ACTE PREMIER
Qui ne partagerait un tel bonheur
Et qui ne vivrait comme époux auprès de lui?
ISOLDE (regardant fixement devant elle.)
Sans être aimée
Du noble héros,
Le voir si près de moi,
Comment souffrir ce supplice!
Brangaine
Quoi, malheureuse?
Sans amour?
[Elle se rapproche encore d'Isolde en la flattant et en la caressant.)
Où vivrait un homme
Qui ne t'aimerait pas?
Qui, voyant Isolde,
Ne serait heureux
En Isolde de s'anéantir?
D'ailleurs, ton élu,
Fût-il sans feu,
Un charme
Le tînt-il au loin,
Le méchant serait
Bientôt enchaîné par moi;
Car il céderait à l'amour.
(Avec une familiarité mystérieuse, tout près d'Isolde.)
De ta mère Ignores-tu les arts?
Crois-tu que celle Qui pesait tout.
Sans conseil m'aurait envoyée Avec toi si loin?
ISOLDE (.sombre.)
Je me souviens
De son conseil;
Qu'ils soient bienvenus
Pour moi ses arts :
Vengeons la trahison,
Paix au cœur dans la détresse!
Apporte ce coffret.
Braxgaine Il contient ton salut.
(Elle prend un petit coffret en or, l'ouvre et en montre le contenu.)
Ta mère les classa,
Tous ces puissants breuvages.
Voici le baume
Pour les douleurs;
Pour les poisons
Le contrepoison;
Le plus merveilleux breuvage
Le voici.
IsOLDE
Erreur, je le connais mieux;
Car j'y taillai
Un signe profond :
C'est lui qui me convient.
(Elle prend un flacon et le montre.)