‹ Tristan et YseultChapitre 12 sur 36 · LA LEGENDE · texte numérisé non relu

LA LEGENDE

qui le conduit à demander en mariage sa propre fiancée pour Gunther. On trouve déjà^ dans la plus ancienne tradition de la Saga de Tristan, cette dualité de la personne aimée et, comme conséquence, la violation de lafoi jurée par l'amant resté, pourtant, fidèle. Tristan aime la « blonde» Iseult, mais il épouse Iseult «aux blanches mains» et périt, comme Siegfiried, dans une rencontre à la suite de querelles entre les parents de la seconde Iseult. Ce dualisme se présente, assurément, sous une forme à la fois plus simple, plus digne et plus tragique, dans la demande en mariage d'Iseult en faveur de Marke ; mais, c'est justement cette double personnalité qui démontre l'origine mythique de toute la légende. Dans Tristan, comme dans Siegfried, on se trouve en présence d'une transformation héroïque et chevaleresque d'un simple mythe de la nature. L'amour du héros est une image allégorique des relations naturelles de la Terre et du Soleil. On en trouve l'expression la plus simple dans un chant de VEdda, le Skirnirfôrdar. Skirnir, l'impétueux souffle du Printemps, courtise en faveur de son maître, Freyr, le Dieu du ciel d'été, la Terre hivernale, revêtue de glace, Gerda, «aux bras blancs». Gerda et Skirnir- Freyr apparaissent comme de violents adver-

saires; ardente est la lutte, et le parent de Gerda, le géant Hiver, Beli, tombe sous les coups de Skirnir. Gerda offre à celui-ci un breuvage magique; un charme calme aussi la haine de Gerda, et l'épée de Fre^^r reste entre ses mains; ils célèbrent^ alors, leur fête d'amour dans le «bois sacré», mais cet amour cause la mort du Dieu qui, privé de ses armes, succombe dans le combat de la Gôtterddmmerung . Le dualisme se rapporte ici, sans aucun doute, au héros et non à l'héroïne; mais, partout où il s'applique à cette dernière, comme dans la Saga de Siegfried, avec Brunehilde et Gutrune, et dans l'histoire des deux Iseult, on est conduit, étant une fois donnée l'interprétation mythique de la Saga, à voir dans la double personnalité de la femme, le symbole de la Terre aimée dans sa double signification de Terre de Printemps et de Terre d'Automne. Ainsi, Gerda reste une fille glacée de l'hiverj comme Iseult avant le breuvage, jusqu''à ce qu'elle soit délivrée par le charme magique dont le sens mythique se rapporte aux bienfaisantes pluies d'orage. Le Dieu de la lumière, avec l'ardeur d'un amant impétueux, délivre, au Printemps, la Terre des liens de l'hiver; mais quand, après avoir atteint l'apogée de la puissance et de la félicité, il

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