‹ TristanChapitre 47 sur 55 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Néron, Sabine, Sevinvs.

^ Néron.

Il faut que les Bourreaux te traictent comme vn traistre Qui deloyallement attente sur son Maistre.

Sabine.

D'où vient vn si grand bruit ?

Neron.

Ce braue Colonnel 1550 Qui faisoit l'empressé, se trouue criminel :

Nous l'auons découuert pour estre des complices.

O que sa trahison mérite de suplices !

Neron.

En cette occasion, ce perfide flateur Vouloit faire parler ce sage Sénateur, 1355 Et pour se couurir mieux, luy faisoit des demandes Auec vne insolence & des rigueurs trop grandes : Alors qu'importuné des propos de Rufus, Seuinus l'a fait taire & l'a rendu confus.

Sabine.

Il meriteroit bien que pour ces bons offices, 1360 Tu lui fisses pardon; s'il nommoit ses complices.

( ^ BIBLIOTHECA j

Néron.

Il marchande à parler.

Sabine.

O qu'il me fait pitié !

Comment n'obtiendras-tu ta grâce qu'à moitié ? Ah ! vomis ce secret qui cause leur ruine ; C'est vn poison mortel enclos en ta poitrine. 1565 N'irrites point César qui te veut pardonner : Si ton silence dure, on te fera gesner. Mais ne perds point de temps, c'est vn fait qui te touche Seuinus, ton salut est encore en ta bouche.

Sevinvs tout bas.

Puis que par les soldats ie seray visité, 1370 II faut bien que ie cède à la nécessité.

Sabine.

Croy-moy, déclare tout, afin qu'on te pardonne ; Parle auant qu'on te prenne, & que ie t'abandonne.

Sevinvs se i et tant aux pieds de Sabine.

Helas ! belle Princesse, employez-vous pour moy : le ne sçaurois parler, l'en ay donné ma foy ; 1575 Tout ce que ie puis faire en vn estât si triste. C'est de vous présenter seulement cette Liste.

1370-1580. Alors Sceuinus voyant la confession de Natalis, aucc la mesme lascheté, ou croyant que desia tout estoit descouuert & que sou silence ne seruiroit plus de rien, nomma tous les autres. Atm., XV, S6.

LA MORT DE SENEaVE

lOI

Sabine.

César, ly ce papier : & voy si i'ay raison Quand ie tiens pour suspects, & Seneque & Pison. Pour s'emparer du Trône & pourt'osterdu monde, k8o Pison est Chef de part, & Lucain le seconde. Voicy de mes soupçons vn manifeste auœu; Tu peux cognestre icy l'Oncle par le Neueu. Ce Vieillard si rusé t'abusoit par sa mine ; Mais ses deguisemens n'ont peu tromper Sabine. Qu'en dis-tu maintenant ?

Néron.

Quoy?tant de Cheualiers?

Des Consuls? des Tribuns, des Chefs, des Centeniers ? Les plus grands des romains se sont liguez ensemble Contre leur Empereur ? ah ! Sabine, ie tremble, Le cœur me bat au sein.

Sabine.

Il le faut r'asseurer, Et les mettre en estât de ne plus conjurer. Auant que de ce bruit quelqu'vn les auertisse, Donne ordre qu'on les cherche, & que l'on s'en saisisse.

Néron.

Nous ne trouuerons pas des Bourreaux suffisans Pour imposer des fers à tant de partisans.

1585-1589. Vne conjuration en laquelle s'estoient embarquez à l'enuy, ^jL des Sénateurs, des Cheualiers, des soldats, & mesme des femmes.. . par WÊ la hayne qu'ils auoient contre Néron. Ann., XV, 48.

102 LA MORT DE SENEaVE

Sabine.

IJ95 Nous ne manquerons point de gens pour leur suplice ; Douze mille Soldats en vont faire l'office.

Néron parlant à Tigiîlin.

Cours vers Lateranus qui deuoit lâchement Commencer l'attentat par vn embrassement ; Qui d'vne humble façon déguisant son audace 1400 Deuoit lors me forcer de tomber sur la place. Dy luy qu'il meure viste ; & que ie luy defFens D'embrasser à sa mort sa femme & ses enfans ; Asseure-toy du reste ; & d'vne adroite sorte, Pren-les ou vifs ou morts allant auec main forte.

Sabine.

1405 Et Seneque en ce lieu se doit-il oublier,

Luy qui sans se defFendre & sans s'humilier

1397- 1402. Néron adjousta à cette mort celle de Pîautius Lateranus designé Consul, qui fut si précipitée qu'il ne luy donna pas le loisir d'embrasser ses enfans, & ne luy laissa pas seulement ce peu de respit qu'il accordoit aux autres pour choisir le genre de sa mort. Ann., XV,

1405-1418. [Natalis] y adjousta Anneus Seneque, soit qu'il eut esté entremetteur de la négociation d'entre luy & Pison, soit qu'il pensast par ce moyen gagner les bonnes grâces de Néron, lequel voulant mal à Seneque cherchoit par toutes sortes d'artifices vn sujet de le perdre. Ann., XV, 56.

La mort d'Anneus Seneque suiuit bien-tost après, dont le Prince eut vne grande ioye. Ce n'est pas qu'il l'eust conuaincu d'auoir trempé dans la conjuration, mais il prenoit plaisir d'acheuer par le fer la violence dont il n'auoit sceu venir à bout par le poison. Car iusques là il n'y auoit que Natalis seul qui eust parlé de luy, & n'en auoit dit autre chose sinon que Seneque estant malade il auoit esté enuoyé de la part de Pison pour le visiter, & luy faire plainte de ce qu'il ne luy permettoit pas l'entrée de sa maison, & luy dire qu'il luy sembloit plus à propos d'entretenir leur amitié par vne conuersation familière & ordinaire : & que Seneque auoit respondu que les grands entretiens & les frequens abbouchemens n'estoient vtiles ny pour l'vn ny pour l'autre ; Qu'au

A dit à Natalis touchant cette menée Que le sort de Pison estoit sa destinée ? N'en dit-il pas assez pour t'apprendre aujourd'huy 1410 Qu'il est de la partie & conspire auec luy ?

Sa trame en mots couuerts est assez descouuerte ; Qui vit auec Pison, doit périr par sa perte. Seneque attendroit-il quelque meilleur succez, Faut-il plus que cela pour faire son procez?

Néron.

1415 Mais a-t'il dit ces mots? il faut qu'on luy demande.

Sabine.

Il est bien impudent s'il faut qu'il s'en defFende ; Sans doute Natalis ne l'a point inuenté.

Néron.

Il en faut sur le champ sçavoir la vérité.

Fin dv qvatrieme Acte.

reste sa santé despendoit de celle de Pison. L'on commanda à Granius Siluanus Tribun d'vne Cohorte Prétorienne de rapporter tout cela à Seneque & de sçauoir de luy s'il tomboit d'accord des discours que luy auoit tenus Natalis, & des responces qu'il luy auoit faites... Seneque luy fit responce qu'il estoit vray que Natalis auoit esté enuoyé vers luy, & qu'il luy auoit fait reproches au nom de Pison de ce qu'il ne luy permettoit pas de l'aller visiter, & qu'il s'estoit excusé sur son indisposition & sur le désir qu'il auoit de viure en repos. Qu'il n'auoit aucun sujet qui le peust obliger de préférer la santé d'vn particulier à la sienne propre... Ann., XV, 60-61.

ARGVMENT DV CINaVIEME ACTE.

I. Seneque pré -sent son heure dernière ; & s'y prépare en Philosophe.

II. Sa femme se plaint de sa trop grande franchise qui hiy fait auoûer qu'il est Amy de Pison, en vne rencontre dange-

5 reuse .

III. Siluanus luy vient porter le Commandement de mourir de la part de Néron,

IIII. Qui troublé d'auoir appris la Conjuration faite contre luy, craint que les Autheurs de cet attentat dessigné ne soient pas 10 encore tous descouuerts.

V. Seuinus qu'il a gagné par belles promesses promet vainement de porter Epicaris à les déclarer.

VI. Car cette fille courageuse à toute espreuue, après auoir suporté la gesne sans rien dire, à la honte des plus grands d'entre

15 les Romains, qui accusent iusques à leurs plus proches, garde le silence iusqu'au bout.

VII. Siluanus vient faire le raport de la mort de Seneque ; & Néron à ce récit sent les cuisantes pointes du remors qui suit les mauuaises actions.

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