VOIX DE L'ÉQUIPAGE
Tous aux agrès !
L'ancre aux flots!
TRISTAN (se levant avec violence')
Garde à Tancre !
La barre au courant !
Aux brises voiles et mâts ! (i)
{Prenant la coupe des mains ePIsoldé^
Bien te connais-je.
Reine, aux mains pleines de charmes tout puissants. (2) Ton baume fut ma guérison,
Ta coupe, je la prends.
Mon niai suprême y meure !
Mais sache quel
(i) Var : Aux brises, voiles dehors»
(2) Var : Reine^ toi — // tous les charmes — si puissants.
serment d^oubli pour toi mon cœur prononce :
Tristan garde
fier, sa foi.
Tristan souffre,
trop hardi.
Leurre des âmes !
Vains présages I
Au deuil sans terme
seul espoir :
Liqueur d^oubli, viens donc.
Je bois ici sans peur.
(lîporti la coupe à ses lèvres et boit/
ISOLDE
Trompeur encor !
Nul partage !
(Elle lui arrache la coupe)
Perfide, je bois à toi.
{Elle boit et jette au loin la coupe. Tous deux, secoués de la plus forte émotion^ mais immobiles, se regardent avec une passion croissante. Leur physionomie passe en un moment de V expression du mépris de la mort à celle du plus ardent amour. Un tremblement les agite. Leur main convulsive se porte sur leur cœur et sur leur front. Leurs yeux se cherchent, se ' baissent en un grand trouble et se relèvent pour se fixer encore, en un désir toujours accru.)
ISOLDE {d*nne voix tremblante,)
Tristan ! \
TRISTAN {avec effusion.)
Isolde !
ISOLDE (tombant dans ses bras.)
Cher infidèle !
TRISTAN (T embrassant passionnément)
Femme céleste I
(Ils restent enlacés, silencieux. Au loin, des sons de trompettes et de clairons et, sur le vaiseauy des cris d'Acmmes.")
CRIS D'HOMMES (au dehors)
Los ! Los au roi !
Salut ! Los !
Gloire I Gloire au roi ! Los !
(Brangœnê, qui détournait ses regards.^ se tenant appuyée , pleine de trouble^ sur le bord du navire, jette les yeux sur Tristan et /solde et se précipite ^ en tordant ses mains de désespoir, en avant de la scène.)
BRANGi€NE
Las! Las!
Des tourments sans fin pour eux, non brusque mort !
FoJle amour dont Tœuvre trouble s'en va fleurir en douleurs !
(Tristan et Isolde se dégagent peu à peu de leur enlacement éperdu.)
TRISTAN
Hier, toi perdue ?
ISOLDE Non, repoussée!
TRISTAN
Un noir prestige put nous tromper !
ISOLDE
L'âpre fureur en moi grondait.
TRISTAN Isolde! Suave enfant.
ISOLDE
Tristan I Preux bien-aimé l
TOUS LES DEUX
Comme mon cœur
bouillonne et s^élève !
Comme mes sens
d'ivresse frémissent !
Joies désirantes
Vives fleurissent !
Flamme amoureuse
brûle nos âmes!
Fort dans mon sein
bat le désir.
Oh ! loin du monde
Sur moi tu règnes, y
Sur moi tu règnes, pour toi seule je vis, noble flamme d'amour.
{Les Unturés sUcartent largement. Le navire est rempli de chevaliers et de marinSffaisant joyeusement des signes du côté du rwage. Au find^ tris troche^ apparaît une falaise couronnée d'un château,")