SCENE III
Nerox, Sevinvs, Rvfvs, Tigillin.
Néron tenant vn papier.
Vn siège promptement; que Seuinus approche. t28o le sçay que ta vertu se trouue sans reproche, Et que sans donner place à ma seuerité, Tu vas ingénument dire la vérité.
Mais pour ne me laisser aucun mauuais indice, De peur que ta mémoire en ce lieu te trahisse, Et que tu faces voir de la mauuaise foy Aux dépositions que voicy contre toy ; Consulte-la de grâce auant que me respondre, Di la chose en son ordre, & ne vas rien confondre. Quels furent tes propos parlant à Natalis Hier dans le champ de Mars? A ces mots tu pâlis ?
Sevinvs.
C'est de douleur que i'ay de voir mon innocence Par de mauuais raports suspecte à ta puissance.
Nerox.
Mais dequoy parliez-vous si long-temps en secret ?
Sevinvs.
D'vn desordre qu'à Rome on void auec regret :
1279-1290. L'on enuoya donc quérir Natalis & les interrogea-t-oa tous deux séparément quels auoient esté leurs discours & sur quel sujet, & comme ils ne s'accordoient pas en leurs responces, cela commença à donner du soupçon. Ann., XV, 56.
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1295 D'vn droit licentieux, que la loy doit restraindre, Et dont les gens d'honneur ont sujet de se plaindre De ce que l'affranchy veut contre la raison Auec le Cheualier faire comparaison, Et sans se souuenir comment on l'a veu naistre,
1300 A l'audace par fois de coudoyer son Maistre.
Néron.
Cela n'a nul rapport. Que dites vous après.
Sevixvs.
Il fut aussi parlé de la rigueur des prêts : Et comme l'Vsurier qui gagne sans mesure, Les plus grandes Maisons consume par vsure.
Néron ' 1305 En suitte.
Sevixvs.
Il fut parlé du long retardement Du bled qui vient d'Egypte.
1294-1500. Les vns murmuroient, disans: Que V insolence des affranchis les auoient emporte':^ iusques à tel point, depuis qu'ils se voyaient affermis dans la possession de leur liberté, que desia ils allaient du pair auec leurs patrons, qu'ils réfutaient leurs opinions, & mesmes osaient bien se mettre en posture de mettre la main sur eux ou du moins de les choquer lors qu'ils poursuiuoient le chas liment de leur ingratitude. Ann., XIII, 26.
1305-1306. Néron... pour montrer qu'il ne craignoit pas d'auoir faute de viures, fit ietter dans le Tybre le grain qui s'estoit gasté dans les magazins publics pour auoir esté trop gardé, nonobstant que la violence de la tempeste eust fait périr dans le port mesme deux cents batteaux qui en estoient chargez, & que le feu qui s'y mit fortuitement en eust détruit cent autres que l'on faisoit amener par le Tybre. Ann., XV, 18.
Nous aymons mieux cultiuer l'Afrique & l'Egypte, & pour cet effet, nous exposons tous les iours la vie du peuple Romain à la mercy des nauires & des hazards de la mer. Ann., XII, 43.
O long déguisement !
Sont-ce tous les propos que vous eûtes ensemble.
Sevinvs.
C'est tout ce qu'il fut dit; au moins comme il me semble.
Néron.
Et de Lateranus n'en fut-il point parlé ?
Sevinvs.
1310 O Natalis perfide ! as-tu tout reuelé !
Fut-il iamais parlé de lâcheté plus haute !
O que de gens de bien vont périr par ta faute !
Néron.
Mais toy, pour te placer au rang des gens de bien, Tu pouuois conspirer sans me demander rien. 1515 Par quel noir mouuement as-tu peu te conduire A rechercher ma grâce en me voulant destruire ? Traistre, que mes bien-fais ne pouuoient obliger, Et qui ne me flatois qu'afin de m'égorger ; Ah ! ie me souuiendray de tes solicitudes,
Sevinvs.
1320 César, ie suis confus de ces ingratitudes. Déjà le vif remords de ce lâche dessein Auant l'éuenement m'auoit percé le sein :
1310-1312. Natalis qui auoit plus de connoissance de toute la conjuration, & qui estoit plus capable de conuaincre les autres fut le premier qui confessa touchant Pison. Ann., XV, 56.
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Ma première fureur qui s'estoit alentie Me laissait en estât de rompre la partie.
1325 Puisqu'à la rompre ainsi tes sens se disposoient,
Tu peux bien me nommer ceux qui la composoient : C'est là pour ton pardon tout ce que ie désire. Qui sont-ils ?
Sevinvs.
Natalis te le pourroit mieux dire.
Néron.
Pour les sçauoir de toy faut-il te menacer?
Sevinvs.
1550 Ah! i'ayme mieux mourir que de les dénoncer.
Néron.
Rufus, fay-moy raison de ce morne silence.
RvFVS prenant Seuinus au colet.
Parle auant qu'on t'entraine auecque violence : Nomme les Conjurez.
15 32-1344. Fenius RufFus les pressoit violemment, lequel n'auoit pas encor esté nommé par les denunciateurs, «Se pour faire croire qu'il ne sçauoit rien de l'affaire, il se monstroit plus rude contre tous ses compagnons, Ann., XV, 58.
Au reste la conspiration militaire ne sceust pas plus long-temps tromper la connoissance du monde, tous les denunciateurs estans poussez auec ardeur à déceler Fenius Ruffus ; lequel ils ne pouuoient souffrir de -voir informer contre les autres luy qui estoit aussi coulpable qu'eux. Arriua donc que comme il pressoit violemment Sceuinus & auec menaces, il luy respondit en se sousriant que personne n'en sçauoit plus de nou-
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Sevinvs.
Ne presse point ma foy :
Si lu me fais parler, ie parleray de toy.
RVFVS.
X33) Nomme-les, nomme-les !
Sevinvs.
O l'impudence extrême!
due ne te resous-tu de les nommer toy mesme.
Néron.
Escoutons !
RvFVS.
Moy, meschant? ie suis homme de bien!
Sevinvs.
Ouy, toy ; denonce-les ; tu les cognois fort bien ; Nul n'est plus suffisant d'en dire des nouuelles.
Néron.
340 On a donc corrompu mes gens les plus fidelles!
RvFvs faisant signe à Seuinus.
Imposteur, garde-toy d'offencer la Vertu.
uelles que lu}-, & l'exhorta de ne pas se monstrer ingrat enuers vn^si bon Prince. Fenius ne sceut que luy respondre ny se taire, mais s'embarassant dans ses discours il fit voir clairement la peur qu'il auoit. Et comme tous les autres s'efforçoient à l'enuy de le conuaincre... vn soldat nommé Cassius qui assistoit là à cause qu'il estoit extrêmement fort de corps, luy met la main sur le colet par commandement de l'Empereur & le lie. Ann., XV, 66.
Seneqve. 7
Sevinvs.
Rufus, il n'est plus temps, pourquoy me pressois-tu?
Néron.
Tigillin, Tigillin, as-tu veu l'artifice ?
Qu'on se iette sur luy, gardes, qu'on le saisisse.
RVFVS.
134S César, escoute moy !
Néron.
le ne t'escoute plus, Tu feras désormais des signes superflus.
1341-1346. Comme Subrius Flaccus qui estoit là présent, luy faisoit signe... ^H«., XV, 58.
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