Motif de Karéol. {Kareohnotiv
La troisième partie de la scène amène le premier chant de Tristan ayant quelque étendue*. Le motif du désir, sous ses deux formes, est le thème prédominant ayant pour base le désir de passer d'une trompeuse nuit de mort à la vie dans la vérité d'une nuit d'amour éternellement libératrice.
«J'étais, où j'ai toujours été — Ich war, wo ich von je geweserî», ces paroles commencent sur la répétition de la dernière « question à Iseult » et au passage « divin, éternel oubli — gôttlich ew'ges Urvergessen'i et émergent de l'obscurité des harmonies nocturnes pour prendre, dans un pur ré majeur, un éclat merveilleux. Le motif de mort apparaît dans sa nouvelle forme « ce qui seul m'est resté, un ardent et fervent amour, me chasse du doux crépuscule de la mort pour
1 C'est surtout à partir de cette scène où Tristan, en proie aux hallucinations de la fièvre, s'exalte au souvenir des événements passés et plus loin aussi, quand, resté seul, il arrive, après les plus douloureux déchirements, au paroxysme de son attente, qu'apparaît l'art admirable avec lequel les divers motifs du drame reviennent, se heurtent et s'amalgament, fondus dans une sorte de mêlée furieuse et passionnée, traduisant ainsi, avec une énergie saisissante, le conflit de douleurs et de joies qui éclate dans l'âme de Tristan et qui torture sa cruelle agonie. (Note du traducteur."»
contempler la lumière — IVas einzig mir geblieben, ein heiss inbrilnstig Lieben, aus Todes IVonnegraiicn jagt' s micli das Licht zu schauen^^ aussi bien que dans sa figure primitive « avec fracas, j'ai déjà entendu se fermer derrière moi la porte de la mort — Krachend hôrt' ich hinter mir schon des Todes Thor sich schliessen » et comme les motifs du jour et du regard, s'entrelacent de nouveau le doux motif du sommeil «la chercher, la voir — sie ztt siichen, sie zu sehen » et le thème tendrement murmuré du soupir d'amour du second acte : « Ah ! Iseult, quand éteindras -tu enfin la lumière — Ach, Isolde, wann endlich lôschest du die ZiiudeD pour se fondre dans les ténèbres tragiques de ce chant d'amour passionnément exalté.
Dans la quatrième partie de la scène, le récit plein d'entrain de Kourvenal, de cet homme rude, annonçant, avec une délicatesse si affectueuse, la nouvelle de ce qui, pendant ce temps, s'est passé, son appel à Iseult, se joint au deuxième long chant de Tristan qui, du comble de la joie, retombe de nouveau dans l'abîme du désespoir, et, au point culminant de toute cette scène, évoque la malédiction terrifiante de l'amour s'élançant jusqu'au ciel et anéantissant
l'univers. Le chant de Kourvenal, sur « la guérisseuse — Arztm)) qu'il vient d'appeler, est accompagné du thème de Tristan blessé qui se transforme, au second acte, dans le thème d'amour. Alors l'exaltation passionnée de Tristan, cherchant à s'exprimer, se traduit par une impétueuse métamorphose du motif du désir qui devient, comme motif principal, de cette partie, le thème de la jubilation.
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D'autre part, pendant toute la deuxième et plus grande partie de ce chant, se fait entendre la plaintive mélodie du pâtre dont la triste signification : « Aucun navire ne s'aperçoit encore — Noch ist kein Schiff zu seh'n » replonge Tristan dans une profonde et rêveuse mélancolie.
Cette mélodie qui se poursuit et se développe d'une manière si remarquablement musicale
jusqu'à l'expression sauvage d'un écrasant désespoir, devient pour Tristan lui-même la mystérieuse révélation de ses plus intimes souffrances, de la douleur originaire de son existence, de la malédiction du désir d'amour : « Jusque dans la mort, désirer et, de désir, ne pouvoir mourir Im Sterben inich zu sehnen, vor Sehnsticht nicht zu sterben » (motif du désir). Le motif de Tristan blessé et le thème du destin, en se réunissant, atteignent alors leur entière signification tragique «mais cette épée, elle la laissa retomber et me donna le breuvage empoisonné — Das Schwert dann aber Hess sie sinken, den Gifttrank gab sie mir zu trinken » ; le motif du jour se révèle pleinement dans son double sens : «La nuit me rejette au jour — Mich wirft die Nacht dem Tage zu)). Enfin, de la courte et plaintive forme fondamentale du motif de la souffrance « le breuvage qui m'a livré aux tourments — Der Irank, der der Quai mich vertraiity> se dégage un thème entièrement nouveau qui se précipite, entrecoupé, terrible, mortel et impétueux dans ce cri prolongé du paroxysme de la passion exaspérée : « Moimême, c'est moi, qui l'ai brassé — Ich selbst, ich, habe ihn gebraut^ où l'idée métaphysique de l'essentielle culpabilité de l'existence s'est
8o TRISTAN ET ISEULT
concentrée d'une manière si poignante dans une figure musicale dramatique.