‹ Triomphe des libertés gallicanesChapitre 27 sur 51 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Réfutation du troisième chapitre de M. Schelstrate.

Cette objection qu'on nous fait, est une vieille chicane qui tombe presque d'elle-même , sans qu'il soit nécessaire de faire aucun effort considérable pour la détruire. En effet, le concile de Constance , qui prévoyait qu'on pourrait la faire , pour affaiblir l'autorité suprême des con-

cîles œcumdniques, voulut la prévenir el la réfuter mèine avant qu'on ne la fît. C'est pourquoi, dans la cinquième session, où il déclare que tout homme, de quelque dignité qu'il soit, est obligé d'obéir aux décrets et aux ordonnances du sacré synode de Constance , il ajoute ces mots : et de quelque autre concile général que ce soit , légitimement assemblé (i), qui dit de tout autre concile , sans aucune restriction, comprend tous les temps hors du schisme et pendant le schisme. Aussi le concile de Baie, qui futlong-lemps légitime, lorsqu'il n'y avait pas de schisme , déclare-t-il que le pape est obligé de lui obéir , et à tout autre concile. Les raisons qu'il en apporte dans sa grande réponse synodique approuvée par le pape Eugène , renferment nécessairement tous les temps , comme je vais le faire voir brièvement et en peu de mots :

Premièrement , le concile œcuménique est un tout, et un corps dont le pape, ou celui qui y préside en sa place , est le chef, car il n'y a point de concile acéphale, comme parle M. Schelstrate, c'est-à-dire sans tête, appelant ainsi

(i) Et cujuscumque alterius condlii generalis, légitimé congregati sess. 5.

celui (le Constance qui se tenait en l'absence da pape. Ne sait-on pas que quand le pape refuse d'y assister, quoiqu'il le puisse, ou qu'il s'en retire, il y a toujours quelqu'un qui y préside en sa place , et le représente en celte qualité de chef, comme le concile représente toujours l'Eglise universelle. L'on avouera sans difficulté, que le chef n'est que le premier membre , et la principale partie de ce grand corps, comme le dit positivement saint Grégoire , en parlant de saint Pierre (i).

Ce n'est pas comme J.-C. qui est non-seulement le chef, mais encore le maître de l'Eglise universelle, qu'il s'est acquise par son propre sang; elle est à lui en propre, il peut en disposer ainsi qu'il lui plaît, comme fait un maître de son bien , Dominus est. De là vient qu'on ne peut pas dire, qu'il ne soit qu'une partie de l'Eglise: il est par-dessus tout; comme Dieu qui est le maître absolu du monde, n'est pas une partie de ce tout, de cet univers, dont il est le maître, ainsi que l'a reconnu Aristote lui-même (2).

(1) Certè Petrus apostoius primum membruin uiiiversalis ecclesise est. Givg. 1. 4- epist. i.

(a) Dominas universi, non e*t pars uniyersi. Arist, la» Mctaph.

— aj") —

Il n'en est pas ainsi du pape , qui est bien à la vérité le chef de l'Eglise universelle, mais non pas le maître; car J. -C. a dit à saint Pierre aussi-bien (ju'aux autres apôtres : les rois absolus sont les maîtres, mais nonpas vous{i). Cela fait entièrement disparaître cette comparaison odieuse qu'on voudrait faire , entre nos rois qui sont au-dessus des états de leur royaume, et les papes qu'on voudrait mettre au-dessus de toute l'Eglise. Il y a en effet une grande différence ; nos rois sont les maîtres dans leurs états, dominantur eorum, mais non pas les papes, vos autem non sic. Le pape n'est donc qu'une partie de l'Eglise et du concile universel qui la représente, et nonpas le maître.

Or, il est évident, parla seule lumière naturelle, que le tout est plus noble que chaque partie, et l'emporte au-dessus d'elles, selon cette sentence de saint Au^usûn: uniçersumpartibus sempei' optimo jure prœponitur (2). D'après cette maxime reçue de tout le monde, saint Jérôme décide la question en un' mot, quand il

(i)Rcges gentlam dominantur eorum; vos autem non sic; non ità autem est in voLis \ non Ità crit inter vos. Math, ao. Marc. 12. Luc. a8.

(a) Aug I . de bapt. cap. 4«

dit : major est autoritas orbis quà/n urbis(i). Ainsi le pape, comme principale partie, et chef de TEglise universelle, est au-dessus de chaque partie ; son pouvoir, réglé selon les canons, s'étend sur toutes les Eglises , prises chacune en particulier, sans qu'il y en ait aucune qui puisse être exempte de sa juridiclion : mais il ne s'étend nullement sur toutes les Eglises assemblées dans un concile général, si ce n'est pour le convoquer et pour y présider. C'est ainsi qu'on doit entendre ce qu'on lit dans les bulles d'Eugène iV et de Léon X dans les conciles de Florence et de Latran. On ne convient pas au reste que ce dernier soit un concile universel.

Le concile de Bàle dit en outre , dans son épîlre synodique, que le concile œcuménique a reçu le don d'infailîibllilé , aussi-bien que l'Eglise universelle qu'il représente ; et que le pape peut errer , suivant la croyance de toute lanliquité. Mais pour ne pas disputer, on peut faire valoir cette raison d'une manière encore plus forte et plus convaincante, en disant: ceux qui tiennent l'opinion contraire à la supériorité du concile , avouent néanmoins sans difficulté , qu'il est durant le schisme, au-dessus

(ij Hieron. epist. ad Evagr.

— . sSy — tViin pape douteux ; parce que ce qui est certain, doit toujours prévaloir sur Tinccrtain. D après ce principe dont on tombe d'accord de part et d'autre, voici comme Ton doit raisonner :

II est certain que le concile général, représentant l'Eglise universelle, est infaillible ; c'est ce dont il n'est permis de douter à aucun catholique ; d'un autre côté, on ne peut être assuré que le pape soit doué du don d'infaillibililé, puisqu'un grand nombre d habiles docteurs très-calholiques , et des universités fort connues, non-seulement en doutent, mais enseignent et soutiennent fortement qu'il n'a jaraiais reçu un tel privilège. Delà il faut conclure nécessairement , que puisque le certain doit l'emporter sur l'incertain, le tribunal du concile général qu'on sait de toute certitude , ne pouvoir errer dans ses jugemens, est au-dessus de celui du pape, qui peut se tromper, n'étant pas certain qu'il soit infaillible.

Il est évident que ces deux raisons du concile de Baie, lorsqu'il était très-légitime, et approuvé d'Eugène IV, font voir que tout concile général est par-dessus le pape, au temps du schisme et hors du schisme , puisqu'en l'un et en lautre temps, le concile est un tout dont

îe pape n'est qu'une partie On ne peut nier qu'en ces deux temps le concile ne soit également infaillible; tandis qu'on peut douter du moins que le pape le soit dans l'un et l'autre temps.

D'après tout ce que je viens de dire , je crois avoirpleinementsatisfaitM. Schelstrate, surtout ce qu'il produit dans la dissertation qu'il a faite contre un des principaux articles de la déclaration du clergé de France. Quant à ce grand discours que fait l'auteur dans l'un de ses chapitres, pour nous persuader, sur la foi de son manuscrit , qu'après de grandes disputes entre les nations , il fut enfin résolu , d'un commun accord, que la réformalion de l'Eglise, dans le chef et dans les membres , ne se ferait qu'après l'élection du pape , il ne mérite , sans doute pas , qu'on réponde à tout ce qu'il renferme de pitoyable.

Pourra-t-il jamais conclure delà, qu'un pape légitimement élu , qui assiste et préside aux délibérations d'un concile , n'est pas une partie de ce tout , et de ce corps qui représente l'Eglise universelle? L'autorité de celle-ci ne doitelle pas prévaloir sur celle de chacun de ses membres en particulier , par la raison qui veut que le tout soit plus grand et plus noble que

chacune de ses parties? Et par quelle philosophie prclend-il nous faire avouer, que de la présence du pape à un concile, il s'en suit que ce pape n'est pas obligé de se soumettre aux décrets qu'on y aura fiiits, même contre son propre sentiment , à la pluralité des voix et des suffrages, soit des personnes, soit des nations ? C'est là , précisément , ce qui est en question, savoir si le concile, soit que le pape y assiste ou n'y assiste pas, est au-dessus du pape : comment pourra-t-il en faire une preuve en sa faveur?

De plus , on ne conclut pas dans cette assemblée des nations , qu'on ne pourrait point faire les décrets sur la réforme , avant l'élection d'un pape , mais seulement , qu'avant ce temps-là , on ne les ferait pas tous , et principalement ceux qui modéraient la puissance du pape, et la renfermaient dans de justes bornes, étant bien raisonnable qu'il fût présent à ces délibérations où il avait tant d'intérêt d'assister. En eff*et , pour ne point parler des autres décrets de réforme qu'on avait déjà faits dans le concile , on en fit un de très-important sur le pape, dans la session trente-neuvième, avant l'élection de Martin V qui ne fût élu qu'après la quarante et unième.

On ordonne par ce décret , que les papes , qui sont d'autant plus obligés de faire éclaler les lumières de leur foi , qu'ils sont plus élevés en dignité que tous les autres, feront à l'avenir, en présence de ceux qui les auront élus, et avant que leur élection soit publiée, leur profession de foi , selon la formule qui leur est prescrite par le concile , dans cette même session. C'était là, sans doute, un point de réforme assez important, puisqu'on renouvelait ainsi ce qu'on avait autrefois pratiqué, et ce que le roi Childebert exigea du pape Pelage P*", pour s'éclaircir sur sa croyance; car on pensait généralement que ce pape avait un peu trop favorisé les eutycbéens qui l'avaient surpris par leurs artifices.

Le concile pouvait donc faire les autres décrets de réforme avant l'élection du pape : mais il voulut qu'on ne les fît qu'après que le pape serait élu. La man.ère dont il ordonne que cette réforme se fasse, bien loin de favoriser M. Scbclstrale, fait conclure tout le contraire de ce qu'il prétend , et montre manifestement que le pape , même indubitable , est inférieur au concile.

En effet, le concile veut et ordonne, dans la quatrième session, que le pape, ou avec le

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concile, ou avec les députés des nations, réforme l'Eglise dans le chef et dans les membres , sur les points qu'on lui donnera , et qu'il fasse celte réforme, avant que le concile soit dissous. Vît-on jamais un acte plus authentique d'une suprême autorité que celui-ci? Lorsqu'il n'y a plus de schisme , après l'union des trois obédiences , comme le dit M. Schelslrate , le concile ordonne qu'un pape indubitable »^ tel que Test celui qui nous gouverne, réforme l'Eglise dans le chef et dans les membres ; mais il veut que ce soit avec le concile. Tout évêque peut en faire autant ; la différence qu'il y a , c'est qu'il ne sera pas président de l'assemblée où il donnera son suffrage comme tous les autres. Que si le concile ne veut pas travailler en corps à cette affaire, il commet le pape pour y travailler conjointement avec les députés des nations. Il n'agit donc en cette réformation , que par l'autorité du concile qui le députe. Tout l'avantage qu'il aura sur les autres, c'est qu il sera le premier député à la tête de tous les autres.

Enfin , on lui prescrit et les articles sur lesquels on veut que soient faits les décrets de réformation , et le temps dans lequel on veut qu'ils soient faits. Si tout cela ne s'appelle or-

donner , prescrire , commander , conséquemment si ce ne sont là tout autant de marques évidentes et d'actes authentiques d'autorité et de supériorité , je n'en connais point dans le inonde. Que veut donc dire maintenant , ]M. Schelstrate avec son grand discours , sur ce que les cinq nations convinrent que Ton ne ferait la réformation qu'après l'élection d'un pape?

Mais encore une fois , que veut-il dire avec ce grand mystère qu'il nous fait , de ce qu'après avoir bien disputé dans l'assemblée de ces nations , sur la manière dont on ferait le décret, si ce serait en obligeant le pape de faire aAec les députés , la réformation avant son couronnement, ou après, on dit enfin, que quand un pape est élu , il ne peut être lié? Prétendil donc par là , que nous soyons obligés de croire qu'un pape légitimement élu, comme Tétait saint Sylvestre , n'est pas obligé de souscrire aux décrets d'un concile œcuménique comme l'était celui de Nicée? Se pourrait-il que, quand un pareil concile a décidé la consubstantialité du Verbe , et défendu aux prêtres de se marier , le pape ne fût pas lié par ces décrets » aussi-bien que les autres chr^^tiens , et qu'il fût toujours libre pour croire de lun

tout ce qu'il voudrait , et pour en user à l'égard de l'autre comme il lui plairait ?

Ne voit -il pas, que pour avoir le véritable sens de ces paroles , il faut les appliquer au sujet dont il s'agissait : savoir, si l'on mettrait dans le décret, que le pape qu'on allait élire, serait obligé de faire la réforma lion avant son couronnement , et même avant qu'il pût avoir aucune part au gouvernement de TEglise, et d'en donner bonne caution , comme le demandait la nation germanique ? Quant à cela , on eût bien raison de dire qu'on ne pouvait obliger un pape à une chose si indigne de la majesté pontificale , ni le lier tellement, qu'on lui ôte le pouvoir qu'il a , de droit divin , de gouverner l'Eglise , en vertu de sa primauté , dès le moment qu'il est canoniquement élu successeur de saint Pierre.

Voilà comment doivent s'entendre ces paroles par rapport à ce qui précède, et non que lepape soit obligé à rien. En effet, dans le décret qui se fit après cela, conciliariter ^ dans la session quarantième, on ne lia point le pape de la sorte comme l'avaient proposé les Allemands. On ne laissa pas néanmoins de le lier d'une autre manière très- raisonnable, si je puis m'exprimer ainsi, c'est-à-dire, de l'obliger à réformer TE-

— a64 — glise dans le chef et dans les membres , avec le concile, ou avec les députés des nations, et avant la fin du concile. Si M. Schelstrate s'opiniatre encore à vouloir que les nations aient entendu autre chose par ces paroles , qu'un pape élu ne pouvait être lié aucunement, nous n'avons qu'à lui dire, pour le satisfaire, que ce n'est pas à ce qu'on a dit dans l'assemblée des nations, que l'on doit s'arrêter , comme il le fait , mais à ce qu'on a défini concîliariter dans la session , comme nous venons de le voir.

Je crois, maintenant que M. Schelstrate sera pleinement satisfait de moi, puisque j'ai répondu exactement de point en point , à tout ce qu'il dit sur les manuscrits inconnus à tout le monde, durant près de trois cents ans, et qu'il s'avise aujourd'hui de nous opposer, comme des pièces très-aulheiUiques dans la dissertation qu'il a faite contre la déclaration de l'Eglise gallicane ; contre l'édit perpétuel du roi , qui comme protecteur de l'Eglise et de ses canons , la fait valoir et observer dans toute l'étendue de ses états ; et enfin contre le concile de Constance , reçu de toute la chrétiënneté, et surtout de la France, qui le regarde et le révère comme son palladiinn, l'appui, le soutien et le défenseur de ses libertés.

Cela étant ainsi, je n'ai plus qu'à conclure, en peu de mois, tout ce que j'ai dit jusqu'ici de la supériorité du concile sur le pape : j'ai démontré d'abord que toute l'antiquité 1 avait cru, sans qu'on eût disputé sur ce sujet , comme on a commencé à le faire vers le temps du concile de Pise. J'ai fait voir ensuite, très-clairement , ce que ce concile et les deux suivans , de Constance et de Bàle , approuvés même par lespapes Alexandre V, Martin V et Eugène IV, avaient déterminé sur ce sujet en faveur des conciles. Pour ce qui regarde le temps qui s'est écoulé depuis ces trois conciles , il est certain que tous ces grands hommes, ces évcques, ces cardinaux, ces papes , ces universités , ces savans docteurs de toutes les nations, qui, comme je l'ai dit, ont enseigné que les papes n'étaient pas infaillibles, ont conséquemmentsoutenu que le concile œcuménique, dont l'infaillibilité n'est nullement douteuse, est au-dessus du pape. C'est ce qu'ont toujours enseigné , entre autres , les docteurs les plus renommés de Paris, de cette savante université , la plus ancienne et la plus célèbre de toutes. ÏI ne tiendrait qu'à moi de faire ici une longue liste de tous ces docteurs, qui, avec le précis de leurs témoignages, pourrait remplir aisément tout un livre.

Qu'il me suffise de rapporter ce que le grand cardinal de Lorraine, craignant qu'on ne fît glisser dans le concile de Trente, quelques termes qu'on pût interpréter contre cette doctrine de toute la France , fit remarquer , par son secrétaire, au pape Pie ÏV, en l'année i553. Voici mot pour mot ce qu'il mit dans ses instructions sur ce point-là :je ne puis nier que je m sois Français, et que je n'aie été élevé dans l'uniçersité de Paris , oà l'on tient que le pape est soumis au concile; et ceux qui enseignent là le contraire^ sont regardés et notés comme des HÉRÉTIQUES (i). Les Français perdront plutôt la vie que de renoncer à cette doctr'ine.... Ce serait une folie que de croire qu'il y eût un seul éiêque en France , qui voulut jamais consentir à l'opinion contraire à cette vérité.

En effet, comme on avait écrit de Rome aux légats ^du concile (2) qu'ils tâchassent de faire en sorte qu'on employât dans le canon qui regarde le pape, les termes du concile de Florence, ea y mettant que le pape a reçu le pouvoir de gouverner l'Eglise universelle, in esse summo

(1 ) Lecteur n'oubliez jamais ce beau passage. (N. de l'Ed. ) (3) Litt. card. Borom. 9. Pallavic. liist. concil. Trident. 1. iQ, cap. 12, u' 10 et cap. x'i , n" 1.

1 — 167 — pontifici potestatem regendï Ecclesiarn unwersalem. Les évêques de France s'y opposèrent, et furent suivis de la plupart des Pères du con^ cile. Ce n'est pas que ces mots: regendi Ecclesiarn unwersalern, signifient autre chose que cette juridiction générale du pape , qui s'étend sur toutes les parties de l'Eglise en ce qui regarde le bien commun de toute la chrélienneté , afm d'y pourvoir selon les canons , comme s'en explique le concile de Florence , ainsi que nous l'avons montré : mais c'est qu'on ne voulût pas même souffrir qu'on pût abuser de ces mots,£^cclesiam uniçersalem, faisant entendre par là que le pape est au-dessus de l'Eglise universelle, prise dans sa totalité , assemblée et représentée par un concile œcuménique.

C'est pourquoi , pour ôler toute sorte d'ambiguité » et empêcher qu'on ne put détourner ces mots en un sens contraire à la supériorité du concile , on dit qu'au lieu de regendi Ecclesiarn universalem, il fallait meitre dans ce canon, potestatem regendi omnes fidèles et onines Ec~ clesias; que le pape a le pouçoir de gouverner tous les fidèles et toutes les Eglises. Ceci s'entend de toutes , non pas assemblées dans un concile, mais prises chacune en particulier, sans qu'il y en ait aucune qui soit exempte de la juridic-

tion du pape , en ce qui regarde le bien commun, le gouvernement général et les causes marquées par les canons. Tous nos ancêtres ont été soigneux, même jusqu'au scrupule, de se tenir en garde sur ce point , pour empêcher qu'on ne fît rien qui pût donner la moindre atteinte à l'ancienne doctrine inviolablement gardée et conservée de tout temps dans ce royaume ! Ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'au temps où les docteurs de Paris soutenaient cette doctrine avec le plus de force, après les conciles de Constance et de Baie , contre ceux qui s'efforçaient d'affaiblir leurs décrets, Innocent VIII leur envoya un bref (i) où il fait leur éloge , et où il exalte , entre autres choses, la grandeur du zèle qu'ils ont pour soutenir Ihonneur et les droits de la sainte Eglise romaine, et pour défendre la foi catholique contre les hérésies qu'ils ne cessent de combattre (2).

Enfin , pour finir par où j'ai commencé de traiter cette question , je conclurai par le témoi-

(i) Innoc. YIII. Lltt. ad Tlieol. Paris. 7. Iclus. sept, ann. i486.

(2) Nous avons donc bien raison de dire, d'après les pat oies même de ce pape, que nos bons ultramontains louchent a riierésie. {Note de l Editeur.)

gnaged'nn autre pape, que les auteurs qui veulent, comme M. Schelstrate, que les papes soient au-dessus des conciles, ne pourront jamais récuser: c'est Pie II, qui, n'étant encore qu'^^Lnéas Sylvius Piccolomini, secrétaire du concile de Baie, dont il nous a donné l'histoire, soutenait de toutes ses forces, comme les docteurs de Paris, que l'autorité du concile général est supérieure à celle du pape. Mais lui-même étant devenu pape , il crut par une raison que l'on peut aisément deviner, devoir apprendre à tout le monde, qu'il avait changé de sentiment, et qu'il croyait alors le contraire de ce qu'il avait soutenu auparavant avec toute l'ardeur que peut avoir un homme bien persuadé de la justice de la cause dont il entreprend la défense.

Cest ce qu'il fit solemnellement par une bulle, dans laquelle il se retracte. En se retractant , pour déclarer qu'il voulait suivre une autre opinion, il ne voulut pas supprimer une vérité si manifeste touchant l'opinion qu'il abandonnait et celle qu'il embrassait. Voici comme il s'exprime dans sa bulle , en parlant des conférences et des disputes qu'il eut avec le cardinal de saint Ange-Julien Césarini, qui soutenait le mieux qu'il lui était possible l'intérêt du pape, et ne laissait pas néanmoins après tout ,

cl'èli*e fie l'avis du concile quand il y présidait : nous défendions , dit ce pape , T ancienne doctrine , et lui, il prenait la défense et le parti de la nomelle opinion. T\ous exaltions ï autorité du concile universel , et lui, il faisait extrême-' ment valoir la puissance du siège apostolique (i).

Je sais bien qu'on pourra me dire que par ces paroles, antiquam sent entiaTn, Vie II entend l'opinion qiiil soutenait auparavant , et qu'il appelle ancienne, par rapport à celle qu'il avait depuis embrassée: je le veux; mais celan'empêche poin t du tout qu'il n'ait cru que cette même opinion était absolument l'ancienne, et qu'on ne l'ait toujours tenue , avant qu'on eût parlé de l'autre pour la première fois, au concile de Pise. Cela paraît premièrement en ce que 1 opposant à celle que le cardinal Julien soutenait contre lui , dans les conférences qu'ils eurent ensemble long-temps après le concile de Bàle , à Vienne en Autriche, il appelle absolument celle-ci la nouvelle opinion : ille noçam defendebat.

(i) Tuebamur antiquam sententiam , ille novam defendeljat : extollebainus gcueralis concilii autoritatem , ille apostolicae sedis potestatem magnopere commendabat. Pi us II iu balla retiact.

G:la paraît encore d'après ce qu'il dit, que les prélats et les docteurs qui se rendaient de toutes parts au concile de Bâlc , et particulièrement les députés de l'école de Paris , dont la renommée, dit-il, esttrès-re'Ièbre, élevaient tous jusqu'au ciel , d'un commun consentement , l'autorité du concile général. Or, il savait fort bien que ces célèbres docteurs de Paris soutenaient l'ancienne doctrine , puisque ce furent eux qui s'élevèrent les premiers au concile de Pise » contre la nouveauté dont on n'avait jamais ouï parler dans l'Eglise avant ce concile. En outre, il déclare en termes formels, dans cette même bulle , qu'il reconnaît l'autorité et la puissance du concile général, conformément à ce qui en a été déclaré et défini par le concile de Constance. On ne peut douter que ce pape ne sût parfaitement bien , que les conciles n'innovent jamais rien dans la doctrine contre l'antiquité , et que tout ce qu'ils définis^^ent , est toujours très-conforme à l'écriture et à la tradition. Il faut donc nécessairement, selon lui-même, que ce que l'on veut qu'il appelle son ancien sentiment , soit la doctrine de l'antiquité , et que ce soit aussi en ce sens qu'il dit ici : tuehamur antiquam. sententîam. , illc novam, defendehat.

• — aya —

Enfin, pour être bien persuadé que c'est en ce sens qu'il faut prendre ces paroles , il n'y a qu'à considérer avec un peu plus d'exactitude qu'on ne le fait ordinairement , en quoi consiste cette longue rétractation qu'il a faite dans sa bulle. Il faut observer à ce sujet , deux choses dans le concile de Baie : l'une, le décret de la seconde session , lorsque le concile était, sans contredit, très-légitime; l'autre, le schisme qui s'y fit, lorsque le concile étant transféré à Ferrare, et puis à Florence , où presque tous les cardinaux et les évêques suivirent Eugène , ce peu de prélats qui restaient à Baie, y firent un autre pape. Quant à ce point-là, Pie II retracte fort au long, tout ce qu'il fit avec les autres contre Eugène, et déteste le schisme, en disant tout ce qui doit se dire de l'unité de l'Eglise, de l'autorité du pape, de sa primauté, de sa qualité de chef de l'Eglise, auquel il faut que tous les membres soient unis , sans qu'il soit jamais permis de sortir de l'unité.

INIais, pour ce qui regarde la supériorité du concile, définie dans la seconde session , comme il ne voulait rien dire de bien positif contre ce qu'il croyait être conforme au sentiment de ranliquilé, il prit le parti de n'en parler qu'en cerlains termes généraux et ambigus , aux quels

on peut donner le sens que Ton veut; de soHc que dans loule sa bvilie on ne voit rien qui touche manircstenient à cet article. Il en parle dune manière si peu claire et si peu précise, que quoique Ton puisse dire qu'on voit bien qu'il prétend la rétracter , il ne dit pourtant rien que l'on ne puisse légitimement expliquer, excepté dans un seul endroit ; c'est celui où il dit: que (juoique h papa soitjils de l'cglhe par son haptcrne, il est pourtant son père à raison de sa dignité; et que si en qualité de fds de l'église , ildoit la révérer comme sa mère, il luiest néanmoins préféré par cette dignité suréminente, comme le pasteur à son troupeau , et le prince à son peuple (i). 11 est évident que par ces paroles , on préfère le concile à l'église , mais les savans pères Labbe et Cossart, qui ne peuvent être suspects à cet égard , ont fort bien remarqué qu'au lieu de prœjertur ^ il y a dans d'autres exemplaires /^ro^é'^^ , il préside à l'église; ce qui est très-vrai , puisqu'il en est le chef, et qu'il doit présider en cette qualité , au concile qui la représente.

J'ai cru devoir ajouter cette remarque dans cette seconde édition, pour vérifier que Pie II dit

(i) Tom. j3, concil. edit. Paris- p. i4ï5.

que son ancien sentiment, touchanî la supériorité du concile , est la doctrine de Fantiquitc : tueharnur antiquam sententiam , illc novam defcndehat.

Ce pape qui voulut bien changer d'avis en changeant de condition, ce que ne fit pas après lui le pape Adrien VI, déclare dans sa bulle, nettement et de bonne foi , que la doctrine dont il avaitauparavantentrepris la défense, touciiant la supériorité du concile , est celle de l'antiquité, et que l'autre est nouvelle. Voilà justement tout ce que je veux; il ne m'en faut pas davantage pour gagner ma cause : car tout ce que j ai prétendu dans ce traité , c'est de montrer ce que l'antiquité a cru touchant les points dont il s agit. Ainsi , après une déclaration si autlientique du pape Pie lï, j ai lieu dédire sur cet article, ce que j'ai déjà dit sur les autres, plus d'une fois, avec le pape Célestin P'^écri\ant auxévêques de l'église gallicane : desinat încesserenoçitas vetustatcm (i).

(,) M. Maimbourg ne réfutait alors que M. Schelstrate; mais nous réfutons par les rnénies raisons tous les ultraluonlains de tVpoque. ( Ao^e de l'Editeur.)

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