‹ Tristan et IsoldeChapitre 3 sur 65 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Brangaine

^Elle laisse tomber la tenture et accourt avec empressement vers

Qu*entends-je? reine! toi!

Isolde

(Regardant effan-e devant elle.)

Dégénérés,

Indignes des aïeux!

Oh! ma mère,

Qu'as-tu fait du pouvoir

De régner sur flots et tempêtes?

Quel art déchu

De sorcière

Qui ne brasse plus que des baumes!

En moi réveille-toi;

Force hardie;

Sors de mon être

Où tu dormais!

Obéissez-moi,

Vents timorés!

Venez au combat.

Au choc dés éléments,

Au tourbillon déchaîné

Des tempêtes!

Tirez la mer

Hors de son sommeil.

Éveillez

Son avide fureur;

Montrez la proie

Qui se présente;

Brisez-le, ce navire insolent;

Dévorez tous ses débris!

Et ce qu'il contient,

Le souffle vivant,

Est votre salaire, ô vents!

Brangaine

(Dans un effroi extrême, s'empressant autour d'Isolde.)

Douleur! oh !

Malheur, que j'ai pressenti !

Isolde ! Reine!

Cœur chéri!

Qu'as-tu caché si longtemps?

Aucune larme versée

Pour père et mère;

Point de salut

Pour ceux que tu quittais;

Si froide et muette

Au départ,

Pâle, en silence

Sur le bord,

Sans manger,

Sans dormir,

Misérable,

L'air hagard;

Qu'ai-je

Pu souffrir alors

De n'être plus rien pour toi,

Comme une étrangère?

Oh! Dis-moi

Tes chagrins !

Dis, explique

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