‹ Tristan et IsoldeChapitre 50 sur 65 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

KoURVENAL (secouant tristement la tête.")

S'il s'éveillait,

Ce serait

Pour mourir à tout jamais,

A moins que

N'apparaisse ici

Celle qui peut nous soulager.

N'as-tu rien vu?

Sur mer nul vaisseau?

Le PATRE

Non; alors j'aurais joué

Cet autre air,

Le plus joyeux que je connaisse;

Dis franchement, -

Mon ami :

Qu'a donc notre seigneur?

KOUR VENAL

Oh! silence ;

Tu ne peux pas l'apprendre.

Guetle là;

Vois-tu le vaisseau?

Alors joue un air joyeux.

Le PATRE (Il se tourne et observe attentivement la mer, en portant la main au-dessus de ses yeux.)

Rien encore sur mer!

(Il porte le chalumeau à ses lèvres et disparait en jouant ; pendant qu'il s'éloigne, on entend encore longtemps le refrain.)

Tristan

(après un long silence, immobile, sourdement.)

Cet air d'antans M*a réveillé.

(Il ouvre les yeux et tourne un peu la tète.')

Où suis-je?

KOURVENAL

(effrayé, se lève brusquement, épie et observe.)

Ah! Cette voix!

C'est sa voix!

Tristan ! maître !

Héros, mon Tristan !

Tristan (élevant difficilement la voix.)

Qui m'appelle?

KoURVENAL

Oh! Enfin!

La vie! oh ! la vie!

Douce vie,

Rendue à mon Tristan.

Tristan

(faible, se relevant un peu sur sa couche.')

Kourvenal, toi?

Où suis-je?

Où suis-je?

KoURVENAL

En quel lieu?

En paix, libre et protégé!

Page 1