‹ Triomphe des libertés gallicanesChapitre 29 sur 51 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

Ce que J.-C. et ses apôtres nous ont enseigné sur celte question.

Il n'y a rien de plus ancien dans l'église de Dieu , que J.-C. et ses apôtres : or, ils nous ont enseigné les premiers , que Téglise et les papes n'ont rien de tout à voir sur le temporel. Je ne ferai point ici de grands discours pour prouver cette vérité qui paraît d'abord avec tant d'éclat, qu'il ne faut que des yeux pour lire les paroles qui nous lexpriment , sans qu'il soit besoin d'aucun commentaire pour les entendre.

Ne lit-on pas dans l'évangile (i) , que le royaume de J.-C. , et par conséquent celui de

( i) 5oai\. 17.

— ^79 — *on église, et celui de son vicaire sur la terre^ nest pas de ce monde i" qu il faut rendre à César ce qui appartient à César , et à Dieu ce qui est à Dieu (i)? Qu'ensuite J.-C. se soumet lui-même et soumet aussi son vicaire à Tempereur, en commandant à saint Pierre (2) de payer pour eux deux, le tribut qui lui est dii? QuM n'ôle pas la couronne à Ilérode, qui sefTorçait de lui ravir la vie , ce qui a fait dire à TEglise, en cette occasion , dans l'une de ses hymnes, qu'il ne dépouille pas les rois de leurs royaumes temporels, lui qui est venu en ce monde pour nous donner le royaume céleste (3)? N'y voit-on pas qu'il s'enfuit dans la solitude , quand on parle de le faire roi (4)? qu'il ne veut pas même juger d'un diiTérend pour la succession entre deux frères? et qu'il dit positivement plus d'une fois à ses apôtres (5), qu'il ne veut point du tout qu'ils soient comme les rois qui dominent sur leurs sujets, et beaucoup moins qu'ils aient aucune domination sur les rois? Ne voit-on pas dans les épîires des apôtres,

(i) Math. 11.

(2) Math. 17.

(3) ]Nou eripit mortalîa , qui régna dat cœlestia. (4j Joan. 6. Luc ii.

(S) Math. 20. Maic. 20. Luc. 11,

un commandement exprès à toutes sortes de personnes sans exception, omnis anima, d'èire parfaitement soumises aux puissances souveraines (i)? Qu'elles sont toutes établies et ordonnées de Dieu? que quiconque leur résiste , s'oppose et résiste à Tordre de Dieu , et s attire la damnation éternelle? quil faut absolument que tous soient soumis à leur roi, parce que telle est Texpresse volonté de Dieu ; et qu'il est nécessaire que Ton obéisse à son prince , non-seulement par la crainte de sa colère , mais aussi par le devoir de la conscience (2)?

C est ce qui fait voir la fausseté de la distinction de Bucanan et de ses impies sectateurs, qui pour répondre à ceux qui leur opposent le commandement exprès qui nous est fait dans l'écriture , d'obéir à nos princes , quels qu'ils soient, et l'exemple des premiers chrétiens qui, selon la loi de Dieu , furent toujours fidèles aux empereurs, quoique païens, persécuteurs et ennemis de la religion , ont osé dire que cela n'était bon qu'au commencement de Téglise naissante, où les chrétiens étaient trop faibles pour pren-

(i) S. Paul, acl Rom. i3. Ep. i. Petr. 1. (a) Non tantîun propter iraui , sed etiaiu propter conscieutiam. Paul ad Rom. 33,

— 2Si — 4Îre les armes contre ces princes et secouer leur jougi II faut qu'ils sachent que c'était de peur d'offenser Dieu et de s'attirer la damnation éternelle , qu'ils étaient soumis et fidèles aux empereurs ; plulôt que par la crainte de leur colère et des supplices qu'ils méprisaient avec tant de courage , quand il s'agissait d'aller aii martyre ou de renoncer à leur foi.

Bucanan devait avoir lu du moins le chapitre quatre-vingt-septième de l'apologétique de TertuUien pour apprendre la vérité de ce grand homme. Il aurait vu que ce nétait que pour satisfaire au commandement de J.-G. et de ses apôtres, que les chrétiens de son temps étaient fidèles à leurs princes , et nullement par leur faiblesse et par l'impuissance d'agir et de s'élever contre eux les armes à la main, pour s'afErancliIr de leur cruelle domination : si nous voulions, dit-il, nous recoller en nous déclarant hautement vos ennemis, manquerions-nous deforces, et d'un très-grand nombre de bonnes troupes , nous qui remplissons vos villes , vos îles , vos forteresses , vos camps , vos armées , en unmot, tout honnis vos temples? et quand nous ne serions pas égaux en nombre , que ne pourrionsnous pas néanmoins entreprendre , et aœc quel courage et quelle ardeur ne pourrions-nous

pas vous combattre , nous gui nous laissons racir inhumainement la vie aiec tant de joie , sinous n'aiions appris à ï école du christianisme , qu'il vaut mi^ux nous laisser massacrer , que de tuer des hommes en nous récoltant , et en faisant la guerre à nos princes qui nous persécutent (i) // Ce n'était donc pSiS propter iram, mais propter cgnscientiam , pour satisfaite à leur conscience et pour obéir à la loi de Dieu , que ces premiers chrétiens gardaient inviolablement aux empereurs, quoique infidèles et médians, la fidélité qui leur est due.

Voilà ce qui nous est nettement déclaré dans l'évangile et dans les épîtres de saint Pierre et de saint Paul : sur quoi les vrais théologiens . qui ne se conduisent pas dans leurs discours par les seules lumières de la philosophie, dégénérant en sophisme, mais par les principes de l'écriture , ne pouvant se tromper, ont fait de

(i) Si hostes exeitos, non tantùm vindices occultes, agere vellenius , deesset nobis vis numerorum et copiaruiu ?..... vestra omuia implevùnus, urbes, insulas castella, castra ipsa, etc., scia vobis relinquimus templa : tui Lello non idonei , non promptl fuissenius , etiam impares copiis, qui tani libenter îrucidainur ; si non apud istani d:?.:î)!ir.aui nia'^i.'î ojcidi liceret , nuàm occidere? yfjyolog. TcrLidL cap. 87.

— as:; —

tout temps ce raisonnement >raimenl théologique, etaviquel il n'y a point de subtilué philosophique qu'on puisse opposer.

Il est évident par ces passages clairs et formels de Técriture, que les rois sont établis de Dieu, et que Tobéissance et la fidélité que leur doivent les sujets, est de droit divin; or, ni les papes, ni l'église ne peuvent renverser et détruire ce que Dieu a établi , ni dispenser de ce qui est de droit divin , comme il paraît manilestemenl en ce qui touche les parties essentielles des sacremens, par exemple, dans le mariage dont il est dit : quod Deus conjaiixit homo non separct; donc ni les papes, ni les conciles ne peuvent jamais déposer les rois, ni dispenser leurs sujets du serment de fidélité.

Gela est d'autant plus fort, que l'opinion contraire n'a pas même la moindre apparence d'aucun fondement tant soit peu raisonnable dans l'écriture; car, de tous les passages qu'on cite pour la soutenir, il n'y en a pas un seul, qui soit expliqué par l'église dans les conciles, ni par aucun des saints Pères, en celte fausse iiiterprélation qu'on veut leur donner. Ces auteurs modernes qui les interprètent de la sorte , vont, directement conlre le décret du concile de IVcnte, session quatrième, et conlre laprofes-

— »84 — sîon de foi ordonnée par le pape Pie IV, qui veut qu'on n'interprète jamais l'écrilure que selon le sens que lui donne l'église , et la commune interprétation des Pères. Ces nouveaux docteurs suivent malheureusement en cela, la conduite des hérétiques, qui, pour appuyer leurs erreurs , interprètent comme il leur plaît, et non pas comme il plaît à l'église, les saintes écritures, pour les détourner à leur sens. C'est ce qui paraît manifestement dans ces deux passages, sur lesquels Bellarmin, Suarès, Becan , et tous les autres qui comme celui-ci les ont copiés ou abrégés, fondent principalement leur opinion (i).

Le premier passage est celui où J.-C. dit à saint Pierre, pasce agnos meos , pais mes agneaux (2). Y a-t-il un seul des saints Pères qui ait entendu ces paroles du pouvoir qu'aurait reçu saint Pierre sur le temporel des princes? Il n y en a point qui ne les aient expliquées, comme elles doivent l'être, de la nourriture spirituelle que les papes doivent aux

(i) Bellarm. l. 5 de Rom. pont. cap. 7. Saarez. 1. 3. prini. sum. pont. c^p. 3. I. 6 ùe foriu. jar. tiael. cap, 4* Becan Angeiic. contr. cap. 3.

{i) Jean. cap. ult.

fidèles , par la doctrine, par l'exemple, et par le bon gouvernement , sans qne pas un de CCS docleiirs, et de ces maîires de 1 église, se soit jamais avise* de les étendre au temporel , comme lont fait ces nouveaux théologiens. Et puis , la plupart de ces saints ayant dit, ce qui est très-vrai , que J.-G. adresse ces paroles en la personne de saint Pierre, à toute l'église en général , et à tous ses pasteurs en particulier (i) , silon suivait le sens que ces nouveaux auteurs y ont donné, il faudrait dire que tous les évêques et tous les curés auraient droit de priver de leur temporel, tous ceux qui, par leur mauvaise doctrine, ou parleur scandale , nuisent au bien spirituel de leurs églises. Quant à cette comparaison qu'ils font du berger à l'égard du loup , dont il peut se défaire omnimodo quo potest , et du pasteur de l'église à l'égard d'un prince qui serait tombé dans l'hérésie, c'est un sophisme non-soulement mauvais et contre les règles du bon raisonnement, mais encore, aussi impie que détestable, qui mène droit au parri-

(i) Anibr. 1. de tlig. sacerd. cap. n. Clirvs. liom. 79. in Math. cap. a4. Aug. de Agon. Christian, c. 3o. Tract 47* va. Joan. in ps. 108, et ahi.

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