XII INTRODUCTION
effet une remarque que l'on peut faire, mais sans la transformer en grief: trop souvent le style de Tristan trahit la hâte, par des négligences, des insutîisances, de la bizarrerie; mais, toujours, et comme s'il ne pouvait en être autrement, son vers, en tant que vers, reste plein, ferme, sonore, expressif, et la rime s'y accroche, spontanée, riche et variée. Bref, des vers qui sont des vers ; des vers de poète ; et c'est là ce dont les frères Parfaict se formalisent .
Saint-Marc Girardin, tome IV de son Cours de littérature dramatique ou De l'usage des passions dans le drame, en l'un des chapitres consacrés à UAinour Conjugal, allègue quelques répliques de Pauline, puis quelques répliques d'Epicaris, bien que ces dernières soient en dehors de sa démonstration. Il s'en excuse : « Je me suis laissé aller à citer ces vers... parce qu'ils sont beaux. »I1 ne semble pas, lui, se plaindre qu'ils soient trop beaux.
Ernest Serret, dans un article du Correspondant du 25 avri
1870. Un précurseur de Racine, Tristan UHermite, a trop admiré
^."".Mariane pour être entièrement juste envers La Mort de
Seneque. Il lui assigne cependant son véritable rang, qui est le
second, et de bien près.
« Tragédie réaliste, dit M. Bernardin, œuvre originale aux allures shakspeariennes » ^ Et il loue « cette recherche consl tante de la vérité sous toutes ses formes », cette « observation curieuse », qui mettent en un tel relief les caractères véhéments d'Epicaris et de Poppée : Epicaris, ayant « malgré la flamme généreuse qui l'anime et l'épure,... conservé une crudité de langage qui est comme la marque indélébile de son ancien métier » de courtisane ; Poppée, que nous voyons « tantôt injurier et menacer les accusés (V, m), tantôt, gardant aux lèvres un sourire cruel, se jouer d'eux comme le chat de la souris (III, m), mais toujours impitoyable » et que rendent si odieuse ses « railleries froides et féroces »...
Après M. Serret, qui, à propos d une scène, il est vrai, de La
I. Un précurseur de Racine, Tristan UHermite, sieur du Sdier (1601- 1655), sa famille, sa vie, ses œuvres. Par AT.-Af. Bernardin. Paris, 1895, in-8 de xii et 632 pp. — Sur La Mort de Seneque, pp. 240-242, 418-450.