VIII INTRODUCTION
« Lesquelz ont faict et accordé volontairement entre eulx les articles qui ensuivent soubz lesquelz ils s'unissent et se lient ensemble pour l'exercice de la comédie, affin de conservation de leur trouppe sous le tiltre de l'Illustre Théâtre...
« Item que les pièces nouvelles de théâtre qui viendront à la trouppe seront disposées sans contredit par les auteurs, sans qu'aucun puisse se plaindre du rolle qui luy sera donné ; que les pièces qui seront imprimées, si l'autheur n'en dispose, seront disposées par la trouppe mesmes à la pluralité des voix, sy l'on ne s'arreste à l'accord qui en est pour ce faict entre lesd. Clérin, Poquelin et Joseph Béjart, qui doivent choisir alternatifvement les héros, sans préjudice de la prérogative que tous les susd. accordent à lad. Magdelame Béjart de choisir le rolle qui luy plaira ...»
Des dix associés, il semble qu'il n'y ait guère que Madeleine Béjart qui eût déjà paru sur les planches et de qui les preuves de talent fussent faites. On a quelques raisons de supposer qu'en 1636 elle tenait des emplois d'utilité au Marais, vers le moment même où l'on y représentait La Mariane. Depuis, elle avait joué en province. Cela suffisait à lui créer un prestige et lui donner le pas sur ses camarades. C'était, en 1643, une femme de vingt-cinq ans, une beUe rousse (détail que nous apporte un libelle du temps), hardie et séduisante. Et visiblement elle est ici l'organisatrice. Son frère, Joseph Béjart, était de deux ans plus âgé, et sa sœur Geneviève, de près de six ans plus jeune qu'elle. Catherine de Surlis, ou des Urlis, fille d'un commis greffier, était mineure comme Geneviève Béjart. De Madeleine Malingre on ne sait que dire.
Le doyen de la bande était Georges Pinel, qui pouvait avoir amplement dépassé la trentaine, et qui exerçait la profession de maître-écrivain. Denis Beys avait pour parent un poète, Charles Beys, et Germain Clérin pour sœur une comédienne du Marais. Nicolas Bonnenfant sortait d'une émde de procureur où il était clerc. Et Jean-Baptiste Poquelin, qui venait d'atteindre sa vingt et unième année, allait, quelques mois plus tard, prendre son nom de Molière. — Il était, avec Madeleine Béjart, l'âme de l'entreprise.