‹ Tristan et IsoldeChapitre 9 sur 65 · ACTE PREMIER l · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER l

(I C'est en tout lieu, »

Me disait-il,

(' Fidèle qu'il la sert,

« La plus sublime femme;

« S'il quittait la barre,

« A l'instant,

« Comment mener le vaisseau

(I Au pays du roi Marke?»

ISOLDE (>ivec une douloureuse amertume.)

Comment mener le vaisseau Au pays du roi Marke, Et lui paj^er le tribut Que d'Irlande il tira!

C'est à tes propres phrases Que je lui redisais.

Qu'il laissa son cher Kourvenal...

ISOLDE

Lui, je l'ai bien compris ;

Nul mot ne m'échappa.

N'appris-tu pas mon outrage,

Entends ce qui me l'a valu.

Comme, en riant,

Ils chantent des contes,

Je peux aussi répondre:

Un frêle esquif,

Si chétif,

Au pays d'Érin vogua;

Un homme épuisé

l6 TRISTAN ET ISOLDE

S'y mourait

Misérablement ;

Mais il connut

Les arts d'Isolde ;

Par des baumes

Et des onguents,

La plaie dont il souffrait,

Isolde la guérit.

De Tantris, dans sa ruse,

Il avait pris le nom;

Mais Tristan par Isolde

Fut bientôt reconnu;

Elle vit dans son glaive

Une brèche.

Où s'adaptait Exactement un éclat, Trouvé

Jadis dans la tête

Du chevalier d'Érin,

Qu'on lui renvoya.

Un cri sortit

Alors de moi;

Et, l'épée au clair,

J'étais devant lui,

Pour venger sur lui, l'insolent,

La mort du sieur Morold.

Puis, de sa couche

Il a vu.

Non pas le fer,

Non pas ma main,

Il vit dans mes yeux.

Page 1