‹ Tristan et IsoldeChapitre 55 sur 65 · ACTE m · texte numérisé non relu

ACTE m

Poussée au large,

Isolde vogue au vent!

Voilà, voilà

Bientôt son esquif.

Il pend, il pend

Au mât, le pavillon !

L'esquif! L'esquif!

Il rase l'écueil!

N'est-ce pas lui?

Kourvenal, ne le vois-tu pas?

(Koun-enal, pour ne pas quittirr Tristan, hésite ; Tristan le suit du regard silencieusement et attentivement; on entend pendant ce temps, comme au début, d'abord de prés, puis de loin, la mélodie plaintive du pâtre )

Kourvenal (abattuO Je ne vois encore rien.

(Tristan a écouté avec une exaltation qui s'apaise et reprend alors avec une mélancolie croissante.)

Tristan

Dois-je comprendre ainsi

Tous ces accords de ta plainte,

Toi, sombre mélodie?

Elle arriva

Jusqu'à moi,

Quand jadis l'enfant

Apprit la mort de son père :

Et plus sombre encore,

Au jour naissant.

Quand le fils connut

Le sort de sa mère;

Quand il m'engendra, puis mourut,

Quand elle m'enfanta, puis mourut

La mélodie

Porta vers eux

Ses sons plaintifs

Et languissants.

Elle voulut

Et veut savoir

Pour quelle destinée

Jadis je vins en ce monde?

Pour quel sort?

La mélodie parle encore ;

Désirer et mourir!

Non! oh non!

Ce n'est pas ainsi :

Désir! Désir!

Dans la mort désirer,

Sans mourir de désir!

Et sans mourir,

C'est en désirant

Qu'elle prie ainsi

Pour le repos dans la mort!

Muet et mourant j'étais couché,

Et le venin près de mon cœur!

La mélodie

Chanta le désir,

Le vent gonfla la voile

Vers la fille d'Irlande.

La plaie

Qu'elle avait fermée,

Par l'épée

Elle la rouvrit;

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