Motif de la souffrance. {Leidensmotiv
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etc.
Thème de „Tristan blessé" 2. {Thema des „siechat THsian'^.) Acte i. Se. 3.
^ Sehnsucht n'a pas d'équivalent en français; nous avons dû le traduire par le mot de désir.
Ce serait, d'ailleurs, suivant nous, une erreur de vouloir attribuer à chacun des Leitmotiue un sens trop précis. Les dénominations qui leur sont données ne font que rappeler les idées et les circonstances du drame auxquelles ils paraissent plus particulièrement associés; ce sont de simples désignations qui servent à reconnaître ces motifs et à lessuivre plus aisément dans leurs diverses applications et dans leurs développements successifs.
Un des motifs les mieux caractérisés, par exemple celui qui se rapporte, au début du i^"" acte, au spectacle de la mer et à la traversée sur le navire, est appelé fort à propos le motif de la mer{q); mais, on ne saurait y chercher aucune intention quelconque de musique descriptive ou imitative. C'est d'ailleurs, un des mérites de la musique de Wagner de s'attacher à exprimer les impressions purement subjectives qu'inspirent les événements du drame^ plutôt qu'à en dépeindre les manifestations extérieures. (Note du traducteur.)
2 Ceci rappelle une chanson du roman français en prose, Tristan le chevalier de la table ronde, appelée le Lai du pleur, que Tristan aurait chantée lorsqu'il se rendit blessé, dans une barque, de Cornouailles en Irlande.
Après que ces deux motifs ', étroitement unis, et plusieurs fois répétés, comme des soupirs qui s'exhaleraient des sombres profondeurs de la nature humaine, se sont éteints en pianissimo, apparaît, avec le premier fortissimo, une autre combinaison de deux motifs qui sont, l'un et l'autre, des développements du motif principal ci-dessus (2). Le premier de ces nouveaux motifs, d'un caractère héroïque (3) pourrait bien indiquer l'apparition de Tristan aux yeux d'Iseult ; le second (4), se rapporte évidemment
^ Le thème fondamental ne se compose pas seulement de ces deux motifs chromatiques; il convient d'en dégager, aussi, la grande phrase sur laquelle s'appuient ces deux motifs et qui se résoud, avec eux, en un accord dont l'harmonie douloureuse et pénétrante leur reste ensuite constamment attachée. Cette "phrase, qui est celle d'Iseult quand elle reprend la coupe à Tristan : « Ich trink sie dir — Je la bois à toi.'n, pourrait s'appeler le motif de l'aveu.
Notons aussi, parmi les transformations que subissent les deux motifs chromatiques, certaines modifications de rythme qui leur donnent un caractère spécial; par exemple, le changement de rythme du motif du désir qui s'attache aux efforts d'apaisement de Brangaine, dans la i"^® scène: nlsolde! Herrin! Theures Herj! — Iseult! maîtresse! cher cœur !» ; et, plus loin, au commencement de la 3* scène.
(Note du traducteur.)
au regard qu'il leva sur elle*. Da motif de l'apparition de Tristan est dérivé plus tard, dans le drame, le motif héroïque proprement dit de Tristan; les notes fondamentales du second motif exprimant le premier regard, cause fatale de l'amour et de la mort, s'entendent fréquemment, dans la seconde partie du i^'' acte, grondant sourdement à la basse, comme un avertissement du prochain Destin de mort, auquel Tristan, décidé à mourir, est prêt à se soumettre.
Motif de Tristan.
{Tristanmotiv.)
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Motif du regard ^.
{Blickmotiv.)
* La même combinaison de motifs se présente dans la 2° scène, quand Iseult, pour la première fois, désigne Tristan : (.^ Le Héros (3) dont le regard évite le mien (4) — dort den Helden, der seinen Blick dem meinen birgt. »
2 L'observation faite plus haut sur la dénomination des motifs peut s'appliquer, ici, à cette appellation, peut-être un peu sommaire, de motif du regard. Ce motif exprimerait plutôt, d'après les paroles qui s'y rapportent, les sentiments tumultueux et complexes qui agitent Iseult, l'orgueil blessé, la fierté vaincue, la
M — bsi —
Motif du destin.
Motif du héros. {Heldenmoiiv.) {Schkksalsmoiiv.) Acte I. Se. 5. Acte i. Se. 4^
mm.
rancune de l'outrage, la jalousie de la possession et la passion ardente. On le voit apparaître, dès le début du i^'' acte, avec le motif de la colère, aux premières paroles d'Iseult: aWer wagt mich ^u hôhnen — qui ose me narguer?'» et, plus loin, dans les questions émues de Brangaine: « Von der Heimath scheidend kalt und stumm — en partant du pays natal froide et muetten; puis, sur un fortissimo de l'orchestre, quand Iseult arrache la coupe à Tristan : Mein die Hâlfte, Verrâther — A moi la moitié, traître In; et, aussi, dans le duo passionné : « Wie aile Sinne — comme tous les sens, etc.n
Notons même qu'au passage spécial du regard : uEr sali mir in die Augen — il me regarda dans les yeux n, le motif subit une modification de mouvement et d'intonation. (Note du traducteur.)
1 Ce motif semblerait être mieux dénommé: motif du breuvage de mort. II apparaît, en effet, à l'acte i*'' scène 3, aux paroles d'Iseult: a Dm irrst, ich kenn ihn besser — tu te trompes, je le connais mieux» et plus loin, toujours avec la même signification, et aussi au 3® acte: aden Gifttrank gab sie mir :{u trinken — elle me donna à boire le breuvage empoisonné».
Ce motif succède immédiatement à un autre motif
Sur cette seconde combinaison de motifs, s'élabore immédiatement un développement plus étendu du motif principal (motif du désir) dont la fin, doucement rêveuse, trouve encore bien des fois, dans le drame, une application mélodique (5). Bientôt après, se dérive, des premiers motifs, une nouvelle série de transformations (5) empreintes d'élans passionnés et de vaines langueurs d'où se formera ensuite, dans le troisième acte, le thème si infiniment douloureux de la «privation d'amour», du Héros expirant dans la solitude. jl .' ^ ' i : ^z^ Jljjj^ i/jiAj
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qui mériterait bien, aussi, d'être indiqué: «Den hehrsten Trank, ich haW ihn hier — le breuvage merveilleux, je le tiens ici'^; on pourrait l'appeler, par opposition, le motif du breuvage d'atnour. On le retrouve dans le duo de la fin du i^' acte « Welten entronnen du mir gewonnen — Affranchi du monde, je Vai conquisen-, et, au 3® acte, pendant la vision de Tristan, « Wie sie hold mir Sfihne irinkt — comme elle boit avec joie à notre unionn.
Il convient aussi de signaler l'important motif du philtre, qui précède, accompagnant les paroles de Brangaine: f.i Er birgt was Heil dir frommt — // contient le secours qu'il te faut n.
Ces trois motifs succesifs, du philtre, du breuvage d'amour et du breuvage de mort, caractérisent, avec le motif de la mort et celui dénommé ci-après le motif de la délivrance, tout le dialogue entre Iseult et Brangaine qui termine la 3» scène du i«r acte.
(Note du traducteur.)
Thème de la privation d^amour, [Thema der Liebesentbehrung.) Acte 3. Se. I.
Prenant, alors, de plus en plus d'énergie, le Prélude arrive à une saisissante inversion du troisième motif (7), qui accompagne, à la fin du I" acte, le réveil des amants à la conscience de la réalité de leur amour : « Qu'ai-je rêvé^ de l'honneur de Tristan? — Qu'ai-je rêvé, de la honte d'Iseult? — Was tràiimte mir von Tristan's Elire? — Was trâumte mir von Isolde's Schmach ?» On est ainsi conduit à un second fortissimo après lequel les deux développements (6 et 5), se poursuivant de nouveau dans une rapide gradation, amènent le troisième fortissimo.
La haute tension de ce passage s'épanche alors, avec un forte soutenu, dans une très large transformation harmonique, tout à fait nouvelle du thème fondamental, en quelque sorte une in- r^ version de l'inversion (7), à savoir: la fougueuse introduction en gammes de triples croches du motif du défi à la mort (8) *, où l'unisson des notes rappelle la communauté de la résolution.
* D'après des indications récentes, Hans de Wolzogen aurait remplacé Todestrotj par Bereiischaft ; et, en effet, les amants ne défient pas la mort, ils y sont décidés et préparés. Nous avons cependant conservé le mot de Défi, faute d'un terme correspondant à celui de Bereiischaft.
Ces dénominations ne paraissent, d'ailleurs, s'accorder bien exactement, ni l'une ni l'autre avec les paroles que le motif accompagne: au i*'' acte, dans la scène 3, lorsque Brangaine montre le coffret à Iseult: v^Soreihte sie die Muiter — ainsi ta mère les a disposés n et, à la fin de la 5« scène dans le grand duo: aSehnender Minne schwsllendes Bliimen — floraisons épanouies des désirs d'amour n\ dans le 3^ acte, au commencement de la 2* scène quand Tristan s'écrie: uLust ohne Massen,freudiges Rasen ! — Joie sans mesure, transports d'allégresse /»
Ce motif pourrait donc être appelé, peut-être plus justement, le motif de la délivrance.
(Note du traducteur.)
On retrouve ce motif dans le drame, par exemple : lorsque Iseult choisit, parmi les philtres, le breuvage de mort (Acte i'^'^ se. 4); quand les amants sont dans l'ivresse de leur union^ à la fin du i<^''acte et, de nouveau, enfin, lorsque Tristan, expirant, se relève avec emportement pour acclamer la mort. Une transformation spéciale du même thème apparaît au 2^ acte sous la forme de la mélodie doucement et tendrement berçante du Repos d'amour: «Ecoute, bien-aimé! Laisse-moi mourir! — Lansch, Geliebter ! Lass mich sterbenh-)
Motif du défi à la mort. {Motiv des Todestrotzes.)
Mélodie du repos d'amour. {Mélodie der Liebesrtihe.) Acte 2. Se. 2.
Dans ce thème qui s'exalte toujours davantage, s'enlacent les deux premiers motifs (i, 2) et ceux-ci, unis au motif du regard (4) sont ensuite développés ensemble avec une intensité
3o 1 TRISTAN ET ISEULT ^^"^
et une impétuosité croissantes, pendant que le motif du désir revêt une nouvelle forme qu'animent des traits rapides en doubles croches. Ce paroxysme de passion se brise finalement dans un 4^ fortissimo suivi d'une descente précipitée en triples croches; alors commence un molto diminuendo où s'entendent encore les tendres échos des premiers motifs (2 et 4, i et 2, i et 7, 4 et 5) et le prélude expire sur une répétition des motifs (i et 2) dans un dernier pianissimo.
Le !'''■ acte de Tristan et Iseult se compose de cinq scènes :
1° L'introduction; 2"^ La mission de Brangaine; 3° Iseult et Brangaine; 4° La mission de Kourvenal; 5'^ Tristan et Iseult.
La 1'''^ scène expose la situation : La traversée d'Irlande en Cornouailles, à laquelle se rapportent la chanson du début du jeune matelot qui se plaint au vent, soufflant vers le pays natal, de le séparer de la « farouche fille d'Irlande — von wilder irischer Maidu; les explications de
Brangaine sur le but du voyage ; et, ensuite, les violentes imprécations d'iseult invoquant les flots et la tempête pour briser ce « navire arrogant — das trotzige Sc/iiff)) avant qu'il atteigne son but. A toute cette scène est, en conséquence, spécialement attaché un motif principal que l'on peut appeler le motif de la mer et qui apparaît sous trois formes différentes correspondant aux situations ci-dessus indiquées,