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*— Wû ertrug ich's nur? Wie ertrag' ich's noch? » ajoute tseult, pendant que le motif du Jour (iSq) s'éteint en pianissimo.
Tout à coup, s'élance un trait impétueux, rappelant le motif d'exaltation (55) :
— c< Ohl nous étions déjà voués à la Nuit — O uuu waren wir Nachtgeweihtâ », s'écrie Tristan sur cette phrase
qui exprimera plus loin l'oubli et l'anéantissement; puis, viennent, après une gamme rapide, des accords répétés en triolets où s'entremêlent les motifs du Jour (159), du philtre (80), delà mort (26 et 27), et de l'anéantissement (168), pendant lesquels Tristan ajoute, s'exaltant de plus en plus : « Pour qui a contemplé avec amour la Nuit de la mort, les mensonges du Jour, gloire et honneur, puissance et richesse, sont déjà évanouis! — Wer des T odes Nacht liehend erschau't, des Tages Lugen, RuJtm und Ehr\ Macht und Gewinn, sind sie vor dent zersponneni »
Le motif du philtre (8o) ramène alors ^ en pianissimo, les motifs de l'attente (i3i) et de l'ombre protectrice (i32), suivis d'un crescendo suv le trait d'exaltation (55) conduisant à ces dernières paroles de Tristan : « Un seul désir lui reste, le désir de la Nuit sainte où la volupté d'aimer lui sourit dans son éternelle et unique vérité — Bleibt ihm ein einzig Sehnen, das Sehnen Un zur heil'gen Nacht, wo urewig, einzig wahr Liebeswonne ihm lacht! » qu'accompagne en fortissimo cette phrase de la sainte Nuit d'amour
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sur laquelle s'apaisent les amants et qui deviendra, plus loin, un nouveau motif de mort, non plus de la mort vengeresse ou expiatoire, comme les motifs (26 et 27) du premier acte» mais de la mort libératrice.
A ce moment, Tristan conduit doucement Iseult vers un banc de gazon, s'agenouille auprès d'elle et appuie sa tête sur son bras. Tous deux restent silencieux, pendant que reviennent à l'orchestre, sous une forme harmonieuse et plus élargie, les motifs du désir (8) et de l'ardeur d'amour (i35), dans un decrescendo^ où s'entend encore le motif du Jour (iSg), avec l'accompagnement syncopé qui se transforme en pianissimo dans le rythme caractéristique sur lequel s'épanouit, finalement, empreint d'une paix infinie, l'hymne à la Nuit (heilige Nachi)
— « Oh ! descends sur nous, Nuit de l'amour — O sinh' hernieder, Nachi der Liébe », chantent alors les deux amants, sur ce motif, déjà indiqué (i66), de l'invocation à la Nuit
que complète cette phrase
dont les deux dernières notes,
qui se répètent à l'accompagnement, dans tout le morceau, expriment la sérénité de la nuit.
Pendant que s'élaborent d'autres motifs, flotte encore le
motif du Jour (iSg), qui semble rappeler aux amants la réalité de la vie.
Après un fortissimo sur les notes de sérénité (173), appuyant ces paroles : « En nous affranchissant du monde — WeUt'crlôsmd aus »,
vient cette phrase de la Nuit révélatrice ; « Le soleil s'est retiré dans notre sein, et les étoiles de la félicité brillent de leur riante lumière - Barg im Busen uns sich die Sonne, îmchUn lachend Sterne der Wonne»,
et cette autre phrase empreinte d^un sentiment d'ineffable félicité ; a Cœur à cœur, lèvre à lèvre — Herg an Herz dir, MundanMund ».
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Puis, reprend le motif du Jour (iSg) sur ces paroles : «Le monde que nous montre le Jour trompeur avec ses décevantes illusions — Die Welt^ die uns der Tag trûgend erheUt, zu tàuschendem Wahn entgegengesteîlt », jusqu'au fortissimo sur lequel les amants extasiés expriment, dans une sorte de vertige, leur détachement de l'univers : « Alors, c'est moi qui suis le monde — Selbst dann bin ich die Welt », sur un noxiweeiVL fortissimo auquel conduit un crescendo du chromatisme du désir (8), « Sainte vie d'amour — Liebeheiligstes
Leben », s'écrient-ils, sur le nouveau motif de la mort libé ratrice, déjà indiqué (169);
et dans un pianissimo d'accords harmonieux où reparaissent le chromatisme du désir et les syncopes de l'hymne à la Nuit, s'éteignent ces dernières paroles : « Désir ineffable, sans déception et sans réveil — Niê-Wicder-Erwochcns wahnîos hold hewussier Wunsck ».
Tristan et Iseult s'abandonnent à leur extase; leyrs tètes se rapprochent dans un long embrassement.
Mais, au milieu de ce silence, et pendant qu'à l'orchestre les notes de sérénité (173) s'alternent, en pianissimo^ avec des arpèges aussi légers que les souffles de cette paisible nuit, surgit doucement la voix de Brangaine, restée invisible :
— « Solitaire, je veille dans la nuit — Einsam wachend in der Nacht », dit-elle sur cette phrase
reproduisant, sous une forme élargie, le motif du Jour(i59), qui devient ici le motif de veille de Brangaine.
— a Vous à qui sourit le rêve d'amour, continue -t-elle, prenez garde l Bientôt la nuit aura fui I — Wem der Traum der Liebe ïachf, habet achtl Bald eniweicht die Nacht! » et pendant ces paroles, s'entendent, à travers des dessins d'orchestre de la plus extrême douceur, les motifs de la nuit révélatrice (175) et de la félicité (176), traversés par cette phrase de pressentiment
qui reviendra plus loin à la mort de Tristan, et enfin, le
motif de la Nuit (167) qui s'éteint, sur une tenue prolongée, dans un arpège pianissimo.
Après ce chant de Brangaine, reprend à l'orchestre seul le suave motif de la félicité (176), sous cette forme plus développée
à laquelle on a aussi donné le nom de motif du sommeil (Schlummermotiv}, msiis cette dénomination paraît critiquable, parce qu'elle ne se rapporte pas aux paroles ci-dessus (176) et qu'ensuite l'idée de sommeil n'est pas celle du non réveil, a nia wieder erwachen w, que rêvent les amants.
Sur ce motif de félicité (180) et au milieu de cette paix de la nuit, viennent éclore ces tendres paroles que murmurent les amants ;
— « Ecoute, bien-aimé I —Lausch', Geîiébter! », dit Iseult, sur les notes d'amour (ii3);
— « Laisse-moi mourir! — Lass* mich sterbeni » répond Tristan sur le motif de la mort libératrice (177) ;
et, pendant que l'orchestre reprend pianissifno le motif de félicité (176), «jamais de réveil! Laisse la mort vaincre le Jour — Nie erwachen! Lass den Tag dem Tode weichen! », ajoute-t-il sur le motif de la mort libératrice (177).
Vient une combinaison des premières notes du motif de la félicité (176) avec le motif de l'exaltation (55) :
Iseult. — « Le Jour et la Mort menaceraient-ils des mêmes coups notre amour ? — Tag und Tod tnit gUichcn Sireùchen soIUen uns*re Lieb' erreichen? »
— « Notre amour? L'amour de Tristan? L'amour d'Iseult? Le tien et le mien? — Uhs^ù Liebc? Trisian^s Lid^e^
I soldé' s Liebe? Dein* md mein' ? » répète Tristan, sur cette phrase de l'amour partagé
et, pendant une reprise des motifs du Jour(i59), de la mort libératrice (177) et de la mort (26 et 27) :
— « Fût-elle devant moi, menaçante, la puissante Mort — StûfuP er vor mir, der màchfge Tod » dit-il, sur cette phrase que terminé le motif de Timpétuosité (99)
pendant que s'entendent, à la basse, les motifs de la mort (26 et 27).
« Comment pourrait-elle porter atteinte à Tamour luimême? — Wie wàre seinen Streichen die Liebe seibst zu erraichen? » ajoute-t-il sur cette autre phrase du défi à la mort qui s'inspire du motif de Tamour partagé (181)
tandis qu'un pénétrant dessin d'orchestre ramène le motif de félicité (180), jusqu'à un retour du motif de défi (i83) élargi de points d'orgue.
Ensuite reprennent les motifs combinés de félicité (180) et d'exaltation (55), accompagnant ces paroles d'Iseult : (c Mais notre amour ne s'appelle -t-il pas Tristan et Iseult, et, si Tristan mourait, le lien ne serait: il pas brisé? » pendant lesquelles se place cette phrase du lien d'amour
qui reviendra au troisième acte dans la Vision de Tristan
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— « Qu'est-ce qui succomberait à la mort, sinon ce qui nous sépare ? — Wa$ siûrhe dem Tod, als was uns stort? » dit Tristan sur un accompagnement plein de douceur et de tendresse dont le dessin s'inspire du motif du chant d'amour (i5o).
— « La vie même d'Iseult causerait-elle donc la igaort de Tristan? -^ Als mit I solde* s eig^nem Lébm wàr* Trisian d$r Tod gegehen? y> inieïToge Iseult, sur une phrase rappelant celle de la puissance de la mort (182).
Viennent quelques mesures d'orchestre. Le dessin précédent prend une forme ascendante et se perd dans un extrême ^nissimoy pendant lequel Tristan attire Iseult doucement vers lui, et alors, sur ces paroles :
Tristan. — « Alors, nous serions morts pour être inséparés, unis pour toujours, sans fin, sans réveil, sans angoisses, sans nom, dans l'embrassement de l'amour — So starben wir, um ungetrennt^ ewig einig, ohne EnéP, ohn' Erwachm, ohne Bangen, namcnlos in LieV umfangen », comméuce, accompagné d'un trémolo en pianissimo y l'important motif du chant de moxi[sUrhelicd)
se terminant avec ces mots : « Ne vivant que pour l'amour! — Der Liebe nur zu lebenl » sur cette phrase de fervente croyance :
Iseult, regardant Tristan, recueillie et pensive: « Alors,
nous serions morts pour être inséparés? — So sf&rhm wir^ um ungeirennt? », interroge-t-elle sur le même chant de mort (x85), qu'accompagne un dessin de triolets.
. — « Unis pour toujours », répond Tristan, et tous les deux répètent à Tunisson, sur la phrase de fervente croyance (i 86), ces mêmes paroles: « Ne vivant que pour l'amour 1 — Der Lièbe nurzu Uben! »
Iseult, succombant à son émotion^ laisse tomber sa tête sur la poitrine de Tristan.
A ce moment, se fait entendre, une seconde fois, la voix de Brangaine sur le motif de veille (178), suivi, comme précédemment, du motif de la nuit (167), de sa tenue prolongée et de l'arpège en pianissitno. Mais, de nouveau^ sur une reprise du motif de félicité (176) :
Tristan, qui se penche vers Iseult en lui souriant : <c Dois-je écouter? — SoU ich îauschen? »
Iseult, levant vers lui un regard éperdu : « Laisse-moi mourir 1 — Lass tnkh sUrbenI » dit-elle sur le motif de la mort libératrice (177) ; et elle répète, en s'animant, les paroles de Tristan : « Pas de réveil I Laisse la mort vaincre le Jour I — Nù crwackeni Lass den Tag dem Tode weichen! »
— « Ainsi, nous braverons maintenant les menaces du Jour? — i)^5 Tages Dràuen nun irotzUn wir 50?» reprend Tristan, sur les motifs de l'exaltation (55) et du Jour (159).
— c< Pour fuir à jamais ses mensonges — SeinetH Trug ewig zu flieKnl » xé^onà Iseult, sur le motif de l'ardeur d'amour (i35), suivi d'une reprise en crescendo du motif de l'exaltation (55); et, pendant que résonne à la basse le motif du breuvage de mort (85), dans une sorte de vertige du néant et de délire extatique : « Que la Nuit dure pour nous éternellement I — Ewig wàhr^ uns die Nachi! » s'écriet-elle, en se levant et s'avançant avec décision*
Tristan la suit et la prend dans ses bras avec passion.
Tous deux alors, après quelques mesures d'orchestre pleines d'emportement rappelant le motif de l'ardeur d'amour (i35) :
— « O étemelle nuit! Douce nuit! — O ew'ge Nachi I Susse Nachi I » s'écrient-ils sur le motif de la mort libératrice (177), à travers des dessins d'orchestre de plus en plus
^niméSy où s'e mêlent les notes de sérénité (173), jusqu'à un yéh.émentfoHissim&^ sur lequel se terminent ces paroles : « Dissipe maiijtenant les alarmes, mort propice, mort d'amour ardemment désirée ! Dans tes bras, é toi consacrés, dans un éternel repos, délivré? des misères du réveil! — Nuu banne dos Bangen, :kolder Tod, séhnend verlangter Liebes* iod! In deinen Armen, dir geweikt, utJiHUg Erwartnen, von Erwachens Noth hefreit! »
Reprend, ^n piano ^ léchant de mort (i 85), auquel viennent ^ejoind,re les motifs du Jour (iSg) et de Tardeur d'amour (i35) avec cette, phrase pleine d'ivresse rappelant celle dé l'aveu (108) :
« Comment laisser échapper de telles délices; loin du solcU, loin des tristes séi>arations du Jour! — Wie su lassen, dièse Wonne, fern der Sonne^ fern der Tage Trennungsklagel » puis, ce développement de la phrase de l'union jéternelle (i56) que l'on a aussi appelé le motif d'extase ( Verkïdrungsfigur)
accompagnant ces paroles : « Tendres langueurs ! Doux désirs! Sublime trépas! Ténèbres propices! — Sanfies Sehnen ! Sûss Verîangen! Hehr VergehenI HoU Umnachten!» et qui, après cette phrase empreinte des suprêmes délices
s'alterne, au chant et à l'orchestre, pendant que Tristan et IseuU, au comble de leur exaltation, s'écrient, comme
àÔblés, en répétant la phrase d'extase dé l'union éternelle (i88) : «Tristan, c'est toi Iseult; Iseult, c'est toi Tristan; A n'y a plus d'Iseult, il n'y a plus de Tristan ! Plus de noms, plus de séparations! — Du I solde, Tristan, ich; Tristan du, ick I solde; nicht mehr Tristan, nicht I solde; ohne Nennen^ ohne Trennen! » et, enfin, après un crescendo sur le motif de délices (189) et une reprise ardente du motif de l'union éternelle (188), éclate, en fortissimo^ le . motif de l'ardeur d'amour (i35) qui, encore animé par la figure en triolet (116), s'élève et se précipite en un véhément crescenâp suï ces paroles extasiées : « Sans fin, éternellement, suprçmç volupté d'amour! — Endlos^ ewigy hôchste Liebeslust! » jusqu'à l'accord violent qui ouvre la scène suivante.
SCÈNE III. — En même temps que cet accord, on entend un cri strident de Brangaine; Koùrvenal entre impétueusement, l'épée à la main. Tristan et Iseult restent dans leur attitude éperdue.
— « Sauve- toi, Tristan! — Retie dich^ Tristan! y^ s'écrie Koùrvenal en regardant avec terreur derrière lui ; et tout de suite s'entend le motif de chasse (127) annonçant l'arrivée de Marke et de sa suite.
Pendant un morceau d'orchestre agité, où reparaissent les motifs précédents, le roi Marke, Melot et la suite sont entrés et se sont arrêtés, stupéfaits, en^ce des amants. Brangaine est accourue auprès d'Iseult ; Tristan a étendu son manteau pour dérober Iseult aux regards des arrivants. Le jour commence à poindre.
— « Le néant du Jour pour la dernière fois I — Der ôdc Tag zum ktzten Mal I » soupire Tristan, sur le motif du Jour (iSg), accompagné des mêmes syncopes précédant l'hymne à la Nuit (170), et, sur ce même dessin d'orchestre, vient la question de Melot ; « Dis-moi, Seigneur, si je l'ai accusé justement ? J'ai fidèlement préservé de la honte ton nom et ton honneur — Das sollst du^ Herr^ mir sagen oh ich ihn recht verklagt? Namen und Ekr' haV ich getreu vor Schande dir hewahrt. ».
Ici se place le motif de chagrin de Marke (Figur âer Trauer)y où Ton peut distinguer deux parties ; la première,
qui rappelle le motif d'amertume (47), et la seconde,
d'une forme interrogative (Frage)^ exprimant le doute que fait naître, dans la conscience de Marke, la trahison inexplicable de son fidèle Tristan. Ce sentiment se traduit dans la réponse que Marke fait à Melot, d'une voix tremblante d'émotion: « L'as-tu fait vraiment? Te Timagines-tu? Vois-le, le plus fidèle des fidèles; regarde-le, le plus affectionné de tous les amis; si Tristan m'a trompé, devais-je espérer que le conseil de Melot me préserverait loyalement du coup que m'a porté cette trahison? ~ Thatest durs wirkltch? Wàhnst du das? SUh ikn dort, den Trm*stm aller Treuen; bUck* aufihn, den frcundlkhsten 4er Freunde. Trog mich Tristan, sollf ick offen, was sein Trûgen mit getrofen, sei durch Melofs Rath redlich mir bewahrt? »
-^ « Fantômes du Jour ! Rêves du matin,, vains et trompeurs! Disparaissez I Enfuyez-vous ! — Tagesgespenster! Morgeniraûme! Tduschend und wûstl Entschwébtl EntweichtI » s'écrie Tristan dont la pensée est déjà hors de ce monde et pour qui les réalités du jour ne sont plus que de vaines apparences; et sur ces paroles, proférées avec une violence convulsive, se place le motif du jour perfide (i6a), dans un crescendo conduisant à un accord fortissimo suivi, à la basse, du chromatisme descendant de la soufirance (i6)«
. Alors, sur cette phrase de douloureuse interrogation, à laquelle se joint le motif de la douleur (42)
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commence la longue lamentation de Marke.
— « A moi ces paroles? O Tristan! dit -il; où trouver maintenant la fidélité, puisque Tristan m'a trompé? — Mir dits} DiâSf Tristan, mir? Wohin nun Treue, da Tristan mick betrog? »
Pendant un silence, se dessine à l'orchestre cette phrase que Ton a appelée le motif de Marke (Markemotiv)^ traduisant son sentiment de consternation,
suivie du chromatisme descendant de la souffrance (16).
Ici se manifestent la noblesse et l'élévation des sentiments de Marke qui, oubliant un moment l'atteinte portée à sa dignité et à son propre bonheur, ne songe qu'à la perte de Tamitié en laquelle il avait foi, et ne peut se résoudre à croire que Tristan l'ait volontairement trahi.
Tristan baisse lentement les yeux vers la terre, son attitude montre une tristesse croissante pendant que Marke reprend : « A quoi bon les services sans nombre que tu m'as rendus, les honneurs, la gloire et la puissance que tu m'as conquis, si tous ces services devaient être payés par la honte de Marke? —Wozu die Dienste ohm Zahly der Ehren Ruhm^ dcr Grosse Macht, die Marken du gewannst^ musste die Dienste dir Marke's Schmach hezahUn? »
Dans un magnifique langage et sur une suite de phrases musicales qui s'inspirent des motifs ci-dessus et où Ton
retrouve aussi les motifs de la passion (7), de ramertume (47) et de la douleur (42), Marke exprime les sentiments qui le torturent. — « Je t'aimais à ce point, dit-il à Tristan, qu'étant resté sans héritier et t'ayant légué tout ce que tu m'avais conquis, j'avais renoncé à une nouvelle union. Après avoir résisté aux sollicitations de la Cour et du peuple qui me pressaient de prendre une reine, et à tes propres instances, je n'ai cédé que devant ta menace de quitter mon royaume si tu n'étais chargé de rn'amener une fiancée. Et c'est après m'avoir présenté cette fiancée, continue Marke, sur une reprise des motifs du chagrin (190) et du doute (191), suivis de trémolos et de dessins d'orchestre violents et bouleversés que traverse le motif de la souffrance (16), c'est après que sa merveilleuse beauté a touché mon cœur, que tu viens me frapper d'une inguérissable blessure et d'une douleur si cruelle « qu'elle étouffe en moi la fidélité de l'ami, remplit de soupçon mon cœur confiant et me conduit à me glisser secrètement dans l'ombre de la nuit pour t'épier, et à rabaisser ainsi mon honneur — das mir dent Freund die Treue verwehrt, mein off'nes Herz erfullt mit Vefdacht, dass ich nun heimlich in dunkler Nacht den Freund lauschend heschîeiche, meiner Ehren EncP erreichel »
Après un retour agité et en crescendo du motif de la colère (4) :
— a Pourquoi cet enfer dont nul ciel ne saurait me délivrer? — Die kein Himmel erlôst, warum mir dies£ Hôlle? » ajoute-t-il, sur cette phrase de cruelle perplexité
qu'accompagnent en fortissimo des battements précipités de triples-croches et que suivent des gammes ascendantes d'une extrême violence, après lesquelles reviennent, en piano, les motifs de consternation (igS), de chagrin (196)
et de doute (191), s' éteignant avec ces paroles : « Qui en expliquera la cause impénétrable et le profond mystère? — Den unerforschîich furchtbar tief geheimnissvollen Grund, wer macht der Weît ihn kund? »
Tristan, levant vers Marke un regird plein de compassion : — « O Roi, je ne puis te le dire; ce que tu demandes, tu ne pourras jamais le savoir — O Kônigy dus kann ich dir itichi sagen; und was du fràgst, das kannst du nie erfahren », dit-il, sur cette phrase de douleur et d*afiliction :
Ce que Tristan ne peut expliquer, c*est la cause de son apparente trahison.
Lorsque, dans un sentiment d'orgueilleuse fidélité, il proposa à Marke de lui amener Iseult comme épouse, il croyait éteinte la passion née autrefois du regard d'Iseult; repris et dominé par cette passion qui, malgré sa noble résistance, s'était rallumée devant les pressants appels, les emportements et la violence même du courroux d'Iseult, il n'avait pas hésité, pour échapper au parjure, à faire le sacrifice de sa vie ; mais un destin fatal avait été plus fort que sa volonté; la mort avait trompé son attente. Tout cela, Tristan ne peut le dire à Marke qui avait le droit de compter sur sa loyauté, ni en faire l'aveu devant Iseult. Il demeure donc silencieux, sans défense, sans excuse, ne songeant plus, pour lui comme pour Iseult, qu'à leur mort commune, déjà résolue et involontairement différée, à la mort qui les a unis et qui reste pour eux Tunique refuge de leur fierté et de leur amour.
Devant cette fin nécessaire, inévitable, maintenant imminente, Tristan se tournant vers Iseult qui le regarde avec des yeux suppliants, pendant que reviennent les motifs de l'aveu (108), du philtre (80) et de la passion révélée (m), déjà entendus à l'acte précédent dans la grande scène de Taveu, et après quelques mesures d'or-
chestre suivies d'un retour du motif de félicité (167) : « Là où va maintenant aller Tristan, veux-tu, Iseult, le suivre? — Wohin nun Tristan scheidei, willst du, Isold', ihm foîgen? » lui demande-t-il sur les motifs de la mort libératrice (177) et de la mélancolie (36).
Vient alors ce nouveau motif, que Ton peut appeler le motif du destin partagé
suivi du motif de l'invocation à la Nuit (171) accompagné de syncopes : « Dans le pays auquel pense Tristan ne luit pas la lumière du soleil; si Iseult veut le suivre, douce et fidèle, qu'elle le lui dise maintenant! — Dem Land, das Tristan meint, der Sonne Lickt nicht scheint ; oh sie ihmfolge^ treu und hoîd, dus sag' ihm nun IsoW ! » ajoute Tristan, et, avec ces dernières paroles, reviennent les motifs de la félicité (167) et de la mort libératrice (177).
Sur les mêmes motifs, Iseult répond : « Où est Tasile et le pays de Tristan, Iseult se rendra; qu'il lui montre maintenant le chemin, elle le suivra douce et fidèle — Wo Tristan' s H ans und Heim, da kehr^ I solde ein; auf dem sie folge treu und hoîd, den Weg nun zeig' Isold\ »
Par une évolution vraiment humaine de sa passion, qui se manifeste dans tout ce second acte, Iseult n'est plus la femme hautaine, violente et jalouse qu'elle était auparavant, lorsqu'elle pouvait encore douter de l'amour de Tristan. Maintenant qu'elle a la certitude de l'avoir conquis, elle s'en fait l'esclave; soumise et docile, elle contemple et admire comme un maître et un héros celui dont elle a enchaîné le cœur. Là où ira Tristan, elle le suivra, aveuglément, heureuse de partager sa destinée. Après l'avoir subjugué, elle ne songe plus qu'à lui obéir.
Tristan s'approche d'Iseult, qu'il baise doucement sur le front.
Pendant ce temps, reparaissent la gamme chromatique du désir et les motifs de la tendre ivresse (i2o), de l'ardeur
d'amour (i35) et de Tunion éternelle (i88) aboutissant à un fortôy au moment où Melot s'élance, plein de rage, en tirant son épée : « Traître ! s'écrie-t-il sur les notes de passion (7), suivies, à l'accompagnement, du chromatisme descendant de la souffrance (16), ah! vengeance, ô Roi, souffriras-tu cette honte? — Verràther! Haï Zur Rache, Kônigl Duîdesi du dièse Schmach? yy
Suivent des dessins d'orchestre agités de triolets et de traits courts et rapides, préparant le combat :
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Tristan se retourne brusquement et tire aussi son épée.
— « Qui ose risquer sa vie contre la mienne ? — Wer wagt sein Leben an das meine? » dit-il en regardant Melot fixement.
— Cet homme était mon ami ; il me témoignait hautement son attachement ; il excitait mon cœur à la présomption ; il était le premier à me pousser « à augmenter ma gloire et ma renommée et à te rechercher comme épouse pour le Roi ! — Ehr* und Rukm mir zu mekren, dem Kônig dich su ver^ mâhUnlm continue Tristan sur des phrases rappelant les motifs de l'amertume (47) et de la vanité (i56), entremêlées des traits rapides du motif du combat (197).
Puis, s'entendent le motif du philtre (80) et les notes de passion (7). avec ces dernières paroles de Tristan : « Ton regard, Iseult, l'a aussi ébloui; l'ami, dans son zèle jaloux, m'a trahi auprès du Roi que, moi aussi, je trahissais! — Dein Blick, Isolde^ hlendef auch ihn, aus Eifer verrieth mich der Freunddem Kônig^ den ich verrieth! »
Melot a subi, lui aussi, l'empire d'iseult; mais l'amour n'a éveillé en lui que des instincts de jalousie et de haine. Sa trahison offre un contraste frappant avec les sentiments élevés de sacrifice, de pardon et de dévouement qui animent les amants, le roi et les deux fidèles serviteurs.
« Défends-toi, Melot ! — Wehr* dich^ Meïot! » s'écrie Tristan.
Melot se met en garde; Un impétueux crescendo ^ sur un
dessin agité de triolets, avec une gamme ascendante aboutissant à un fortissimo, ouvre le combat. Tristan cherchant la mort, s*est jeté sur Tépée de Melot; il laisse tomber la sienne et s'affaisse, blessé, entre les bras de Kourvenal; Iseult se précipite sur lui; Marke retient Melot.
La toile tombe rapidement, pendant que retentissent de violents accords, après lesquels revient une phrase rappelant le motif de Marke, qui est ensuite répétée dans un diminuendo brusquement interrompu par un accord final fortissimo.