ACTE II 8l
Fort contre la cour et tous,
Fort même contre toi,
II refusa,
Par ruse et bonté,
Tan% Tristan, que tu n'aies dit
Que tu quitterais
Pays et cour,
Si je ne t'envoyais
Chercher Isolde
Pour ton roi :
Alors je l'ai permis.
Cette sublime femme,
Que tu conquis pour moi.
Qui pût la voir,
La connaître,
Par orgueil
La nommer sienne
Sans vanter son bonheur?
Celle dont
Je n'osais approcher,
A laquelle
J'ai renoncé,
Qui, si belle.
Si sublime,
Devait soulager
Mon âme,
Malgré les dangers,
La royale fiancée.
Tu me l'offris.
En me l'offrant.
Tu rendis mon cœur
82 TRISTAN ET I50LDE
Plus accessible à la douleur,
Et tu touchas
Sa fibre la plus sensible;
Je ne pouvais espérer
Guérir un jour;
Infortuné,
Alors pourquoi
Pour moi cette blessure
Par le poison
Cruel de l'arme
Qui tue
Mes sens et mon cerveau ?
Étouffe en moi
La fidélité.
Rend soupçonneux
Mon cœur confiant.
Et fait que seul,
Dans la sombre nuit,
A ce te heure j'épie l'ami.
Subissant la chute de mon honneur.
Pourquoi pour moi cet enfer
Qu'aucun ciel ne rachète?
Pourquoi cet affront
Qu'on ne peut expier?
Et ce profond.
Mystérieux,
Insondable fond,
Qui nous le montrera?
Tristan (Jevam les yrax vers Ifarke avec compassion.)
O roi.
Je ne puis te le dire;