‹ Triomphe des libertés gallicanesChapitre 30 sur 51 · SG · texte numérisé non relu

SG

ride, et pour lequel on a justement condamné au feu les livres qui le contiennent.

Le second passage est tire de saint Mathieu , chapitre seizième , où le fds de Dieu dit à saint Pierre , i^ue tout ce qu'il liera sur la terre , sera lié dans les cieux , et tout ce au il déliera sur la terre , sera délié dans les deux; d*où ils concluent que les successeurs de saint Pierre ont le pouvoir de rompre le lien qui attache les sujets à leur prince , par le serment qu'ils lui ont fait, el par Fobligation où ils sont de lui garder fidélité. N'est-il pas étonnant que des catholiques se donnent aussi hardiment la liberté de détourner le sens de l'écriture à tout ce qui leur plaît, sans avoir égard à la commune interprétation des Pères, comme le concile de Trente les y oblige? Car de tous les saints Pères qui ont expliqué ce passage, il ne s'en trouvera pas un qui l'ait entendu de la sorte : ils l'ont tous expliqué du pouvoir que cet apôtre a reçu de délier et d'absoudre les pénitens de leurs péchés. Les papes eux-mêmes ne l'expliquent pas autrement , comme on peut le voir dans l'épîtrede Paul I", aux seigneurs français, et dans celle d'Adrien I" à Charlemagnc (i).

(i) Paul î. Ep. 10 ad pioccv. franc. Atiri- 1. aJ Caiol Mag.

Pouvoir absoudre les homines de leurs pochés, est-ce pouvoir les dispenser du serinent de fidélité? et ce quodcurnque , qui ne sii^nifio que quelque sorte de péché et de censure que ce puisse cire, et quelques obligations qui ne sont pas de droit divin, peut-il s étendre; sur le temporel et sur ce que 1 on doit aux rois? il ne faut que lire les paroles qui précèdent immédiatement celles-ci , pour être persuadé du contraire: Je te donnerai , dit J.-C. à Pierre, les clés du royaume des cΣux , et non pas des royaumes de la terre, pour en dépouiller les rois; celles qui suivent contiennent fusage du pouvoir des clés qu'il lui donne (i) pour ouvrir leroyaume descieux , en remettant aux hommes leurs péchés , ou pour le fermer , en les rete»nant , ainsi qu'il s'exprime ailleurs, en parlant à tous les apôtres , après sa résurrection.

Mais pour nous en tenir précisément aux paroles dont il s'agit , il ne faut que lire le chapitre dix-huitième du même évangile de saint Mathieu. On y verra que J.-C. les répète à tous ses disciples , et leur donne tout le pouvoir qu'elles signifient, en leur disant : Je vous le dis, en vérité, tout ce que vous lierez sur la terre,

(1) Joann. ^0.

xera lié dans Je ciel, et tout ce que vous délier e:^ sur la terre, sera délié dans le ciel. Si ces paroles contiennent le sens que leur donnent les nouveaux auteurs, et qu'elles s'entendent aussi du temporel, il faudra dire que tous les évêques' qui sont les successeurs des apôtres , et même tous les prêtres qui ont le pouvoir de lier et de délier, pourront déposer les rois, et dispenser leurs sujets du serment de fidélité , ce qui est la dernière extravagance. Ou bien , que ces messieurs nous disent par quelle autorité de l'Eglise ou des saints Pères , ils trouvent que, quand on les dit à saint Pierre , elles ont un sens tout dilTérent de celui qu'elles doivent avoir quand on les dit à saint Pierre , et à tous les autres apôtres.

Or, c'est ce qu'ils ne trouveront jamais. Cela est si vrai, que même l'église romaine , s'attachant au sens selon lequel tous les saints Pères ont expliqué ces paroles que J.-C. dit à saint Pierre, ne veut les entendre que du pouvoir qu'il lui a donné de lier et de délier les âmes. Dans tous les anciens missels , bréviaires et diurnaux , voici comme on lisait cette oraison que Ton dit à la fête de la chaire de saint Pierre à Antiochc : Deus , qui heato Pefro apostoJo tuo , coUalù^ clan'hus animas ligandi atque

soîicndi pontificumtradidisti {}). Cela explique parfaitement bien la nature de ce pouvoir de lier et de délier, qui ne s'étend pas au-delà des âmes et du spirituel. Mais dans la révision qui se fit des offices divins , à Rome , sous Clément \ III, sur la fin du siècle passé, et ceux qui de nos jours ont pris le soin de les recevoir et de les corriger, ont trouvé bonde rayer ce mot si essentiel, animas; pourquoi? il n'est pas difficile d'en deviner la cause : car ce fut sous ce pontificat que les plus célèbres d'entre les nouvaux docteurs , écrivirent avec le plus d'empressement et de chaleur pour la nouvelle opinion , qui donne au pape la puissance , du moins indirecte, sur le temporel des rois.

*** VV> i*\VVSA*VWW\^>W\.VV*\V\'V\\*\M/V'V\V\V\\'V\*^VW\W\VWN\%\^\»\V* wvvwwwvxvv»

Page 1