‹ Tristan CorbièreChapitre 7 sur 20 · VIEUX FRERE ET SŒUR JUMEAUX · texte numérisé non relu

VIEUX FRERE ET SŒUR JUMEAUX

Ils étaient tous deux — seuls — oubliés là par l'âge.., Ils cheminaient toujours, tous les deux, à longs pas, Longs et poilus tous deux, l'air piteux et sauvage, Et deux pauvres regards qui ne regardaient pas.

Ils avaient tous les deux servi dans les gendarmes : La sœur à la marmite et l'Autre sous les armes. Sa sœur le débottait, astiquait les boutons. Elle avait la moustache et l'Autre les chevrons

Un dimanche de mai que tout avait une âme,

Qu'un Dieu bon respirait dans le paradis bleu,

Je flânais dans les bois — seul — seul avec la femme

Que j'aimais — pauvre diable — et qui s'en doutait peu.

De sa manche le vieux tirant une musette, Soufflait comme un sourd et sa sœur dans un sillon Grelottant au soleil, écoutait un grillon Et remerciait Dieu de son beau jour de fête.

Pauvre virginité! — ô retour dans l'enfance, Tenant chaud l'un à l'autre ils attendaient le jour Ensemble pour la mort, comme pour la naissance... Dites-moi, vieux jumeaux, cela vaut bien l'amour?

Mais celle que j'avais à mon bras voulut rire,

Et moi, pour rire aussi de mon émotion,

J'eus le coeur d'appeler les vieux jumeaux : — Tityre!

Et j'ai fait ces vieux vers en expiation!

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