INTRODUCTION XI
C'est une solution. Il n'est pas non plus invraisemblable que les associés aient fait appel à des concours étrangers, ceux par exemple de Nicolas Desfontaines, Daniel Mallet et Philippe Millot : ces noms ne figurent sur divers actes de la société de l'Illustre Théâtre, le premier qu'en juin, les autres qu'en juillet 1644; mais on a pu avant ces régularisations utiliser leurs services.
En outre il a bien fallu engager plusieurs figurants, puisque Néron ne se présente guère qu'entouré de ses Gardes, et que ceux-ci, à l'acte II, procèdent à l'arrestation d'Epicaris, et plus tard la remettent entre les mains des bourreaux ou se saisissent de tel ou tel des conjurés.
Un autre personnage accompagne volontiers l'empereur. C'est Tigillin. L'empereur lui parle, le prend à témoin, lui donne des ordres. Tigillin ne répond jamais, n'ouvre pas la bouche ; c'est le personnage muet. La raison de ce silence ne doit-elle pas se chercher en l'indigence de personnel de l'Illustre Théâtre ?
Et ce pourrait bien être là, en somme, un indice que la pièce ait été faite sur commande. Il s'explique mal, autrement, que Tristan pousse à un tel degré d'outrance l'esthétique du « Confident».
On manque de renseignements précis sur le plus ou moins de faveur qui put accueillir La Mort de Seneque. Il est avéré que Madeleine Béjart fit une vive impression sur le public, puisque Tallemant, se fiant à la commune renommée, cite le rôle d'Epicaris comme étant « son chef-d'œuvre ». Mais le reste des interprètes devait montrer de l'inexpérience, et l'on n'ignore pas que Molière se trompait sur sa vocation quand il ambitionnait d'être un grand tragédien. Ce qui inclinerait pourtant à croire à un appréciable succès est qu'à l'automne de la même année, Tristan accordait à l'Illustre Théâtre une œuvre nouvelle, La Mort dt Chrispe, oii les Malheurs Domestiques du Grand Constantin.
Il n'entre guère dans le cadre de ces éditions d'apprécier littérairement les œuvres publiées . On va donc se contenter de renvoyer aux rares comptes rendus qui existent de la tragédie.
Les frères Parfaict, tome VI de leur Histoire du théâtre français , y blâment une « versification un peu trop épique ». Et c'est en