ACTE m
Poussée au large,
Isolde vogue au vent!
Voilà, voilà
Bientôt son esquif.
Il pend, il pend
Au mât, le pavillon !
L'esquif! L'esquif!
Il rase l'écueil!
N'est-ce pas lui?
Kourvenal, ne le vois-tu pas?
(Koun-enal, pour ne pas quittirr Tristan, hésite ; Tristan le suit du regard silencieusement et attentivement; on entend pendant ce temps, comme au début, d'abord de prés, puis de loin, la mélodie plaintive du pâtre )
Kourvenal (abattuO Je ne vois encore rien.
(Tristan a écouté avec une exaltation qui s'apaise et reprend alors avec une mélancolie croissante.)
Tristan
Dois-je comprendre ainsi
Tous ces accords de ta plainte,
Toi, sombre mélodie?
Elle arriva
Jusqu'à moi,
Quand jadis l'enfant
Apprit la mort de son père :
Et plus sombre encore,
Au jour naissant.
Quand le fils connut
Le sort de sa mère;
Quand il m'engendra, puis mourut,
Quand elle m'enfanta, puis mourut
La mélodie
Porta vers eux
Ses sons plaintifs
Et languissants.
Elle voulut
Et veut savoir
Pour quelle destinée
Jadis je vins en ce monde?
Pour quel sort?
La mélodie parle encore ;
Désirer et mourir!
Non! oh non!
Ce n'est pas ainsi :
Désir! Désir!
Dans la mort désirer,
Sans mourir de désir!
Et sans mourir,
C'est en désirant
Qu'elle prie ainsi
Pour le repos dans la mort!
Muet et mourant j'étais couché,
Et le venin près de mon cœur!
La mélodie
Chanta le désir,
Le vent gonfla la voile
Vers la fille d'Irlande.
La plaie
Qu'elle avait fermée,
Par l'épée
Elle la rouvrit;