos actes , dans nos exemplaires , et dans le manuscrit de M. Schelstrate, comme il l'avoue luimême. Il est ensuite forcé d'avouer que quand même ces paroles , et à la réformation de l'Eglise, dans le chef et dans les membres , n'auraient pas été mises dans le décret de la quatrième session , comme il le prétend , cela ne ferait rien du tout au fond de l'affaire, puisqu'elles sont effectivement dans le décret de la cinquième session ; car , pour rendre un décret valable , qu'importe en quelle session il se fasse ?

Enfin , de tout ce que je viens de dire sur des faits incontestables , il faut encore nécessairement conclure , que nous ne devons pas corriger

le concile de Constance sur les manuscrits de M. Schclstrate , mais que c'est à lui , au contraire , de les corriger sur les nôtres et sur le concile tel que nous l'avons. Ainsi donc , la première raison par laquelle il veut qu'on doute de l'autorité de ces décrets, est nulle.

Les deux autres ne valent pas mieux , et peuvent se détruire en peu de mots et sans aucune difficulté. Comme il ne peut nier que ces deux décrets ne soient dans la cinquième session , il dit (ce qu'il a pris de ces auteurs ultramontains , qui ont écrit pour la supériorité du pape, contre ce concile ) qu'on les fit avec précipitation , sans délibération suffisante, et contre le sentiment de plusieurs Pères qui s'y opposaient.

C'est justement ce que les nesto riens et quelques-uns de nos protestants ont dit contre le cancile d'Ephèse et contre saint Cyrille, qu'ils accusent d'avoir fait condamner Nestorius , avec une extrême précipation , sans l'avoir ouï, et sans que cette cause eût pu être suffisamment examinée. Tous les hérétiques pourraient en dire autant, et le disent effectivement de tous les conciles qui ont condamné leur hérésie.

Mais, sans m'arrêter à cela, je soutiens à M. Schclstrate, qu'il n'y eût jamais question mieux

examinée que celle dont il s'agissait dans ce concile, car depuis que dans celui de Pise, où elle fut agitée pour ia première fois , on l'eût décidée en faveur du concile, on n'avait presque parlé dautre chose , dans les disputes , dans les conférences, et au concile de Constance, avant et après la harangue du célèbre Gerson. Be plus , aprè3 cette assemblée où l'on réfuta si bien ce qu'avaient dit de contraire , les cardinaux envoyés par le pape , elle fut si bien examinée, que toutes les quatre nations en tombèrent d'accord. Je sais bien qu'il y eût à ce sujet de grandes contestations , et que les cardinaux s'y opposèrent. Je lui accorde même ce qu'il a trouvé dans son manuscrit , et ce qu'il prétend qu'on n'avait jamais su avant cela, et qui peut ne pas être vrai, savoir, que les cardinaux et même les ambassadeurs de France avaient fait, dans la chambre des parlemer.s , une protestation secrète, dans laquelle ils diraient que ce n'était que pour éviter le scandale , qu'ils assistèrent à la cinquième session, et nullemenlpour consentir à ce qu'ils savaient que l'on devait y définir. Que peut-il conclure delà? N'a-t-il pas lu 1 histoire des conclaves, où après mille intrigues, milîe'oppositions , et qui n en pourrait dire cent fois plus que je n'en puis dire?. . . ont fait enfm

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«ne élection légitime , à laquelle consenlenl Ions les cardinaux , qui étaient auparavant si divisés? Qu'il lise les histoires du concile de Trente de Fra. Paolo,et du cardinal Pallavicen, il y trouvera mille contestations, sur les points qu'on devait décider dans les sessions. Néanmoins, le Saint- Esprit qui réunit tous les cœurs dans l'unité de sentiment, fil faire tous les décrets de ce concile d'un commiin consentement de tous les Pères qui étaient auparavant si divisés.

Il en est de même du concile de Constance. Je veux qu'il y ait eu des oppositions , des contestations , des protestations secrètes , et tout ce qu'il plaira à M. Scheîstrate de nous apprendre, selon son manuscrit. Tous ces cardinaux et tous ces gens qui contestaient et prolestaient secrètement, assislèrent ensuite à la cinquième session ; et comme le Saint-Esprit réunit tous les cœurs dans un concile , afin que Ion puisse dire, visum est Spiritui Sancto et n obis y les deux décrets de cette session passer jnt d'un commun accord, suivant les actes auxquels M. Scheîstrate n'a rien du tout dans ses manuscrits qu'il puisse opposer. A^oici comment parlent ces actes : les articles et les décj'ets ayant été lus , le concile les approuva d'un commun consentement.

Enfin, la troisième raison dont il se sert, pour affaiblir rautorité des décrets de ces deux sessions, est que ce concile, n'étant alors composé que de la seule obédience de Jean XXIII , ne pouvait représenter TEglise universelle. Or, pour le convaincre de la nullité de cette raison, qui est sans doute la plus mauvaise de toutes, je n'ai qu'à lui dire en deux mots , que ce qu'il présuppose après Bellarmin , qui lui a fourni toutes ces faibles objections, est très-faux. Car presque tous les cardinaux des deux obédiences de Grégoire XII , et de Benoît XIII , s'unirent au concile de Pise , où ces deux prétendus souverains pontifes , qui jouaient toute la cbrétienneté par leur collusion , furent déclarés schismaliques et antipapes. On élut dans ce même concile Alexandre V reconnu vrai pape , par la plus grande partie des églises, et surtout par celle de Rome.

Or , ces mêmes cardinaux et les évêques qui composaient ce nombreux concile, le continuèrent, à Constance, comme le pape Jean XXIII, reconnu par ce même concile pour vrai pape , le déclare en termes exprès , dans la bulle par laquelle il convoque le concile , selon qu'on l'avait ordonné à Pise , cinq ans auparavant. Ainsi l'obédience de Jean XXIII, outre qu'elle avait

pour elle presque tous les royaumes de la chrëticnnelé , et même Téglise romaine, (itait encore composée de la plos grande et la plus saine partie des deux autres qui s'étaient réunies à Pise, et continuaient ce concile à Constance. Si M. Schelstrate croit que l'absence de ceux qui tenaient encore pour l'un ou pour l'autre des deux qu'on avait déclarés schismaliques et antipapes, empêche que le concile ne soit œcuménique , il faut qu'il sache que par celle injuste prétention , il ruinerait la plupart des conciles. En effet , les hérétiques qu'on y condamna, pourraient dire que ceux de leur parti, qui avaient droit d'y assister, ou n'y étaient pas, ou ne voulurent pas les reconnaître pour légitimes et œcuméniques.

C'est ce que les protestants auraient lieu de dire, particulièrement du concile de trente, où l'on ne vit ni les évêques de l'église anglicane» ni ceux de Danemarck, de Norwège, de Suède, et de cette partie de l'Allemagne qui suivait la confession d'Ausbourg, ni ceux de Grèce, de l'Orient et de TEg^-pte, qui ne reconnaissent point le pape pour chef visible de l'église : ils ne sont pas plus de son obédience , que l'étaient , au temps du concile de Constance , ceux qui tenaient pourPicrrcdeLune, ou pour Ange Cora-

rio. Tous ces ë\êques, d'une si grande partie dii monde chrétien , étaient absens du concile de Trente, quand il fit ses décrets, et ne \oulaient pas le reconnaître. Y a-t-il rien de plus certain? Néanmoins M. Scbelstrate est obligé de confesser avec tous les catholiques, que leur absence n'a pu empêcher que ce concile ne fût œcuménique : pour le rendre universel, il suffit que tous y soient invités, comme ils le furent, et qu'ils puissent y assister s'ils le veulent, ou si les princes dont ils dépendent, le leur permettent : ainsi, l'absence des prélats de ce qui restait de ces deux misérables obédiences de Pierre de Lune, et d'Ange Corario, n'em.pêche pas que les décrets de Constance ne soient des définitions d'un concile universel, et qu'ils n'aient une autorité infaillible.

Voici quelque chose de plus pressant : car s'il en était autrement, et si on devait approuver ce qu a dit Bellarmin, avant M. Schelstrate; savoir, que ces décrets n'ont point d'autorité à cause de cette absence, et qu'il n'y avait point de pape au concile, quand on les fit, il s'en suivrait delà de terribles conséquences: i° que la condamnation des erreurs de Wiclef et de Jean ÎIU5, serait nulle , parce qu'elles furent condamnées dansla quinzième session, avant l'union du

reste des doux autres obédiences , et quand il n'y arait pas encore de pape au concile ; 2" que cette délcsta])le proposition de Jean Petit , que chaque particulier peut méritoiremcnt , et doit tuer un tyran de quelque manière que ce soit, ne serait pas légitimement condamnée d'hérésie par la même raison ; 3" enfin, que la condamnation et la déposition de Jean XXÏII, qui se fit long-temps avant l'union de ces deux obédiences, aurait été faite sans aucun pouvoir légitime. C'est ce que le cardinal Julien qui présidait au concile de Bàle, pour le pape Eugène, lui écrivit, pour le détourner du dessein qu'il avait de le dissoudre, à cause des décrets de la seconde session. Plût à Dieu que le cardinal Bellarmin et M. Schelstrate, eussent bien lu cette épître, avant que de nous faire une objection qui entraîne après elle des suites si dangereuses ! Je suis oblige, lui dit-il (i), très-saint Père, de remontrer à votre sainteté, que si les décrets de Constance que le concile de Baie a renQU\?elés n'ont point d'autorité , celui par lequel on a déposé Jean XXIII , n'est pas valable. Cela posé y l'élection du pape Martin V , qui s'est faite du vivant de Jean XXIII, est nulle; et con -

(i}Ei-ist. 1. Julian. ad Tugcn.

séguemment , celle de votre sainteté', puisque vous auriez été élu par des cardinalice de la création décelai qui n était point pape. Il est évident que par cette même raison , toutes les autres élections qui se sont faites depuis Martin V jusqu'au pape d'aujourd'hui, seraient illégitimes.

M. Sclielstrate répondra sans doute , que Jean XXIII consentit à sa condamnation, et la ratifia même quand il fut libre ; mais il fallait bien qu'il en agît ainsi , dans l'état où il se trouvait. On peut lire à ce sujet Léonard Aretin , qui nous apprend que ce pauvre pape déposé n'alla se jeter aux pieds de Martin V, à Florence, que parce qu'il ne savait plus où aller, et qu'il avait appris qu'on avait résolu , s'il ne le faisait, de se saisir de sa personne, et de le renfermer dans une prison perpétuelle (i). Et puis ne sait-on pas que la ratification ne peut - être valable , si l'acte que l'on ratifie est nul.

La réponse du cardinal Bellarmin, n'est pas moins insoutenable : quoique le concile, dit-il , ne puisse , sans le pape , définir de nouveaux dogmes de foi , il peut juger néanmoins , pendant le schisme , qui est le vrai pape , etpour-

(i) Léonard Aretin. llisîor. rer. italicar.

voir l'Eglise d'un vrai pasteur , s'il n'y en a poijil de certain (i). Premièrement, il avoue par-là, que tout ce que le concile a défini contre Wicief, Jean Hus et Jérôme de Prague, et contre la damnable proposition de Jean Petit, est nul , comme ayant été défini par un juge incompétent : qui oserait cependant soutenir une pareille assertion? Secondement, il est très-faux que le concile général ne puisse , sans le pape , faire des décrets touchant la foi catholique. Le premier concile de Constantinople n'en a-t-il pas faits contre Macédonius, pour la divinité du Saint-Esprit, sans que le pape Damase y fût, ni qu'il y assistât par ses légats? et le cinquième concile œcuménique , ne condamnat-il pas d'hérésie les trois chapitres , non-seulement sans le pape Vigilius, mais encore contre la constitution de ce pontife, qui ne voulait pas qu'on les condamnât? D'ailleurs , il ne s'agissait pas dans ce concile, de juger qui était le vrai pape; car le concile de Constance n'a jamais douté que ce ne fût Jean XXIIÏ. Il voulait seulement l'obliger à tenir la parole qu'il avait donnée de céder son droit, et de se démettre librement pour le bien de la paix , quoiqu'il fût

[i] Dcilaïui. 1. a. do concll. cap. 29.

îe vrai pape. En quatrième lieu , si ce concile n'était alors, comme il le dit auparavant, qu'un concile particulier, où il ne se trouvait que la troisième partie de l'Eglise , il n'a pu condamner légitimement Jean XXIII. Parce que, selon tout îe monde , il n'y a qu'un concile œcuménique représentant l'Eglise universelle , qui ait ce pouvoir et cette suprême autorité. Plusieurs même nient qu'il ait pu faire, hors le cas d'hérésie , le procès à un pape quel qu'il soit , beaucoup moins , si ce concile tient ce pontife pour vrai pape , tel que le concile de Constance reconnaissait Jean XXÏII.

De tout ceci résulte que les trois raisons que M. Schelstrate a produites , pour montrer , contre le clergé de France , qu'on peut douter de l'autorité des décrets de la quatrième et de la cinquième session du concile de Constance , sont très-fausses , et même d'une conséquence très-dangereuse pour l'Eglise. Voilà donc -son premier chapitre expédié, les deux autres ne tiendront pas.

- u37 -^ CHAPITRE XXIV.

Réfutation du second chapitre de M. Schelstrate.

Cet écrivain prétend montrer dans ce chapitre, que les décrets de la quatrième et delà cinquième session , ne sont pas approuvés. J'ai déjà fait voir que Martin V les avait solemnellemcnt approuvés deux fois : Tun-e, en ordonnant qu'on demande à ceux qui reviennent de l'hérésie, s'ils n'approuvent pas sans exception, tout ce qu'approuve ce concile ; et s'ils ne condamnent pas tout ce qu'il condamne: l'autre, dans la dernière session , où il déclare qu'il approuve, et veut observer inviolablement, tous les décrets qu'on a faits dans ce concile en matière de foi , et comme il l'exprime par un nouveau mot, conciliaî'itcr ; sur quoi On nous fait deux objections :

La première, sur ces paroles, en matière de foi, d'où M. Schelstrate conclut que le pape n'a approuvé que les décrets contre Wiclef et Jean Hus , par-ce qu'il n'y a que ceux-là , ditil , qui soient en matière de foi. Que deviendront donc les autres dccrels qu on a fails pour lextirpr-ition àxx schisn.c, et pour la rélbririution de

rE^>lise, qui sont les deux principaux points pour lesquels le concile et les papes Martin et Eugène déclarent en termes exprès , que ce sacré synode, représentant l'Eglise universelle, est assemblé ?

Qu'il me dise si ces décrets sont approuvés, ou s'ils ne le sont pas ; s'ils ne le sont pas, il faut donc, selon les principes, qu'il avoue que la déposition et la condamnation de Jean XXIII, est nulle , que tout ce qui s'en est suivi , ne peut tenir, et que tous ces beaux réglemens qu'on a faits dans ce concile, pour la réformation de l'Eglise n'ont point du tout d'autorité, et n'obligent personne. Que, s'ils sont approuvés, il est indubitable que ceux de la quatrième et de la cinquième session, le sont aussi, puisqu'on les a faits principalement pour l'extinction du schisme : car , si le concile n'était pas au-dessus du pape , même légitimement élu , comme le dit Jean Gerson , et s'il n'avait pas le pouvoir de le déposer, quand cela est nécessaire, pour le bien général de toute l'Eglise , en cas d'hérésie , de schisme , ou de quelque grand scandale, comme il est arrivé plus d'une fois, le concile n'aurait jamais pu contraindre le pape » qu'il reconnaissait pour vrai et légitime pontife, de céder ses droits pour le bien de l'Eglise.

L'autre objection qu'on nous fait, est encore bien plus faible que la première. Le cardinal Bellarmin , que M. Schelstralc a suivi , la fonde sur celte parole, conciliarîter ^ d'où il conclut que ces décrets de Constance , n'ont pas été approuvés de Martin V, parce que le pape déclare qu'il n'approuve que ceux qu'on a faits conci- Uarîter , ou comme l'interprète ce cardinal, en la manière dont les autres conciles ont fait leurs décrets , la cbose étant soigneusement examinée (i). Or, il affirme avec la plus grande assurance du monde , et comme si personne ne pouvait douter de la vérité de ce qu'il avance ,' sans même vouloir se donner la peine d'en apporter aucune preuve, la cbose étant d'après lui trop manifeste , quil est très-certain , que le décret de la supériorité du concile sur le pape, s'est fait par le concile de Constance, sans aucun examen , sine ullo eoQamîne.

A cela j'ai deux cboses à dire : l'une que l'on n'a jamais débité une fausseté si manifeste , avec une si grande hardiesse ; car jamais question n'a été plus examinée , ni agitée dans le concile , avec plus de cbalc;ur que celle - ci , comme je l'ai fait voir auparavant , et comme

(i) Bellariiî. l. 2. tic concll. cap. 19.

ïl paraît même par le manuscrit de M. Schels- Irale. On y voit, qu'avant la quatrième session, les députés des nations et les cardinaux , après de grandes contestations et de vives oppositions entre eux, abondèrent tous par une soudaine inspiration du St. -Esprit, dans un même sentiment, sur cet article de la supériorité du concile sur le pape. D après le manuscrit qu'on veut tant nous faire valoir, le pape doit obéir au concile , dans ce qui concerne la foi et l'extirpation du sclîisme ; et il ajoute qu'avant la cinquième session , qui ne se tint que liuit jours après, et où selon M. Scbelstrate lui-même, on définit que le pape doit obéir au concile , en ce qui regarde la réformation de TEglise dans le chef et dans les membres, il y eut encore de grandes disputes entre les cardinaux et les députés des nations. Comment pourra-t-on dire après cela, aussi hardiment que le dit le cardinal Belîarmin , sans hésiter, nullo facto examine? J'avoue que c'est ce que je ne puis nullement comprendre , après les témoignages irréprtxhables que jai déjà allégués en faveur du contraire.

La seconde chose que j'ai à dire contre la réponse de Belîarmin, c'est que ce mot conciliariter, ne veut pas dire seulement, comme il

l'interprète ; ce dont il s'agit ayant étc bien ex aminé. , mais encore , étant ensuite soletnnel- Icment décidé dans une session du concile , sans quoi il n'y a rien de défini. Dans le concile de Constance, on opinait par nations : il y en eut d'abord quatre; l'italienne, la française, la germanique et l'anglaise ; et puis on y ajouta l'espagnole. Les députés de chaque nation délibéraient premièrement à part ; ensuite, ceux de chaque nation se communiquaient mutuellement leurs avis ; puis toutes ces nations tenaient une assemblée où chaque particulier avait la liberté de donner son suffrage, quoiqu'il n'en résultât qu'une voix par chaque nation , quand même elles auraient été différentes en nombre da prélats et de docteurs.

Enfin, quand après plusieurs disputes et de grandes contestations, elles tombaient d'accord, ce n'était encore là que le préalable , et la condition nécessaire pour une dernière décision , qui ne se faisait que dans l'assemblée générale des cardinaux, archevêques, évêques, généraux d'ordre, ambassadeurs des princes , en un mot, de tout le concile en grande cérémonie. On célébrait une messe solemnellc , on récitait les litanies des saints , et bien d'autres prières ,

— 24a ■— avant de commencer la session publique , qui se tenait dans la grande Eglise, où un cardinal ou un evêque], ayant lu à la tribune , les décrets et les articles dressés dans l'assemblée des nations, demandait si on les approuvait. Il était encore libre à cbacun de dire là -dessus ce qu'il lui plaisait; et quand on avait dit tout d'une \oix y place, nous y consentons , comme on ne manquait pas de le faire après ces premières délibérations plus ou moins longues , selon la difficulté plus ou moins grande des matières qu'on avait examinées , le décret était fait authentiquement, et avait toute sa force. Voilà ce qui s'appelle, suivant les termes de Martin V, un décret fait conciliariter.

C'est ainsi que l'on condamna les erreurs de Wiclef , dans la buitième session , celle de Jean Hus , et la damnable proposition de Jean Petit, dans la quinzième; qu'on prononça la sentence définitive contre Jean XXIII, qui fut déposé dans la douzième; et qu'on fit les décrets de la supériorité du concile , dans la quatrième et dans la cinquième session : avant cela le concile n'avait rien déterminé , et n'obligeait à rien.

G est ce que le pape exprime en très -habile homme , par les termes dont il se sert, en ap-

prouvant le concile dans la session quaranfc-^ cinquième. Le collège des cardinaux et les nations avaient conclu qu'il fallait condamner un certain livre de F. Jean Falkemberg, tout, rempli d'hérésies : les ambassadeurs du roi de Pologne et du grand duc de Lithuanie, qui prenaient intérêt à cette condamnation, supplièrent publiquement le pape de le condamner en pleine session avant la fin du concile , suivant la conclusion prise par les cardinaux et par les nations. Ils le pressèrent même d une manière si offensante, qu'ils protestèrent, au nom des princes leurs maîtres, qu'en cas de refus, ils en appelleraient au concile futur.

Comme les ambassadeurs avaient parlé avec tant de hauteur, et d'un air si désobligeant, sous le beau prétexte d'un grand zèle pour la foi , et que d'ailleurs il n'était nullement à propos que le pape, dans la conjoncture présente» donnât lieu de croire qu'il se croyait obligé de se soumettre à ce que les cardinaux et les nations avaient arrêté dans leurs assemblées ; il mesura ses paroles , et répondit fort sagement, en faisant connaître par sa réponse d'une part, qu'il ne manquait pas deremplirses obligations, et de l'autre , qu'il savait conserver ses droits et sa liberté.

n leur dit qu'il voulait toujours invîoîablernent observer et tenir tout ce que le saint concile avait décide en matière de foi , concillariter. Gela nous démontre qu'il avait du moins autant de zèle pour la foi, que ces ambassadeurs qui le pressaient d'une manière si peu respectueuse de condamner un livre. Il ajoute en même temps qu'il approuve tous les décrets que le concile a faits autbentiqnement, et selon les formes conciliariter ; mais il n'approuve pas ce qui a été fait autrement : voulant nous faire entendre par là que, s'il est obligé d'obéir au concile, d'approuver et d'observer inviolablement ce qui a été défini dans les sessions , il peut ne pas se soumettre à ce que les cardinaux et les nations auront arrêté, dans leurs assemblées , sans être autorisé et approuvé par le concile dans les sessions. C'en est assez , je crois, pour désabuser M. Scbeistrate, qui prétend que le pape, parlant ainsi, fait voir qu'il est au-dessus du concile. Il devait dire audessus, non pas du concile, mais du collège des cardinaux et des assemblées des nations , quand elles ne sont pas autorisées dans les sessions.

Aussi , un des ambassadeurs du roi de Pologne, voulant encore en appeler au concile

futur, le pape lui imposa silence, sous peine d'excommunication. Le souverain pontife agit en cela très-sagement ; parce que cet appel était manifestement téméraire, abusif et insoutenable, puisqu'il était évident qu'un simple arrêté des cardinaux et des nations, sans l'autorité du concile , ne pouvait obliger le pape. C'est pourquoi Martin V, justement irrite d'un si indigne procédé, fit peu de temps après une bulle, qu'il fit lire, non pas dans le concile, mais dans un consistoire public, par laquelle il déclare qu'il nest point permis à personne d'en appeler du saint-siège, ou du pape, ni de décliner son jugement dans les causes de foi, qui étant causes majeures, doivent être déférées au pape et au saint-siège apostolique (i).

M. Schelstrate produit ces paroles comme son dernier argument qu'il croit invincible , pour prouver que le pape est absolument audessus de tous les conciles. Il est cependant bien aisé de lui répondre ce qu'on a répondu cent fois, et sans réplique , que ces paroles et autres semblables , doivent s'entendre par rapport à toutes les églises , prises chacune en particulier,

(i) Gerson. tractât, au et quomodo possit appellaii k papac f etc.

à tous les evêques , les archevêques métropolitains , primats et patriarches , du jugement desquels on peut en appeler au pape. Mais on ne peut en appeler à aucun d'eux du jugement du pape , qui est leur supérieur , non pas quand ils sont assemblés en corps , dans un concile universel , représentant toute i Eglise, mais quand on les prend chacun en particulier , conformément à ces paroles de saint Augustin , au li\Te second contre les donatistes : qui ne sait que saint Pierre , à cause de la primauté de son apostolat , doit être préféré à quelque épiscopat que ce soit (i)? Il dit à quelque épiscopat , et non pas à tout V épiscopat , dans un concile général. De sorte que cette bulle de Martin V, ainsi que celle de Pie II , commençant par ce mot, execrahilis , ne peut condamner et défendre absolument l'usage , mais seulement l'abus qu'on peut faire de l'appel au concile général , en y appelant témérairement, sans raison et sans cause légitime , comme le firent les ambassadeurs de Pologne. Si M. Schelstrate veut, nonobstant toutes ces raisons, que le pape, par cette bulle, condamne et défend absolument tout appel au concile

(i) Aug. l. 3. de Baptis. conlrk donatist. cap. i.

universel , ce que pourtant il ne dit point , on lui répondrait sans peine, que quand cela serait, elle n'aurait aucune force, parce qu'elle n"a point été faite coriciliariter , et sacro ap^ probante conciUo; ni avec le consentement de l'Eglise, qui n'a jamais prétendu qu'on ne puisse , en certains cas, en appeler du jugement du pape à celui du concile général. Il n'a qu'à lire , pour en être persuadé , ce qu'a écrit sur cette matière, le saint et savant Gerson, chancelier de l'université de Paris, et la déclaration que fit cette ifameuse université , par un acte authentique à Philippe-le-Bel (i) , qu'on pouvait convoquer un concile, et y appeler contre Boniface VIII ; qu'elle consentait et adhérait , selon les saints canons , à cette convocation et à cet appel , que le roi et toute la France faisaient au concile. lime semble avoir clairement montré jusqu'ici, le faible, ou plutôt la nullité de ce que nous oppose M. Schelslrate. J'ai prouvé encore que Martin V a solemnellement approuvé les décrets de la quatrième et de la cinquième session , par la déclaration qu'il a faite à la dernière session , et par les demandes qu'il exige qu'on fasse aux hérétiques qui se

(i) Declar. Univer. Paris, an. i3o3. mense septeinbrt.

conver lissent. Maïs, quand nous n'aurions pas ces deux déclarations si formelles de Martin V, notre auteur penserait-il compter pour rien celle du pape Eugène, dont il ne lui a pas plu de nous dire un seul?mot? Cependant, il ne peut ignorer que le concile de Baie, qui est tenu de tout le monde, et même du cardinal Bellarmin, pour légitime, dans son commencement (i), renouvela dès la seconde session , les décrets de Constance, qui furent approuvés par le cardinal de saint Ange-Julien Césariani, qui y présidait au nom du pape. Je ne doute pas aussi qu'il ne sache qu'Eugène IV lui-même, dans la bulle qu'il fit au temps de la seizième session, approuva tout ce que le concile avait fait Jusqu alors , et conséquemment les décrets de Constance, renouvelés dans la seconde session, et dans la réponse synodique , où le même concile confirme de nouveau ces décrets , et les établit sur de très-puissantes raisons qui y sont exposées fort au long.

Après cela , je n'ai plus que deux mots à dire

(i) Basilecnse conclllum initio quidem fuit legitimumç nam et legatus aderat pontificis, etc. Bell. l. 3. de Eccles. milit. cap. 16. et lib. 2. de concil- cap. 19

— a,9 — à M. Schelstrate. sur l'approbation de ces cl<^crets ; c'est que , s'il n'en est pas satisfait , il faut nécessairement qu'il tienne pour nuls , tous les décrets que les premiers conciles ont faits contre les ariens, les Macédoniens et les autres hérétiques; parce qu'on ne trouvera jamais que ces conciles aient été approuvés , ni si formellement, ni autant de fois que l'ont été les décrets de Constance , par les papes Martin V et Eugène IV.

Il doit ensuite savoir, que comme je l'ai dit auparavant, on n'a jamais connu dans l'ancienne église, d'autre approbation et d'autre confirmation des conciles par les papes , que le consentement qu'ils étaient obligés eux-mêmes d'y donner, aussi-bien que les autres, car si après que les conciles de Nicée et de Gonsîantinople, légitimement assemblés, eurent défini la consubslantialité du Verbe et la divinité du Saint-Esprit, les papes Sylvestre et Damase n'eussent pas voulu recevoir ces décrets , ni les approuver , il est certain qu'ils auraient été tenus pour hérétiques, par toute l'Eglise: qui peut en douter? Et ces conciles n'auraient pas été moins infaillibles qu'ils l'étaient en faisant leurs défiîiilions, par l'inspiration de ce divin Esprit, qui est l'àme de tous les conc-les œcu-

nirniques , selon ces sublimes paroles ; visum est Spiritui Sancto et nohis.

Car, dire que toute l'autorité des conciles vient du pape, qui peut ne pas suivre et approuver leurs décisions touchant la foi , et leur ôter par là toute leur force , c'est ce que le savant cardinal de Cambrai, Pierre d'Ailly, traite d'erreur, en termes très-forts, lorsque prêchant devant tout le concile de Constance , et le pape Martin V (i), il rapporta l'histoire entière du concile que les apôtres célébrèrent à Jérusalem : on voit par là que l'autorité de décider et de définir ne doit pas être attribuée seulement au pape, mais à tout le concile général; d'où il suit qu'il faut condamner l'erreur très-pernicieuse et très-dangereuse pour toute l'Eglise, de certaines gens qui, pour flatter le pape^ ôtent tellement au concile son autorité, qu'ils osent dire que le pape ri est pas obligé, par né' cessité, de suivre la décision du concile, et qu'on doit au contraire s'arrêter au sentiment du pape , s'il s'oppose à celui de l'Eglise ou du concile général.

Voilà ce que dit ce grand cardinal , dans la

(i) An. 1417 dominicâ secundâ adventùs uno meose post hujus papae eîectioncni.

chaire de vérité, devant tout le concile de Constance, conformément à ses décrets, et en présence même du pape, qui n'y trouva rien à dire, et ne témoigna pas qu'il lui déplût qu'on eût appelé cette opinion, une erreur très-pernicieuse et très- dangereuse , inventée par les courtisans des papes.

Aussi , la sacrée faculté (i) , suivant un si bel exemple, ne manqua pas, douze ans après, de faire révoquer à F, - Jean Sarrasin , la proposition suivante qu'il avait mise dans une de ses thèses : toute l'autorité qui donne la force aux décrets d'un concile, réside dans le seul souverain pontife. Il fut obligé de se rétracter publiquement, et de changer la proposition en celle-ci : toute l' autorité qui donne la force aux décrets d'un concile, réside, non pas dans le seul souverain pontife, mais principalejnent dans le Saint-Esprit et dans l'Eglise catholique (2).

Certes, il est bien raisonnable que le pape dépende de la volonté du Saint-Esprit, qui

(1) Décret, lacult. anno 14^9, Kal. aprilis.

(-2) Tota autoritas , dans vlgorera statutis , residet non in solo sunimopontince, sed principaliter iii Spiritu Saiicto, et ia cathoiicâ ecclesià... F.-J. Sarrasin in thesi.

enseigne, comme il lui plaît, toute vérité à l'Eglise , et au concile qui la représente. Il faudrait dire au contraire , que le Saint-Esprit dépend de la volonté du pape, si après que ce divin Esprit a défini par le concile , la consubstanlia- Hlédu Verbe, la dlNinité du Saint-Esprit, l'unité de personne, et la pluralité de natures, de volontés et d'opérations en J.-G. , et d'autres semblables vérités qui appartiennent à la foi , ses décisions n'avaient nulle autorité, s'il ne plaisait au pape d'y consentir , et de les approuver. C'en est assez, je crois , pour ce qui regarde Tapprobation des décrets de Constance : il ne faut plus qu'un mot, sur ce que M. Schelstrate prétend qu'ils ne sont faits que pour le temps du schisme.

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