INTRODUCTION XIII
Mariane, trouve sous sa plume l'épithète : « plus shakspearienne que racinienne », mais avant M. Bernardin, le poète Pierre Quillard, dans une étude publiée par le Mercure de France d'août 1892, s'était exprimé ainsi : « Il y avait plus en Tristan qu'un précurseur de la tragédie classique. La Mort de Seneque, où il adapte au théâtre le quinzième livre des Annales de Tacite, n'est pas inférieure aux drames historiques de Shakspeare. Le Néron hagard qui interroge les conjurés lui-même en présence de ses affranchis et de Poppée, Epicharis arrogante et virile, Sabine Poppée acharnée et affolée, oublient, pour devenir les fauves que recèle toute chair humaine, les convenances de la tragédie... La réplique brutale et populacière {Que deiiroit-on coupper...) eût écorché les lèvres des poètes qui vinrent par la suite... »
Un Shakspeare (on se demande si Tristan entendit même parler de Shakspeare pendant le très court séjour qu'il fît à Londres en 1634), un Shakspeare écrase qui mérite de lui être approché. Pour prendre la chose autrement, il n'est pas niable que l'art dramatique du commencement du xviie siècle français risquait volontiers des audaces dignes du grand Anglais, qui bientôt ne furent plus tolérées, et jouissait d'une liberté d'allures, affectait une vivace franchise, qui furent vite restreintes, jusqu'à l'excès. C'est ce que M. Bernardin ^ formule heureusement quand, pour un sommaire parallèle entre La Mort de Seneque et Britannicus, il oppose « la vision Louis XIII » à la « vision Louis XIV ».
C'est, ainsi qu'il vient d'être dit, des Annales de Tacite, livres XIV et XV, — nous rentrons, avec les « sources », dans notre domaine — que Tristan tira non seulement le sujet de sa pièce, mais sa pièce entière.
Est-il allé d'abord à Tacite ? Il avait, de son aveu, et de toute évidence, rencontré l'idée de La Mariane dans un livre alors en
I. N.-M. Bernardin. Du XV' au XX" siècle, études d'histoire littéraire. Paris, 1916, in-i8 de 366 pp. — Sur La Mort de Seneque, pp. 67-95 ; c'est une conférence faite à l'Odéon en novembre 1911, pour une repré • sentation de la pièce sur ce théâtre.