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SCÈNE IV. — Les tentures s'ouvrent et Kourvenal entre brusquement

Le motif du cri des matelots (86) et celui de la mer (i), égayés de fioritures et de trilles, accompagnent les paroles jovi^es de Kourvenal qui annonce la prochaine arrivée et demande à Iseult, de la part de Tristan, « de s'apprêter pour qu'il puisse la conduire à terre — fûy's Land sich zu bereiUny dass er sie kônnf geîàtm ».

Un fortissimo marque l'extrême émotion d'Iseult qui, cependant, se maîtrise aussitôt.

Des accords répétés en triolets accentuent la phrase sur laquelle Iseult exprime sa volonté:

elle ordonne à Kourvenal de dire à Tristan qu'elle exige d'abord la réparation de « l'oflfense non expiée — ung^ suhnie Schuld »; et ces derniers mots s*appuient sur un motif rappelant celui d'impétuosité (34).

Après un retovLT pianissimo du motif de Tristan blessé (44) et un trait violent marquant un mouvement de défi de Kourvenal, les accords en triolets reprennent, pendant que s'entend en forfissimo la phrase de la peine d'amour et de la mort (78 et 27); Iseult répète avec plus de force encore : « Je n'irai pas à son côté devant le roi Marke avant quHl ait, auparavant, demandé, comme il convient, l'oubli et le pardon de la faute qu'il n'a pas réparée — Nicht werc^ ich sur Seif ihm gehm, vor Kônig Marhe zu sUhen, hcgehrU Vergessen und Vergeben nach Zucht und Fug er nicht zuvorfûr ungehûsste Schuld ». Sur ces paroles, reviennent le même motif de la

volonté (87) et, à la fin, les motifs de la mort (26 et 27) traduisant la pensée d'Iseult qui, en appelant Tristan auprès d'elle, songe à leur mort commune.

Kourvenal s'est retiré rapidement; Iseult se précipite vers Brangaine, qu'elle embrasse avec véhémence.

Un saisissant dessin d'orches.tre, d'une* extrême énergie, marque la décision suprême dlseult :

— « Maintenant, adieu, Brangaine! — Nun leb' wohî Bran- , g໫./» dit-elle.

Brangaine — «Qu'y a-t-il? A quoi penses-tu? Voudrais-tu fuir? Où dois- je te suivre? — Was isfs? Was sinnsi du? WoUtest duflieh*n? Wohin solîich dirfolgen? »

Les motifs du breuvage de mort (85) et de la douleur (42) accompagnés de trémolos, préparent la réponse d'Iseult, qu'accentue encore ce groupe de notes

d'où sera plus tard dérivé le motif de vengeance (93) : « N'as-tu pas entendu? Ici, je reste; je veux attendre Tristan — Hôrtest du nickt? Hier hUib* ich; Tristan wiïl ich erwarten », dit-elle sur le motif de la volonté (87). «Exécute fidèlement ce que je t'ordonne; prépare vite le breuvage de l'expiation, tu sais, celui que je t'ai montré. — Getreu befolg* was ich befehr, den Sûhnetvanh rûste schneU; du weisst, den ich dir wies? » ajoute-t-elle sur ce thème d'impérieux commandement :

pendant que persiste et s'affirme, à la basse, le motif du breuvage de mort (85).

La question de Brangaine : « Et quel breuvage? Und welchm Trank?» ramène un moment la phrase du philtre (80) aboutissant, par un crescendo à l'accord fortissimo sur lequel Iseult, qui a tiré le flacon du cofifret, répond impérativement : « C'est celui-ci! Verse-le dans la coupe d'or; remplie, elle le contient tout — Diesen Tranh! In die gold'ne Schaaîe giess' ihn ausr gefûlli fasst siâ ikn ganz » , sur ce motif de la coupe remplie :

Brangaine, saisie d'efl&roi, prend le flacon. A ce moment revient avec force le grand dessin d'orchestre (88) suivi de traits violents, s'élançant sur des accords en fortissimo, pendant ce dialogue désespéré :

Brangaine. — « Ai-je bien compris? — Trau' ich dm, Sinn?»

IsEULT. — « Sois-moi fidèle ! — Sei du mir treu! »

Brangaine. — «Le breuvage pour qui?— D^» Trank,fûr wen?»

IsEULT., — « Pour qui m'a trompée. — Wer mich hetrog.nï

Brangaine. — « Tristan ? »

— « Qu'il boive son expiation! — Trinhe mir Sûhnef yy répond Iseult sur les notes de passion (7).

Brangaine, tombant à ses pieds. — «Quelle épouvante! Malheureuse que je suis, aie pitié de moi ! — Entsetzen! Schofu mich Armel »

IsEULT, avec emportement. — « C'est à toi de m'épargner, servante infidèle ! — Schone du mich, untreue Magdl a

Tout à coup, après une grande gamme descendante en fortissimo, qy vient s'appuyer sur l'accord caractéristique du philtre (80) : « Ne connais tu pas les arts de ma mère? — Kennst du der Mutter Kûnste nicht? » dit Iseult, répétant ainsi, avec une sorte d'ironie les paroles précédentes de Brangaine. « Pour la suprême douleur, elle a donné le breuvage de mort, que la mo.t maintenant lui rende grâces! — Fur

hochsUs Leidj gab sie dm Todestrank, Der Tod nun sag' ihr Dank!ï> ajoute-t-elle, pendant que reprennent les motifs du breuvage de mort (85) et de la mort (26 et 27).

Les notes de souffrance (5) ajoutent leurs soupirs douloureux

à ces dernières paroles :

Brangaine, se soutenant à peine. — « O la plus profonde douleur! - O UefsUs Weh'Iïi

IsEULT.— tt M'obéiras-tu, maintenant? — Gehorchst du mir nun? »

Brangaine. — «O suprême souffrance! — Ohôchstes Leidh)

Entre alors Kourvenal, annonçant l'arrivée de Tristan.

Brangaine se relève, éperdue. Isei;lt fait un effort terrible pour se contenir ; Torchestre reprend, sur un violent crescendo, le trait de la décision suprême (88), puis le motif de la colère (4) qui s'achève en diminuendo sur des notes détachées : « Que le seigneur Tristan s!approche I — Herr Tristan irek nah! » dit Iseult à Kourvenal.

SCÈNE V. — Pendant le silence prolongé, plein de menace et d'anxiété, où se tiennent tout d'abord Tristan et Iseult, Torchestre fait entendre ce thème d'un caractère violent et impérieux :

que certains commentateurs ont rapporté à Tristan en l'appelant motif du héros (Heldenmotiv), Comme oa le verra plus loin, d'après le sens des paroles, ce motif appartient plutôt à Iseult, dont il exprime le désir de vengeance. Sous la tenue prolongée qui suit le motif ci-dessus (gSj

se succèdent des accords fortement frappés, terminés par ce développement

pouvant se rapporter à Tapparition de Tristan, qui se présente à Iseult avec une intention de résistance mêlée d'un sentiment de crainte ainsi exprimé

Dès qu'il parait, on entend, à la basse, le motif du breuvage de mort (85), et, sur une répétition en fortissimo du motif de vengeance (gS), s'ouvre le dialogue entre Tristan et Iseult ; dialogue solennel dans lequel viennent se heurter les sentiments d'honneur et de loyale fidélité de Tristan et la résolution de vengeance et d'expiation d' Iseult ; terrible conflit où tous les deux, également combattus par leur commune passion inavouée, ne voient plus, avec une héroïque fierté, d'autre issue que la fatalité de la mort.

— « Que ma souveraine ordonne ce qu'elle désire — Begehriy Herrin, was Ihr wûnschi », commence Tristan, avec une émotion à peine contenue.

— a Comment ne saurais-tu pas ce que je désire, puisque la crainte de me l'accorder t'a retenu loin de mon regard? — Wûsstest du nicht was ich begehre, da dock dû Furckt, mit' s su erfûlUn, fern meinem BUck dich hielt? », reprend Iseult, d'un ton hautain, sur les motifs de la vengeance (gS) et de la crainte (95).

Dans la réponse de Tristan ; « Le respect m'a commandé cette réserve — Ehrfurcht hielt miçh in Acht », les traits rapides de la basse semblent rappeler le trait d'impatience (37). Ce trait revient encore, un peu plus loin, mêlé aux accords du motif de Tristan (94), avec ces paroles d'Iseult, que précède un retour rapide, en pianissimo, du motif de la colère (4) : « Puisque tu es si scrupuleux, seigneur Tristan, rappelle-toi aussi une autre coutume,

c*est de te réconcilier avec ton ennemi — Da du $o siUsam, mein Herr Tristan, auch einer SiUc sei nun gemahni : den Feind dit zu sûhnen ».

Tristan. — « Quel ennemi? — Und wdchen Feind? »

— « Interroge ta crainte! Une dette de sang nous sépare - Fra^ deine Furcht ! BlutschuU schwebt zwischen uns », répond Iseult, sur une phrase rappelant le motif d'impétuosité (34) et sur les motifs de la vengeance (93), de la crainte (95) et de la mort (26).

Tristan. — <r Elle a été effacée — Die ward gesûhni.n IsEUtT. — « Pas entre nous! — Nicht zwischen uns!»

— « Devant tout un peuple fut jurée une paix éternelle — Vor aUent Volk ward Urfehdô geschworen », dit Tristan, avec un désir de résistance qui s*affîrme dans ces phrases ascendantes

accompagnées, à la basse, par des traits rapides de figure analogue.

Mais, pendant que reprennent les motifs de Tristan blessé (44), la phrase d'amertume (47) et celle de rancune (56), Iseult rappelle à Tristan qu'à un autre moment, il avait été en son pouvoir, lorsqu'elle tenait Fépée devant lui : « Alors, j'ai fait taire ma bouche et retenu ma main ; mais, le vœu que j'ai fait, de ma bouche et de ma main, j*ai juré, en silence, de le tenir — Schwieg da mein Mund, bannf ich meine Hand, doch was einst mit Hand und Mund ick gelobt, das schwur ich schweigend zu haîten », et, sur ces paroles, le motif de Tristan blessé (44) s'anime, avec ses gammes ascendantes et ses triolets en doubles-croches, jusqu'à la reprise violente, en fortissimo, du motif de vengeance (93), que suit un crescendo du dessin de triolets (46) .

— « Maintenant, je veux accomplir mon serment -— Nun, will ich des Eides walten », ajoute Iseult, pendant que s'entend le motif de la mort (26).

— « Qu'avez-vous juré. Madame? — Was schwuri Ihr, Frau? » demande Tristan.

— « Vengeance pour Morold ! — Rache fur Morold! », répond Iseult.

— « Y tenez vous? — Mûh't Euch ^i^?» interrogé Tristan.

— « Oses-tu railler? — Wag^st du zu hôhnen? » reprend vivement Iseult, toujours sur le motif de vengeance (gS).

Puis, un instant émue au souvenir du passé : « Il était mon fiancé, le noble héros d'Irlande; j'avais béni ses armes — AngeloU war n mir, der hehre Irenheld; seine Waffen hatf ichgeweiht », dit-elle sur ce thème empreint d*un sentiment de regret :

j9 cresc.

— « Quand il est tombé, est tombé aussi mon honneur! — Da er gefaUen,j^l meine Ehr*! » ajoute-t-elle sur le motif de la passion (3), pendant que reprend le motif de la vengeance (gS) avec le motif d'exaltation (55). Suivent les triolets en doubles -croches, qui s'élèvent en crescendo jusqu^é. un accord en forte, sur lequel se place la phrase de l'expiation (17), terminant ces paroles : w Si nul homme ne venge sa mort, moi, femme, j'oserai le faire — Wûr^ ein Mann den Mord nicht sûknen, woUf ich, Magd, mich dessi' erkûhnen ».

Viennent alors :

ce trait, qui est un développement du triolet en doublescroches et du dessin (46),

auquel s'attache un sentiment de dépit ;

le motif d'impétuosité (34) : « Pourquoi ne t'ai-je pas alors frappé ? — Warum ich dich da nicht schlug? » ;

le motif de la colère (4), encadrant cette phrase : « Tu peux maintenant te dire à toi-même ton sort — Dein Loos nun seïber magst du dir sageni » ;

et, après les mots : « Qui doit maintenant frapper Tris-

tan? •— Wtr muss nun Tristan schïagen? », sur cette phrase dUnterrogation menaçante, rappelant aussi le motif d'impétuosité (34), sous une forme un peu modifiée,

le trait rapide de révolte (35) et le motif du dépit (98), s'éteignant en diminucndo sur le motif de la passion (3).

— « Si Morold t'était si cher, reprends maintenant cette épée et dirige-la d'une main ferme et sûre — War Morold dir so werih, nun wieder nimm dos Schwert,undfilhr' es sicher und fcst », dit Tristan en lui tendant son épée, sur cette phrase de soumission résignée:

et sur une autre phrase rappelant celle de la menace (99). — « Que dirait le roi Marke, si je tuais son meilleur serviteur? — Was wûrde Kônig Marhe sagen, erschlûg' ich ihm den besten Kfiecht?»y réplique Iseult sur ce motif d'apparente remontrance

que traverse, un moment, la phrase du dépit (98) et à la suite duquel reparaissent :

le motif de Tristan blessé (44) : « Garde ton épée! — Wahre dein Schwert! » ;

le motif de la vengeance (93) s'accélérant en crescendo : « car je l'ai un jour brandie, alors que la vengeance me torturait le cœur — Da einst ich's schwang, aïs mir die Rachê im BUsenrangyi\

le motif de l'ironie (65) : — Quand ton regard scrutateur se demandait « si je conviendrais au roi Marke comme épouse — Oh ich Herrn Marke taug* aïs Gemahh) ;

et, enfin, après un fortissimo rappelant le motif du regard (48), les notes entrecoupées (5i), sur ces mots : « Tépée, alors, je la laissai tomber — Das Schwert, da îiess ich's sinken. »

— « Maintenant, buvons à la réconciliation ! — Nun, lass' uns Suhne trinkenln conclut Iseult; tout aussitôt, elle fait signe à Brangaine, et, voyant à son effroi qu'elle hésite encore, lui ordonne, d'un geste impérieux, de préparer le breuvage.

Pendant ce temps, on entend à Torchestre, accompagnés de trémolos, en ^nissimo, les motifs du breuvage de mort (84) et du dépit (98), les soupirs douloureux (92) et le motif de la vengeance (93), suivi d*un crescendo d'un mouve-. ment accéléré, sur les motifs du désir et du breuvage de mort, après lesquels reprennent les cris des matelots (86).

Sur un trait violemment tourmenté, en fortissimo^ formé du motif de la mer (i), Tristan, tressaillant : « Où sommesnous? — Wo sind wir?y>

— « Tout près du but ! — Hart am Ziell » répond Iseult, sur les motifs de la mort {26 et 27) ; car, pour elle, le but c'est la mort.

Iseult — « Tristan, acceptes-tu la réconciliation? Que te reste-t-il à me dire? — Tristan, gewinn' ick Sûhne? Was hast du mir zusagenhy

Tristan, d'un air sombre, se parlant à lui-même, et pendant que se dessine à Torchestre cette phrase pleine de mystère dont les dernières notes rappellent le motif d'interrogation anxieuse (20) :

« Si j'ai compris ce qu'elle ma caché, je lui cacherai ce qu'elle ne comprendrait pas — Fass' ich, was sie verschwieg, verschmeig* ich, was sie nichtfasst », dit-il sur cette autre phrase

répétant celle de la soumission (100).

— « Me refuses- tu la réconciliation? — Weigerst du die Sûhne mir? » demande encore Iseult, pendant que reprennent les cris des matelots (86).

Sur un signe impatient d*Iseult, que marque violem-^ ment et en fortissimo le motif de la souffrance (5u Brangaine tend la coupe remplie à Iseult, qui, en s'avançant vers Tristan, les yeux fixés sur les siens, lui répète, sur les accords en triolets déjà entendus et toujours sur le motif de la mort (26) : « Dans un instant, nous serons devant le roi Marke — In kurzer Frist stehen wir vor Kônig Marke, »

Le ton ironique donné à ces derniers mots se maintient dans tout le morceau qui suit, caractérisé par le motif du dépit (98, qui prend ici une allure plus vive et auquel s'ajoute ce trait de raillerie :

accompagnant les paroles amères dlseult : « En me conduisant à lui, ne seras-tu pas enchanté de pouvoir lui dire : Mon seigneur et oncle, regarde moi cette femme-là ; tu n*en trouverais jamais de plus douce. J'avais tué son fiancé et lui avais envoyé sa tête ; la blessure qu'il m'avait faite, elle l'a gracieusement guérie; ma vie était à sa merci, la bonne fille m'en a fait cadeau ; elle m'a donné, par dessus le marché, la honte et l'humiliation de son pays, et tout cela, pour devenir ton épouse — Geîeitestdu mich, dûnktdich's nicht lieb, darfst du so ihm sagen ? Mein Herr und Ohm, sieh' die dir an ! Ein sanffres Weib gewànnsi du nie, Ihren Angeîobten erschîug ich ihr einst, sein Haupt sandf ich ihrheim; die Wunde, die seine Wehr mir schuf, die hai sie hold geheilt; mein Leben lag in ihrer Macht, das schenkfe mir die miîde Magd, und ihr es Landes Schand' und Schmach, die gab sie mit darein^ dein Ehgemahl zu sein ».

A la fin, sur l'allusion faite au « doux breuvage de réconciliation — ein sUsser Suhnetrank », revient, à la basse, le motif du breuvage de mort (84), et le chant se termine, en fortissimo, sur les notes de rancune (56) et de souffrance (5).

— « Lâchez l'ancre ! — Ankerîos! » crient les matelots, sur une suite de gammes montantes et descendantes.

— « Relevez Tancre! Les voiles au vent! — Los den Anher! Den Winden Segeî! » s'écrie Tristan, épouvanté tout à coup par l'imminente arrivée; et, prenant vivement la coupe des mains dlseult : « Cette coupe, je la prends maintenant pour qu'aujourd'hui je guérisse tout à fait! — Den Bêcher nehnt' ich nun, dass ganz ich heuf genèse! », dit-il sur cette phrase de renoncement dérivée du motif d'amertume (47) :

Après un retour en fortissimo du motif de la colère (4), suivi de celui de l'exaltation (55 , et sur une répétition des accords frappés en triolets, viennent ces paroles de Tristan : « Ecoute aussi le serment d'expiation que je te fais en remerciement ! — Und achte auch des Suhne-Ei^s, den ich zum Dank dir sage! » avec cette phrase, où se retrouvent la forme modifiée du motif d'impétuosité (99), le motif d'expiation (17) et les notes de passion (7) :

Suit une reprise du motif de vengeance (93), aboutissant, par une grande gamme descendante, à un Siccoid fortissinio.

Alors s'expriment, sur les motifs de la peine d'amour (78) et de la mélancolie (36), les déchirements d'âme de Tristan songeant une dernière fois à tout son passé de loyaux services et de gloire sans tache, « à sa fidélité, qui était son honneur, «t àson orgueil, qui a causé sa détresse — Trisian's Ehre, hôchsU Treu' ! Tristan' s EUnd, kûhnster Trotz! n

Mais tous ces souvenirs douloureux s'éteignent et s'efiacent dans l'ivresse de la passion qui déjà le domine, pendant que se font entendre avec force les motifs de la

mort (26 et 27), sur celte phrase de Toubli, qui rappelle le motif de Texpiation {17) :

« Bienfaisante liqueur d'oubli — Vergessen's gûfger Trank », et sur celle du renoncement (io5) : « Je te bois sans hésiter! — Dich trink* kh sonder Wank! » et il porte la coupe à ses lèvres.

Tout aussitôt, s'élancent les gammes rapides exprimant les emportements dlseult : « Me trompes-tu encore? Traître! A moi la moitié! — Betrug auch hier? Mein die Hàlfte! Verràiher! » s'écrie-t-elle, comme possédée, sur le motif l'impétuosité (99), en arrachant la coupe à Tristan, pendant qu'éclate et se répète, en fortissimo^ le motif de la passion (3), soutenu par celui de l'aveu (25), déjà indiqué, et enfin s'épanouit, après une gamme descendante accélérée de triples-croches, la grande phrase de l'aveu, sur ces mots : <c A toi, je la bois ! — Ich trink' sie diri »

Sur la dernière note, s'applique un Siccorà fortissimo, d'où descend une autre gamme aboutissant à l'accord caractéristique du motif du philtre (80), sur un point d'orgue ouvrant le morceau d'orchestre dont les frémissantes harmonies traduisent l'exaltation croissante de Tristan et d'Iseult qui, dans leur attente de la mort, passent du mépris de la vie et de ses vanités, à la passion la plus ardente.

Le motif du philtre (80), repris en descrescendo, est suivi d'un trémolo, s'éteignant dans un j^nissimo où réapparaissent les motifs de la soumission (loo) et de l«i peine d'amour ( 78); la phrase de l'aveu (108) vient ensuite s'appuyer sur le dessin harmonique fondamental (6) du motif du philtre (80). Intervient alors, pendant que Tristan et Iseult

sont en proie à la plus extrême agitation, xxnfdyHssifno plein de trouble sur ce motif

qui, marquant ici une sorte de combat intérieur et de pressentiment, exprimera, plus tard, le désespoir de Tristan. Puis, reprennent le motif du philtre (80) sur un ivémolo pianissimo^ le motif de l'aveu (108) et le motif harmonique (6) légèrement modifié ; l'ascendance chromatique prend le caractère plus général du motif du désir (8) dans cette phrase déjà citée (8i) :

à laquelle sera attaché, plus loin, un sentiment d'étonnement (119).

Après deux reprises de ce motif, suivies de points d'orgue, et des deux dernières notes répétées aussi deux fois, en crcsundo^ arrive la grande phrase déjà pressentie, dans la scène du philtre, de la passion désormais révélée

des amants, qui, dans la ferme croyance qu'ils vont mourir, ne cherchent plus à se cacher leurs véritables sentiments si longtemps contenus.

— Tristan I s'écrie Iseult, sur ces deux notes d'amour, soutenues par le motif de la passion (3) :

ïiZ

— Iseultl s^écrie Tristan, sur ces deux autres notes d'amour,

notes qui reviendront à la fin, lorsqu'au moment de la mort des amants, chacun d'eux, en rendant le dernier soupir, prononcera le nom bien aimé.

Iseult est tombée dans les bras de Tristan.

— « Infidèle amil — Treuhser Holdcrî »

— <c Femme adorée I — Seligste Frau! »

disent-ils en s'embrassant éperdument; et ils restent silencieusement enlacés.

Pendant ce temps, se développe cette phrase d'un élan passionné,

où se retrouvent les motifs de la peine d'amour (3o), du secours (82) et de la faiblesse (5o).

Puis, cette autre, de fervente tendresse

eresc.

dérivée aussi du motif de la peine d'amour (3i) et soutenue par le motif de l'aveu (108), aboutissant, en crescendo^ sur cette figure en triolet, qui marquera Tanimation croissante de cette scène.

à ce motif tn fortissimo^ qui en est la suite et le développement,

sempre piûf

pendant lequel les matelots font entendre leurs saluts au roi Marke, au milieu ô^^mh fortissimo de fanfares.

Suivent de violents traits descendants avec ces paroles de Brangaine, affolée de désespoir: « Malheur! malheur! Eternelle et inexorable détresse, au lieu d'une prompte mort f Œuvre trompeuse d'une fidélité insensée, d'où vont naître maintenant tant do souffrances î — W^/r^/ Weh! Unabwendbar ew'ge Noth fur kurzen Tod! Thor'ger Treue truguoïUs Werk hlûht nunjammernd empor! » et que termine wn fortissimo sur les motifs du philtre (80) et de la- souffrance (16).

Tristan et Iseult se dégagent de leur étreinte, éperdus :

TAiSTAN. — « Que rêvais-je de l'honneur de Tristan? — Was tràumte mir vofi Tristan' s Ehrc? »

Iseult. — « Que révais-je de la honte d'Iseultl — Was iràumU mir von IsoWs Schmach? », disent-ils sur ce motif de rêve.

suivi delà phrase déjà citée (iio), où s'exprime leur étonnement :

Tristan. — « Je t'aurais perdue? — Du mir veriorm? » Iseult. — « Tu m'aurais repoussée? — Du mir ver-

siossm? »

Et, après cette phrase de tendre ivresse, sur un rythme

syncopé, soutenu de triolets.

ils répètent les noms bien-aimés « Iseult ! Tristan I » sur le motif de la passion révélée (m), qui éclate en un fortissimo se continuant en accords syncopés avec les motifs de la passion (3) et de Télan passionné (114), sur ces paroles :

— « Héros bien-aimé! — TrauUsUr Mann! »

— « Femme adorée I — SûsstsU Maid! »

Puis, Tristan et Iseult reprennent ensemble,

sur le motif de la passion (3) et sur cette phrase de palpitante ardeur,

« Comme les cœurs palpitent et s'exaltent, comme tous les sens frémissent de joie! — Wie sich die Herzen wogend erheben, wie aîk Sinne wcmnig eroeben ! » ;

sur le motif de la délivrance (82), qu'exaltent de rapides traits ascendants, <c Floraisons épanouies des langueurs d'amour, ardeurs enivrantes d une passion qui dévore I — Sehnender Minne schweUendes Bluhen, schmachtender Liehe seliges Glûhenl »;

et enfin, avec le motif du breuvage d'amour (84), qu'animent, en un rythme syncopé, des traits de triolets et sur ce motif de brûlante joie,

«* jjj^j i TifrrM ' ^^

ces paroles enflammées : « Tristan ! Iseult I Je te possède donc, toi, mon unique bien, suprême volupté! — Dutnir gewonnen, du mir einzig bewusst, hochste Liebesîust! »

Tout à coup, sur une reprise du chant des matelots (86), s'ouvrent en grand les draperies de la tente, découvrant tout le pont, rempli de chevaliers et de gens de mer faisant des signes d'allégressie.

— « Vite le manteau, la parure royale! — SchneU den Manteî, den Kônigsschmuck ! n s'écrie Brangaine, en appelant les femmes, qui sortent aussitôt de l'intérieur du navire;

elle se précipite entre Tristan et Iseult, les adjurant : « Malheureux I revenez à vous ! Ecoutez où nous sommes ! — UnseVgel Auf! Hôrt wo wir sind! » et elle revêt du manteau Iseult, inconsciente de ce qui se passe.

En même temps éclate, au son des fanfares, le chant d'allégresse de tout l'équipage [Jubelgesang der Mengt) : « Salut ! Au roi Marke, salut ! — Heiîî Kônig Markc Hcill »

auquel se mêle le motif de la mer (i).

— « Salut, Tristan ! Heureux héros! — Heil Tristan i GUcklicher Heldl » s'écrie Kourvenal, qui, s'avançant tout triomphant vers Tristan, et, sans se douter de l'ivresse passionnée de son maitre, lui annonce, dans ce chant empreint d'une joie si sereine, qu'égayé encore, à l'orchestre, une transformation animée du motif des matelots (86),

qu'une barque approche, portant le roi Marke, « avec sa cour brillante — mit reichem Hofgesinde ».

Tristan et Iseult, éperdus, égarés, pendant que redoublent les cris de l'équipage :

Tristan. — « Qui approche? — Wer naht? »

Kourvenal. — « Le roi ! — Der Kônig! »

Tristan. — « Quel roi? — Welcher Kônig? »

et. sur une reprise du motif du rêve (ii6),

Iseult. — « Qu'y a-t-il, Brangaine? Ah! quels sont ces cris? — Was ist, Brangàne? Ha! Welcher Ruf? »

Brangaine. — « Iseult! Maîtresse! contenez- vous au moins en ce moment! — Isolde! Herrin! Fassung nur heuf! »

Iseult. — « Où suis -je? Suis- je vivante? — Wo Un ich? Leh* ich? — Ah! quel breuvage? — Ha! Welcher Trank? » demande t-elle.

« Le breuvage d'amour I — Der LiebesirankI » répond Brangaine, avec désespoir.

Dans un mouvement de fatale compassion, Brangaine a substitué au breuvage de mort, que lui avait remis Iseult, le breuvage d'amour, et ainsi, les amants, qui se croyaient déjà dans la sécurité de la mort, se trouvent rejetés, avec leur amour maintenant avoué, dans les servitudes et les angoisses de la vie I

A ce mot de breuvage d'amour, et après un chromatisme ascendant, en crescendo, conduisant à \xn fortissimo d'accords syncopés et à une reprise du motif du breuvage d'amour '(84), Iseult regarde Tristan avec terreur: « Tristan, faut -il vivre? — Muss ich leben?» dit-elle, sur les notes d'amour (112), et elle tombe évanouie entre ses bras.

Brangaine appelle les femmes au secours de la reine, et après ce crescendo, d'une extrême violence :

— « O perfides délices I O trompeuses joies I — O Wonne voiler Tiicke! O truggewethtes GJûckel » s'écrie Tristan, sur la phrase de l'expiation (17) :

soutenue d'accords prolongés.

Mais ce soupir de détresse est bientôt interrompu par les cris renouvelés de l'équipage : « Salut à Cornouailles ! — Kornwall Heill »

Le navire est entré dans le port, au milieu des barques pavoisées qui se pressent à sa rencontre.

De toutes parts retentissent, à l'approche du roi, les vivats, les saluts et les acclamations; et, dans l'éblouissement du jour radieux et des bannières déployées, éclatent

des trompettes et des fanfares répétant les motifs de l'allégresse (122) et de la mer (i).

Ainsi finit le premier acte, sur ce tumulte joyeux et cette explosion de sonorités qui forment un contraste saisissant avec la muette angoisse des amants éperdus.

Le rideau tombe rapidement, pendant un violent fortissimoy où revient encore le motif chromatique du désir et que termine, après de rapides triolets, un brusque accord finaU

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