‹ Tristan et YseultChapitre 26 sur 36 · Motif du jour. {Tagesmotiv · texte numérisé non relu

Motif du jour. {Tagesmotiv

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Nuit.

Tout d'abord, on aperçoit seulement l'évidente ressemblance de ce motif avec le brillant et joyeux « salut à Tristan » assombri toutefois par son mode mineur. Ce même motif, se retrouve plus loin, dans la scène d'amour (Tristan) « alors, je vantai hautement en face de l'armée entière, la plus belle reine de la terre ! — Da rilhmt icii hell vor allem Heer, der Erde schônste Konigin!i> mais sous une forme plus abrégée, semblant porter un défi aux apparences trompeuses et à la vanité des gloires de ce monde où Tristan, le héros, par une fausse idée de l'honneur, n'osa point rechercher Iseult pour lui-même. Ce même monde équivaut, pour les amants, dans leur nuit d'amour, au jour ennemi qui les sépare; jour, qui paraît s'éteindre au commencement de l'introduction, et qui pourtant persiste tant que pour eux rayonne le soleil de la vie. Tandis que la première partie de la scène d'amour est entièrement remplie par cette pensée du jour ennemi et du désir de la nuit éternelle que célèbrent les chants de la deuxième partie, on voit ce même motif du jour se transformer, ensuite, en un motif de nuit délicieusement bercé et pourtant plein de tristesse et de langueur ; le jour a été changé en nuit et cependant, même dans la nuit, la malédiction du jour reste menaçante et

vivante pour anéantir les et voués à la nuit * — Nachtgeweihten ».

Ainsi est exprimée, dans cette figure de quatre notes, la secrète pensée fondamentale de cette scène, la profondeur de l'énigme de l'éternelle dualité, le jour et la nuit, le monde et l'amour, la douleur et la délivrance, tout cela dans ce seul soupir du désir d'amour qui, comme un cri, ouvre l'introduction. Tout de suite, après que cette idée fondamentale est abruptement lancée, arrivent les motifs d'une expression parlante, qui forment le fond de tout ce second acte; d'abord le thème de l'impatience qui est accompagné de voltigeantes syncopes trahissant l'inquiétude et qui semble indiquer en même temps les pas approchants du bien aimé; et, ensuite, une série de motifs s'enchaînant les uns aux autres, peut-être inconsciemment inspirés par la figure descendante du motif de la souffrance. Ces motifs sont : i° L'entraînant appel d'amour

1 Comparez ici le passage merveilleux dans la scène d'amour où se glisse ce motif de la Nuit si doucement rêveur (Tristan): «Ce qui là-bas dans la chaste nuit veille solitairement enfermé — Was dort in keuscher Nacht einsam verschlossen wachtn avecle motif chevaleresque, ci-dessus mentionné, qui rappelle le côté brillant du monde et l'éclat du jour.

dont on entend murmurer les enivrantes promesses de bonheur dans les ombres du crépuscule et qui est lié plus tard au signal de l'extinction de la torche; et 2°, se dégageant du motif précédent, le thème de la félicité qui exulte et s'abandonne dans la fierté d'un cœur triomphant. Si à ces deux motifs on ajoute une troisième forme qui, plus tard, au point culminant de la première scène, dans le chant d'amour d'Iseult : « Qu'à sa volonté elle le conduise ou le termine — Wie sie es weride, wie sie es ende » apparaît comme le thème d'amour proprement dit de cet acte, on aura indiqué tous les motifs principaux des deux premières scènes '.

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