‹ Triomphe des libertés gallicanesChapitre 28 sur 51 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

État de la question touchant le pouvoir que quelques docteurs ont voulu attribuer aux papes , sur le temporel des rois.

J'ai montré ce me semble , assez clairement , dans tous les chapitres précédens de ce traite , jusqu'où Ton a cru dans 1 ancienne Eglise que s'étendait, pour le spirituel, le pouvoir que J.-C. a donné à saint Pierre et à ses successeurs , comme cheis de l'Eglise universelle. Il faut que nous voyons maintenant, si selon le sentiment de la vénérable antiquité , ils ont aussi quelque puissance sur le temporel de qui <}ue ce soil , et particulièrement des rois et des autres souverains, en vertu de la primauté qui leur appartient de droit divin.

Il s'est autrefois trouvé des gens si passionnés pour la grandenr du sic'ge apostolique, ou plutôt si aveuglément dévoués à la cour de Fvome , bien différente da saint-siège , qu'ils ont osé avancer que le pape représentant la personne de J.-G. qui est le roi des rois, et le seigneur des seigneurs , est le monarque universel, qui a un pouvoir absolu sur tous les royaumes , dont il peut même dépouiller les

rois, s'ils manquent à leur devoir, comme ces rois peuvent casser leurs officiers qui s'acquittent mal de leur charge. C'est ce qu'on appelle la puissance directe, que voulut s'altriLuer Boniface VIÏI , dans sa bulle unarn sanctam , que Clément V, son successeur , fut oblige de révoquer.

Il n'est pas ici question de cela: car je ne crois pas qu'il y ait aujourd'hui personne qui ait la hardisse de soutenir une fausseté si odieuse et si visible. Mais il s'en trouve assez au-delà des monts (i), qui, par par une distinction philosophique, de puissance indirecte qu'ils ont inventée , enseignent que le pape peut disposer du temporel des rois , absoudre leurs sujets du serment de fidélité qu'ils leur ont fait, et transporter leurs états à d'autres , quand il juge que cela est nécessaire pour le bien de la relig'on. Ils donnent pour raison , que le pape ayant la surintendance sur tout ce qui le regarde , il a aussi le pouvoir d'écarter, de détruire et d'exterminer tout ce qui peut lui nuire : ils reviennent assez finement par ce détour , au but dont ils faisaient semblant de

(i) Il y en a aussi en- deçà des monts, et même dans notre belle France I! ( "iiole ch l'Edit. )

s'éloigner. Qui ne voit qu'un pape pn ndra toujours le prétexte tlu bien de la reli.'^ion , quand il lui prendra en\ie de dépouiller un priiice, comme le firent tous ces papes , qui, depuis Grégoire VII, ont déposé les empereurs ; et après ceux-là , Jules II , qui transporta à Ferdinand, roi d'Arragon, le royaume de Jean, roi de Navarre . parce que ce roi ne voulait pas se déclarer contre Louis XII que le pape persécutait.

Or, comme cette opinion que l'église gallicane et tous nos docteurs ont toujours estimée très-dangereuse , et très-contraire à la tranquillité publique, a néanmoins encore des partisans et des défenseurs parmi quelques auteurs modernes , principalement d'au-delà les monts, il faut que je montre en suivant toujours la méthode que j'ai employée dans tout ce traité , qu'elle est là-dessus la doctrine de l'antiquité. Je prouverai facilement qu'elle a toujours cru que ni le pape, ni même l'église , n'ont reçu de J.-C. d'autre pouvoir que sur les choses purement spirituelles et entièrement détachées du temporel : je démontrerai ensuite que les rois et les souverains , selon l'ordre de Dieu , ne sont soumis , pour les choses temporelles, ni directement, ni indirectement à aucune

- a^S puissance ecclésiastique, ne dépendant que de Dieu seul qui les a établis ; qu'ils ne peuvent être déposés, sous quelque prétexte que ce soit, par l'autorité de l'Eglise ; et que leurs sujets ne peuvent être absous du serinent de fidélité et de 1 obéissance qu'ils leur doivent. C'est ce que je ferai voir brièvement etsolidement, par des faits qu'on ne pourra sans doute nier.

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