‹ Tristan & Isolde: drame musical en trois actes. Version française d'AlfredChapitre 3 sur 26 · IV PREFACE · texte numérisé non relu

IV PREFACE

français. Leur ambition s'arrête à obtenir le suffrage de quiconque aspire à pénétrer les productions de tout pays en leurs intentions et leurs formes. Le texte en langue française, établi par eux pour être chanté, est décalqué, du mieux qu'ils ont su le faire, à la fois sur le texte allemand et sur la musique. Il ne saurait, par conséquent, se détacher de l'œuvre musicale. En abrégé, c'est dans la musique, avec la musique et par la musique qu'il peut seulement avoir sa vraie signification et sa vie.

Ce point de vue rigoureux mérite quelques explications.

Aux drames de Richard Wagner l'union apparaît si parfaite, si préméditée, si substantiellement organique entre la parole, le chant et la symphonie que toute traduction libre dénature forcément la conception interne, impérieusement unitaire. La parole est l'affirmation des faits humains ; le chanten est l'expression agrafidie, expansive et lyrique; la symphonie est le mode de développement des réalites, principalement intérieures, révélées par le chant.

la force des choses, une étroite correspondance du mot essentiel, évocateur de l'idée et de l'image, générateur de la mélodie, à la déduction thématique immédiate. Intervertissez l'ordre des mots importants, la déduction motivale perd sa logique, sa précision ou sa clarté. Le premier souci du traducteur wagnérien doit donc être de respecter énergiquement, non pas simplement le sens général, mais encore le mouvement voulu du discours et jusqu'à la place des vocables caractéristiques, sous peine de rompre le lien nécessaire qui rattache la parole au chant et le cnant à la symphonie, de troubler l'harmonieux équilibre d'où naît l'émotion et de déconcerter l'auditeur.

Wagner n'est ni un poète subordonné à un musicien, ni un musicien subordonné à un poète. Les deux facultés s'accointent en lui au service d'un génie unique. Il est souverainement un poète-musicien. L'un et l'autre éléments de sa création, le poème et la musique, jaillissent de la même source au point de s'identifier. Le style poétique du maître est, verbalement, une admirable émanation de l'esprit musical. Concis quelquefois jusqu'à la compression et, quelquefois, sous l'empire du lyrisme infini, s'horizonnant jusqu'au mystère, comme dans le finale de TVw/aw/ invariablement condensé même en ses suprêmes élargissements ; mettant constamment en évidence les mois-sommets qui sont l'ossature même du discours ; ouvrant d'incessants mirages au-dessus et au delà des mots prononcés ; merveilleusement riche en images et faisant partout déborder la pensée de la phrase, totalement dédaigneux, enfin, des modes de virtuosité ostensible, ce style impose aux intelligences des suggestions : il rend la musique, née virtuellement avec lui, indispensable pour la décisive expression des choses dites. Comment donc aurait-on chance d'en faire comprendre ou même pressentir l'originale puissance hormis en tâchant à tout traduire, sous la musique, par des équivalences poussées jusqu'à l'impression de la littéralité.

D'autre part, il sied de considérer les constructions grammaticales aile-

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