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DEUXIÈME ACTE

CÈNE I. — Le second acte se passe dans un jardin planté de grands arbres, devant la demeure d'Iseult, par une nuit sereine et magnifique.

Près de la porte ouverte, est une torche allumée.

Dés fanfares de chasse vont s'éloignant ; on y distingue les trois motifs principaux :

Ces échos de chasse s'affaiblissent peu à peu. Brangaine,^ près du perron, prête l'oreille pendant quo se dessinent, en pianissimo, les motifs suivants :

d'abord, celte phrase formée des dernières notes du motif (127) et qui traduit l'inquiétude de Brangaine,

puis, ce groupe de quatre notes chromatiques descendantes rappelant le motif de la souffrance (16) du premier acte et qui se transforme ici en motif de l'attente ;

le motif de l'ombre protectrice de la nuit;

j-iij- ^m

les notes marquant la hâte, pleine de confiance, d'Iseult;

et, enfin, cette phrase

exprimant la douce anxiété d'Iseult, qui paraît à ce moment et s'approche, tout agitée, de Brangaine;

— « Les entends-tu encore? — HÔrst du sic noch? » demande vivement Iseult sur les motifs du philtre (80) et de l'attente (i3i);

puis, vient la phrase syncopée de tendre ivresse (lao;.

conduisant sur un forte à cet autre motif, auquel a été donnée la désignation d'ardeur et d'extase d^amour ;

suivi de la gamme chromatique du désir (8).

— ce Ils sont encore tout près — Nock sindsie naVïi répond Brangaine, sur la phrase de l'inquiétude (i3o), pendant que reprennent un instant , déjà affaiblis, les motifs de chasse.

Ces motifs s'effacent bientôt dans un pianissimo d'où <^mrrge, placé entre la gamme du désir (8) et le motif de l'ombre protectrice (i32) et sur ces paroles d'Iseult : « La crainte égare ton oreille - Sorgende Furcht heirrt dein Ohr », ce motif rappelant la figure de hardiesse (53):

— « Ce qui te trompe, c'est le murmure des feuillages frémissants — Dich tàuscht des Lauhes sàusehtd Geton' », ajoute Iseult pendant un retour en pianissimo du motif de chasse (127), sur cette phase dérivée du motif d'inquiétude

suivie des motifs de l'attente (i3i) et de l'ombre protectrice (l32).

— « Ce qui te trompe, reprend vivement Brangaine, c'est la fougue impétueuse de ton désir — Dich iàuscht des Wunsches UngestUm », et avec ces paroles s'entendent la phrase syncopée de la tendre ivresse (120) et le motif de l'ardeur

d'amour (i35), auquel se joint, en .crescendo^ ce développe ment mouvementé

combiné avec les notes de soufirance (5).

Un dernier écho du motif de chasse se perçoit encore ce J'entends les sous du cor — Ich hore der Hôrner SchaU », insiste Brangaine, sur cette phrase pleine d'appréhension

dont les dernières notes rappellent celles de la phrase désolée (6o).

Le motif de chasse (129), le seul qui subsiste dans ce pianissimo, finit par s'éteindre tout à fait et se transforme en des battements d'une extrême douceur, accompagnant cette pénétrante mélodie, qui semble éclore dans le silence et la sérénité de la nuit :

pendant qu'Iseult, tout entière à la joie de son attente et comme enveloppée d'une paix infinie, répond à Brangaine : « Les sons du cor ne sont pas si doux, c'est le suave murmure de la source voisine; comment l'entendrais-je, siles cors résonnaient toujours? — Nicht Hôrnerschall tôntso hold, des Quelles sanft riesdnde Welle rauscht so wonnig daher; wie hôrt* ich sie, tos*Un noch Hôrner? »

Puis, reviennent, avec un accompagnement analogue, les motifs de l'attente (i3i), de l'ombre protectrice (iSa) et de la douce anxiété (134), que traverse, sous une forme adoucie, le motif de l'exaltation {SS),

Tout à coup, Iseult s'anime : « Comme si le cor résonnait encore près de npus, veux-tu donc tenir loin de moi celui qui m'attend? — Ah oh Hôrnér noch nah' dir schallten, wiUst du ihn fem mir haîten? y> dit-elle avec quelque irritation, sur le motif d'impétuosité (34), pendant que reprennent les notes de hâte (i33), la phrase syncopée de la tendre ivresse (120) et le motif de l'ardeur d'amour (i35), se terminant par un trait descendant en fortissimo^ alterné de triolets et suivi des notes de passion (7).

— Celui qui t'attend? Ohl écoute mes avertissements! — Dcr deincr harrt, hôr' mein WarnenI » reprend Brangainc sur le motif de la supplication (14), suivi d'un crescendo, se terminant par un accord en forte, après lequel vient ce motif d'avertissement :

Brangaine s'eflforce de convaincre Iseult d'une trahison de Mélot.

Dans tout ce passage, d'une expression persuasive, se répète le motif d'avertissement (141) et reparaissent les motifs de la passion ^3), de l'impétuosité (34), de la mort (27), de la douleur (42) et de l'expiation (17). « Défie-toi de Mélot I — Vor Meîot seid géwarntl », conclût-elle sur l'octave de la mort et sur les notes d'appréhension (139).

Iseult reste insensible à ces avis : « Ohl combien tu te trompes! — O wie du dich trûg'st! » dit-elle; et l'on entend de nouveau les motifs de l'attente (i3o), du désir (8), de la hardiesse (r36) et de l'ombre protectrice (i32).

Brangaine insiste; reviennent les notes de douleur (12) et de soufiFrance (5); puis, les motifs de chasse (127) et d'inquiétude (i3o), quand elle parle de cette « chasse nocturne — nàchtliches Jagen », si rapidement décidée et dont elle soupçonne le but.

leeult ne v^ut rien entendre ; sur une reprise du motif de chasse (127), auquel s'attache cette phrase pleine d'entraînement

et que suivent les notes de hâte {i33;, elle proteste de sa confiance en Mélot :

— « Il m'est plus dévoué que toi-même — Besser aU du sorgt er fur mich », dit-elle à Brangaine sur la phrase syncopée (120) animée de triolets et sur le motif de Tardeur (i35) qui, à ces paroles : « Ohl épargne- moi le supplice de l'attente — O spare mir des Zôgernh Noth»^ se combine, dans une harmonie tourmentée, avec le motif d'exaltation (55) et les notes de souffrance et d'angoisse (5 et 58).

Laissant bientôt de côté ces explications : « Le signal, Brangaine; ohl donne le signal I — Dos Zeichen, Brangànel O gieb das Zeichen h>, s'écrie Iseult avec les notes de passion (7) et sur un accord eu forte après lequel reprennent, alternés, les motifs de l'attente (i3i) et de l'ombre protectrice (i32); «éteins la dernière lueur de la torche I — Lôsche des Lichtes letzten Scheinl» ajoute-t-elle, sur cette phrase qui reparaîtra plus loin comme motif du jour perfide (163)

Puis vient, avec le motif de l'ombre protectrice (i33), ce large chant dlseult d'où sera tiré ensuite le motif de l'invocation à la nuit (171) :

« Déjà la nuit a répandu son silence sur les demeures et les champs; déjà, elle remplit le cœur d'un émoi délicieux — Schon goss sic ihr Schweigen durck Hain und Haus; schonfûHt sic dasHerz mit wonnigem Graus ». « Eteins maintenant l'éloignante lueur! Laisse venir mon bien-aimél — Lôsche den

schôochenden Schein! La$s^ meinen Liebsten ein!» ajoute Iseuit^ pendant que reprend enforUle motif de l'attente (i3i).

— « Oh I conserve la lumière protectrice I — O lass' die warnende Zûnde ! y* supplie encore Brangaine, sur un fortissimo chromatique dont les dernières notes rappellent le motif de la mort dlseult (27), et elle s'accuse amèrement de son mouvement de compassion inconsidérée : « Ah! infortunée que je suis, fatal breuvage! — Ach, mir Armenï Des unseligen Trankeshy dit-elle, avec les notes de douleur (12) et sur une phrase rappelant celle de l'expiation (17), pendant qu'une gamme chromatique descendante, à laquelle se joint le motif de la mort (26), conduit à une reprise du motif du philtre (80). « Si, sourde à tes plaintes, je t'avais obéi aveuglément, la mort eût alors été ton œuvre ; tandis que ta honte et ton humiliante détresse sont l'œuvre dont je dois me reconnaître la seule coupable ! — Gekorchf ich tauh und hlind, dein Werk war dann der Tod; dock deine Schmach, deine schmàhlichste Noth^ mein Werk mms ich SchulcTge es wissen ! » et, avec ces paroles désolées, s'entendent cette phrase de repentir

et les motifs du breuvage de mort (85) et de la mort (37), que suit, à la basse, un dessin expressif de traits en triolets.

— «Ton œuvre? ô fille insensée! — Dein Werk? thôr^ge Magd! » s'écrie Iseult, pendant que s'élance, à deux reprises, le motif de l'exaltation (55) suivi du motif du philtre (80). « Ne connais-tu pas la Déesse de l'amour, la puissance de sa magie? — Frau Minne kennUst du nicht? Nicht ihres Zauhers Macht?y>j et alors, sur ces paroles enhousiastes : « La mort, et la vie lui sont soumises, elle les tisse de peines et de joies, changeant la haine en amour ; l'œuvre de mort que j'avais osé entreprendre, elle Ta soustraite à mon pouvoir, elle a pris en otage celle qui était vouée à la mort pour achever l'œuvre de sa main — Leèen und Tod sind unterthan ihr, die sie weU aus Lust und Leid, in Lieh wandelnd den Neid.

Des Todes Werk nahnt icWs vermessen sur Hand, Frau Minne hat es meiner Macht ^ntwandt, die Todgeweihte nahm sie in Pfand, fasste das Werk in ihre Hand m , apparaissent : cette phrase de la puissance dominatrice

rappelant le motif de la volonté d'Iseult (87) qui se confond, ici, avec sa passion ; ce trait d'enthousiasme

combiné avec le motif du philtre (80), et que traversent, aux mots qui s'y rapportent, les motifs de la mort (26 et 27) et du breuvage de mort (85);

et, enfin, cette phrase de possession exaltée que termine la forme un peu modifiée du motif d'impétuosité (34).

Suit un fortissimo^ sur le motif du désir, après lequel le trait d'enthousiasme (147) passe, sous cette nouvelle forme

à l'accompagnement d'un nouveau motif, celui du chant d'amour (Liebesthema).

Ces deux motifs, ainsi réunis, et qui s'animent en crescendo, expriment une sorte de glorification de Tamour, avec ces paroles de passion : « Quel que soit le chemin où elle me conduise, quelle qu'en soit l'issue, quelque sort qu'elle m'assigne, je lui appartiens; laisse-moi donc lui obéir! — Wie sic es wendet^ wie sie es endet, was sie mir kûhre, wohin mich fuhre, ihr ward ich zu eigen; nun ïass* mich Gehorsam zeigen ! ».

Brangaine supplie en vain, pendant qu'intervient, sur une modulation tourmentée, un accompagnement de triolets marquant son agitation: « Ecoute, pour aujourd'hui seulement, oh! écoute mon instante prière, dit-elle; cette lumière qui montre le danger, cette torche, ne Téteins pas! — Nur heute h6r\ o hôr' mein Fîehen ! Der Gefahr teuchUndes Licht, die Fackeî dortîosche nichthy.

Iseult s'exalte de plus en plus; le chant d'amour (i5o) se poursuit, accompagné des mêmes triolets en gammes chromatiques et du trait d'enthousiasme (149) ramenant sur un forte la figure de glorification : « La déesse d'amour veut que la nuit se fasse — Frau Minne wiîl, es werde Nacht » ditelle enfin, et, pendant que le motif de l'ardeur d'amour (i35) est repris en fortissimo sous une forme plus élargie et suivi, après un decrescendo, d'un trémolo prolongeant la dernière note, elle court vers la torche et la saisit : a A ton poste, toi, et veille fidèlement! — Zur Warte, du, dortwache treul » ordonne-t-elle à Brangaine; et, sur les motifs de la passion (7) et de l'impétuosité (34) qu'accompagnent en forte les motifs de l'attente (i3i^ et de l'ombre protectrice (i32), elle s'écrie, dans une exaltation passionnée : « Celle lumière, fût-elle celle de ma vie, c'est en riant et sans crainte que je l'éteins! — Die Leuchte, und wàr's meines Lébens Licht ^ îachend sie zu loschen zag^ ich nichti ».

Iseult abat la torche, qui s'éteint sur le sol.

Une grande gamme descendante en fortissimo conduit à une reprise violente des motifs de l'attente (i3i), de passion (7) et d'impétuosité (34). Le motif de l'attente se répète ensuite en decrescendo, avec les notes de passion et de mort (27), pendant que Brangaine, se détournant consternée, s'éloigne, monte lentement l'escalier de la terrasse et disparaît.

Ici commence un important morceau d'orchestre.

Iseult, restée seule, prête Toreille et regarde, d'abord avec quelque inquiétude, vers une allée plantée d'arbres.

A la basse se dessine, en pianissimo, le motif de l'impatience [Tkema der Ungeduîd), dans une phrase terminée par une tenue prolongée donnant l'impression d'une attente interrogative qu'accentue encore l'accord léger qui suit les battements de triolets. Cette phrase est ensuite continuée par un dessin rappelant le motif d'exaltation (55); et, en effet, Iseult s'anime, dans son attente, s'avance vers l'allée, et regarde avec plus de confiance. Le motif de l'impatience se développe alors plus complètement

et bientôt, pendant que se poursuivent toujours les battements de triolets brisés, Iseult commence à faire, avec son écharpe,des signes que marque, sur un forte, ce motif d'appel, d'abord assez lent.

Ces signes deviennent de plus en plus fréquents à mesure que grandit l'impatience d'Iseult, et le motif d'appel (i52) s'anime en même temps, arrivant, dans un crescendo continu, à cette forme haletante.

qui aboutit elle-même à un vioXeni fortissimo ^ au moment où un geste de ravissement d'Iseult indique qu'enfin elle aperçoit Tristan.

Alors, vient ce motif

qui, commençant en piano, s'élève et s^exaspère en crescendo, pendant que reprend, avec violence, à la basse, le motif de Timpatience (i5i), jusqu'à un nouvesiXi fortissimo qui éclate à l'arrivée impétueuse de Tristan.

SCÈNE IL — Iseult, qui était montée sur les degrés du perron, pour mieux le voir, s'élance et se précipite sur lui avec un cri de joie :

a Iseult I bien-aiméel Tristan! bien-aimé ! — Isoldel Ge- Uebie! Tristan! GeUebterl » s'écrient-ils, et ils se tiennent étroitement embrassés pendant que reprend avec véhémence le motif de l'ardeur d'amour (i35) jusqu'à un suprême et stndent fortissimo y où reparait le chromatisme du désir.

Tristan et Iseult, au comble de l'émotion, échangent ces paroles entrecoupées qu'accompagnent de courtes phrases musicales également empreintes d'une agitation passionnée et qui s'inspirent du chant d'amour (i5o) et des notes d'amour (ii2 et ii3) :

Iseult. — « Es -tu à moi ? — Bist du mein? »

Tristan.— « T*ai-je de nouveau?— Hab^ ich dich wieder?» Iseult. — « Puis-je te saisir? — Darfich dkhfassen? » Tristan. — « Puis-je y croire? — Kann ich mir irauen? » Iseult. — « Enfin I enfin! — Endlichl Endlich! » Tristan. — « Sur mon cœur! — An meiner BrustI » Iseult. — « Est-ce vraiment toi que je sens? — FûhF ich dich wirklich? »

Tristan. — « Est-ce toi-même que je vois? — SeW ich dich seïber? »

Iseult. — « Sont- ce tes yeux? — Diess deine Augen? » Tristan. — « Est-ce ta bouche? — Diess dein Muud? » Iseult. — « Ici ta main? — Hier deine Hand? » Tristan. — « Ici ton cœur? — Hier dein Herz? » Iseult, Tristan. — « Est-ce bien moi? Est ce bien toi?

Est-ce que je te tiens sûrement? N'est-ce pas une illusion? N'est-ce pas un songe? — Bin ich's? Bistdu's? Haîf kh dich fest? Ist es hein Trug? Ist es hein Traum? »

Puis, après un trait en fortissimo, d'un transport passionné, auquel conduit un crescendo sur le chromatisme du désir,

reprend le motif de ravissement (154) :

— « O délices de Tâme! s'écrient les deux amants. O douce, sublime, audacieuse, adorable, enivrante volupté I — O Wonne der Seeleï O sùsse^ hehrste, hûhnste^ schonste, seligsU Lust! »

Le motif de ravissement continue en crescendo, traversé, à deux reprises, par le trait du transport passionné (i55) et, après avoir atteint le fortissimo sur ces paroles : « A moi 1 mon Tristan! A moil moniseulll — Mein! Tristan mein! MeinI Isolde mein ! » passe à la basse, où il s'alterne avec le motif d'enthousiasme (149) pour faire place au chant d'amour (i5o) et renouveler la figure de glorification déjà indiquée.

— « A moi ! A toi ! Tristan I Iseult ! ne formant plus qu'un pour toujours, éternellement! — Mein und deinî Tristan! Isolde! Ewig, ewig ein! » répètent encore les amants, affolés, éperdus, sur les notes de passion (7) et d'amour (i 12 et II 3) et, aussi, sur cette phrase, qu'ils chantent à l'unisson

^ft

d où sera tiré plus loin le motif de l'union éternelle (188), pendant que la figure de glorification atteint, par un crescendo continu, un dernier /(»^'55im(>.

Après ce paroxysme d'exaltation, arrive progressivement un peu d'apaisement, avec le retour des motifs de l'attente (i3i) et de l'ombre protectrice (i32), que traverse encore le motif d'exaltation (55) pendant que se prolonge,

à l'accompagnement, avec le même rythme, le motif de ravissement (i54), peu à peu modifié.

— « La lumière! la lumière! Oh! cette lumière, qu'elle a été longue à s'éteindre ! — Dos Licht! Das Licht! O dièses Licht! Wie lang* verïosch es nicht! » dit Tristan; et quand, dans un mouvement d'impétuosité marqué par un retour du motif (34), il accuse ensuite le jour, sur cette phrase de défi accompagnée d'un dessin caractéristique en triolets,

d'avoir allumé le signal « devant la porte de la bien-aimée — an âer Liebsten Thûre », apparaît ce motif

qui est une préparation à celui du Jour ci-après {i5g),

— « Cependant, la main de la bien-aimée a éteint la lumière; avec le pouvoir et la protection de la Déesse d'amour, j*ai défié le Jour — Doch der Liebsten Hand îôschte das Licht; in Frau Minne^s Macht und Schutz bot ich dent Tage Trutz! » reprend Iseult, sur le motif précédent (i57), et, tout de suite après une gamme de triolets en crescendo et sur ces paroles de Tristan : « Au Jour I au Jour perfide, à l'implacable ennemi, haine et malédiction!. — Dent Tage! Dem tUckischen Tage, dem hàrtesten Feinde Hass und Klage!»^ s'affirme l'important motif du Jour [Tagesmotiv)

qui va devenir le motif fondamental de toute cette scène.

On a rapproché, avec quelque raison, ce motif de celui

de la gloire (41), dont il rappelle* les premières notes; et,

en effet, au Jour et à la lumière vont être associées, dans ce qui suit, toutes les idées se rapportant aux gloires, aux vanités et aux servitudes du monde, marquant ainsi une constante opposition entre le Jour ennemi et la Nuit protectrice.

Puis, arrive ce trait plein de véhémence

suivi de dessins mélodiques d'une grande énergie d'expression.

— a Ainsi que tu as éteint ce flambeau, oh! que ne puis-je, pour venger les souffrances de l'amour, arracher la lumière au Jour insolent — Wie du das Licht, kônnf ich die Leuchte, der Liehe Leidcn zu ràchm^ demfrechen Tage verlôs^ chen! », s'écrie Tristan sur cette phrase pleine de ressentiment

dont les dernières notes rappellent celles du motif de la menace (99).

— « Est-il une douleur, est-il une peine qu'il n'éveille pas avec sa lueur? — Giehfs cine\Noth, giebfs einePein, die er nicJii wechtmit seinem Schein? » ajoute-t-il, sur ce motif du Jour perfide

et sur le motif d'impétuosité (34) que suit à la basse, en diminuendo, le double chromatisme du désir (8) et de la soufîrance (16); et, sur son allusion à la lumière qui était

devant la demeure d'Iseult, revient le motif du défi au Jour (i57).

Un peu plus loin, reparaît le motif de la gloire (41), orné de trilles et de triolets, au moment où Iseult rappelle à Tristan que cette même lumière du jour, il l'entretenait naguère dans son propre cœur : Tristan, s'écrie-t-elle, sur les notes de passion (7)et de douleur (42), « n'était-ce pas le Jour qui mentait en lui quand il vint en Irlande me demander en mariage pour le roi Marke, vouant ainsi à la mort l'amie fidèle? — War's nicht der Tag der aus ihm log, aïs ér vach Irland werhend zog, fur Marke mich zu frètent dem Tod die Treuezu weiWen? » et, sur ces derniers mots, s'entendent les motifs du désir (8), de la souffrance {16) et du philtre (80).

Pendant ce passage et au milieu de gammes chromatiques en crescendo conduisant à chacune des reprises du motif du Jour (iSg), s'esquissent des syncopes qui seront attachées plus tard aux motifs de l'hymne à la nuit (169^).

De nouveau, en fortissimo^ le motif du Jour (iSg) appuyé du même trait de véhémence (160), accentue la réponse de Tristan : « Le Jour ! c'est le Jour qui, t'environnant de son éclat, me dérobait Iseult ! — Der Tag! Der Tag, der dich utngliss, Isoîden mir entrûckf! » et, tandis que le motif d'amertume (47) accompagne ces paroles : « Ce qui éblouissait ainsi mes yeux m'obscurcissait le cœur — Was mir dos Auge so entzûckf, mein Herze Uefzur Erde drûckf»^ toujours, avec persistance, revient le motif du Jour (iSq), enchâssé dans des dessins de triolets (46) de plus en plus mouvementés.

— « Dans l'éclat rayonnant du jour, dit Tristan, comment Iseult pouvait-elle être à moi? — In lichten Tages Schein, wie war I solde mein? »

— « Comment n'aurait-elle pas été à toi, celle qui t'avait choisi? — War sie nicht dein, die dich erkor? » reprend Iseult sur le chant d'amour (i5o).

Mais, tout de suite revient le motif du Jour {i5g) sur ces paroles : a Quel mensonge te faisait donc le Jour pervers? — Was log der hôse Tag dir vor? » et, un peu après, avec des triolets rappelant ceux attachés plus haut au motif de la gloire, dans la réponse de Tristan expliquant qu'ébloui par

Téclat qui rayonnait autour d'Iseult, il fut aussi aveuglé par les vains honneurs du monde. Ici, s'entendent également les notes de passion (7), la phase d'expiation {5y) et le motif de la douleur (42).

— « Ce qui veillait obscurément enfermé dans la chaste Nuit, l'image que mes yeux n'osaient contempler — Was dort in keuscher Nachtjdunkeî verschlossen wacht\ ein Bild das meine Augen bu seh'n sich nickt gefrauten », continue Tristan sur cette phrase qu'accompagnent encore, en pianissimo^ les syncopes des motifs de la Nuit

et, avec ces paroles : il la vanta tout haut comme <f la fiancée royale la plus belle de la terre — der Erde schônsU Konigsbraui », vient se joindre au motif du Jour (iSg) le chant d'enthousiasme (149) suivi de gammes montantes et du dessin de triolets (46), dans un crescendo d'un éclat saisissaut.

En même temps, apparaît cette forme un peu modifiée du motif du Jour (iSg)

qui est plus particulièrement attachée à la vanité des honneurs et de la gloire.

Ce motif reprend en fortissimo sur ces paroles de Tristan : « La haine que le Jour m'avait attirée, l'ambition et les jalousies que ma fortune commençait à faire naître, je défiai tout; et, pour conserver honneur et gloire, je résolus de me rendre en Irlande — Dem Neid, den mir der Tag erweckf, dem Eifer, den mein Glûcke schreckt\ der Missgunsty die mir Ehren und Ruhm hegann zu schweren, denen bot in Troiz, und ireu besckloss, um Ehr' und Ruhm zu wahren^ nach Irîand ich zufahren, »

— a O vain esclave du Jour I — O eitUr Tagesknuht! » s'écrie Iseult sur l'octave du motif de la mort (26) et les

notes de passion (7), pendant un fortissimo du motif de la vanité (164) suivi d'une reprise du motif de la colère (4). Puis, reviennent encore, traversés par un trait agité de doubles-croches en fortissimo, le mouvement syncopé de rhymne à la nuit et les dessins de triolets, accompagnant les motifs de Famour (i5o), de la passion (3), du Jour (i59), de l'exaltation (55), du désir (8), de la douleur (42), de l'ardeur d'amour (i35) et de l'impétuosité (99). « Cette lumière du Jour qui te montrait comme un traître, continue Iseult sur une phrase rappelant celle de sa malédiction (67), accompagnée d'une succession de traits descendants en doubles croches, je voulus la fuir, t'entraîner avec moi dans la Nuit où mon cœur me promettait la fin du mensonge — Das als Verràther dich mir wies, dem Licht des Tages wcUf ich entfliéhen^ dorthin in die Nacht dich mit mir ziehen^ wo der Tàuschung Ende mein Herz mir verhiess », et alors, toujours avec le motif du Jour, s'entendent, sur un dessin de triolets en decrescendo et peu à peu ralenti, les motifs de la mort, du désir et de la douleur.

Après un crescendo de triolets : « Le doux breuvage dans ta main — In deiner H and den siissen Trank », dit Tristan, sur une reprise du motif de l'image (i63) et du motif du philtre (80); quand je le reconnus et que je compris « ce que me promettait la réconciliation — was mir die Sickne verhiess », ajoute t-il sur cette phrase de prouesse

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et sur le motif de l'impétuosité (34), se terminant par un SLCCOxd fortissimo; puis, viennent ces paroles : « Alors, dans mon cœur, la Nuit commença à répandre sa douce et sublime puissance, mon Jour était accompli — Da erdàmmerte mild erhàb'ner Macht im Busen mir die Nacht; mein Tag war da vollbracht»^ qui trouvent leur expression dans la large phrase

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qui deviendra plus lard le motif de l'invocation à là Nuit (171).

— «Mais, hélas I reprend Iseult, sur les phrases du philtre (80) et de Timpétuosité (99), accompagnées d'un dessin de triolets, le perfide breuvage t'a trahi », et, avec le motif de la mort (36), « il a rendu au Jour x:elui qui ne cherchait que la mortl — Dock ach, dich tàuschU der falsche Trank; dem ànsig am Tode lagj den gab er wieder dem Tag! ».

Sur une reprise véhémente du trait de transport passionné (i55), travaillé et développé de la manière la plus variée et pendant que reviennent les motifs du philtre (80) et de la tendre ivresse (lao), Tristan prononce ces paroles exaltées : « O béni soit le breuvage! — O Heil dem Tranke!yi\ sur le seuil de la mort il m'a laissé entrevoir « le merveilleux royaume de la Nuit ; de l'image cachée dans le secret de mon cœur, il a chassé les lueurs décevantes du Jour pour que mes yeux-, pénétrant dans la Nuit, puissent la contempler dans sa vérité — dos Wunderreich der Nachi; von dem BUdin des Herzens hergendem Schrein, scheuchfer des Tages iàuschcnden SchHn, dass nachtsichiig mein Auge Wahres zu sehen iauge », et, pendant ce temps, s'entendent cette phrase du royaume de la Nuit,

et les motifs du Jour (159) et du philtre (80).

Et, alors, sur une combinaison mouvementée des motifs de l'amour (i5o), de l'enthousiasme (149), du Jour (159) et delà vanité (164): «Il s'est vengé pourtant, le Jour vaincu, dit Iseult, il a conspiré avec tes erreurs. Ce que la Nuit naissante t'avait révélé, tu as dû le livrer à la souveraine puissance de Téclat du Jour pour y briller solitaire dans de désertes splendeurs — Doch es ràckie sich der verscheuchfe Tag, mit deinen Sûnden RatKs er pflag; was die gezeigi die ddmmernde Nachtyan des Tags Gestirnes Kônigsmachtymussiest du" s ûbergeben, um Hnsam in ôder Prachi schimmernd dort su leben. » — - « Comment ai-je pu, comment pourrai-je encore le supporter?

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