ACTE PREMIER I
De sa misère
J'eus compassion ;
Le fer, je le laissai choir :
La plaie, que fit Morold,
Je la soignai,
Afin qu'il guérit,
Rentrât dans son pays,
Ne m'oppressât plus du regard.
Brangaine
Miracle! Où mes yeux voyaient-ils?
L'ami, qu'un jour Tu pus soigner?
ISOLDE
J'ai dit là son éloge;
Hé ! le héros Tristan !
C'était celui que je plaignais.
Il m'a juré souvent
De lui rester fidèle.
Entends comme un héros
Tient ses serments !
Comme Tantris
Je l'avais congédié;
En Tristan
Il revint ici
Sur un fier vaisseau
De haut bord,
Demandant
L'héritière d'Érin
Pour le vieux roi de Cornouailles,
Pour Marke, son parent.
l8 TRISTAN ET I50LDE
Quand Morold vivait,
Qui donc eût osé
Nous faire un pareil outrage,
De briguer le pa3's d'Érin
Pour le prince
De Cornouailles?
Malheur à moi !
En gardant
Le secret
Je me suis créé l'affront !
Le glaive vengeur,
J'aurai dû le brandir :
Faible, je le laissai choir;
Et je sers le vassal !
Brangaine Quand ils ont tous juré Paix, apaisement, amitié, Nous avons béni ce jour ; Comment prévoir Ces tourments pour toi !
ISOLDE
Oh! — Yeux aveugles!
Ames faibles!
Cœurs craintifs!
Silence lâche!
Il s'est vanté,
Tristan,
De ce que je tins caché!
Par mon silence
J'ai sauvé