‹ Tristan le RouxChapitre 21 sur 33 · TRISTAN RÉDUIT A LUI-MEME · texte numérisé non relu

TRISTAN RÉDUIT A LUI-MEME

Tristan aussi, vaincu par la fatigue, par la lutte, par la perte de son sang, s’était évanoui. Quant il reprit connaissance, Thor et Brinda léchaient sa blessure, qui avait cessé de saigner, et il lui sembla que toute douleur avait disparu.

Un autre eût caressé ses chiens pour les remercier de leurs soins, mais Tristan n’y songea même pas. La première pensée qui se réveilla en lui fut une pensée de haine. En effet, c’était la première fois que dans une lutte quelconque, lutte de force et de volonté, il était le moins fort. Il eut bientôt fait de recueillir ses souvenirs, et quand tous les détails de la scène qui avait eu lieu entre lui et sa mère se représentèrent à son esprit, il devint plus pâle encore qu’il n’était en s’évanouissant, et ses yeux s’injectèrent. Alors, se voyant seul et dans l’obscurité, car pendant ce temps la nuit était venue, il voulut appeler le Sarrasin pour lui demander compte de cette défaite.

Mais il était garrotté, et les liens qui lui retenaient les mains derrière le dos étaient si violemment serrés, que quelques efforts que fit Tristan, il ne put parvenir à les rompre. 11 lui fallut avoir recours à ses chiens, qui, couchés à côté

de lui et le regardant, semblaient attendre que leur maître eût besoin d’eux. Tristan se coucha sur le ventre, et les appelant par leur nom, il leur montra ses mains liées. Les hôtes intelligentes se mirent aussitôt à la besogne, et à grand effort de crocs parvinrent à dénouer les cordes.

Tristan se releva d’un seul bond, et, s’adossant à l’une des pierres celtiques au milieu desquelles on l’avait porté, il souffla bruyamment dans son cor.

A peine le son était-il éteint, que le Sarrasin parut adossé à la pierre qui faisait face à celle sur laquelle s’appuyait Tristan.

— Sais-tu ce qui vient de se passer? lui dit celui-ci.

— Oui, répondit le Sarrasin.

— Ma mère m’a fait chasser.

— Je le sais bien.

— J’ai été blessé.

— Je l’ai vu.

— Garrotté, jeté à la porte, moi, Tristan.

— C’est vrai. Eh bien ?

— Eh bien! sont-ce là nos conventions?

— Quelles conventions? et que m’as-tu demandé que je n’aie fait? Tu as voulu savoir le nom de ta mère, tu l’as appris; tu as voulu une famille, je t’ai montré la tienne ; tu as voulu la preuve que je ne mentais pas, la comtesse t’a appelé son fils. Qu’avais- tu demandé?

— Maintenant il faut que je me venge.

— C’est juste, tu te vengeras.

— Tout de suite.

— Non, c’est impossible.

— Impossible, dis-tu?

— Impossible, je te le répète.

— Tu m’as donc trompé, tout ne t’est donc pas possible? Tu ne m’as donc pas acheté, mais volé mon âme?

— Si tout m’était possible, répondit le Sarrasin d’une voix calme, je n’aurais pas eu besoin de toi. D’ailleurs, qu’appellestu te venger?

— Que sais-je, moi? Faire autant de mal qu’on m’en a fait :

verser le sang, donner la mort, jeter la honte, me venger enfin !

— A cette heure cela ne se peut pas.

— Pourquoi.

— le t’ai dit qu’il y avait des êtres tellement purs, que je ne pouvais rien contre eux. Regarde.

Et le Sarrasin, étendant la main dans la direction du château de Karnac, faisait voir à Tristân la comtesse agenouillée devant son prie-Dieu, et Alix priant à côté d’elle.

Tristan voulut s’élancer vers les femmes, croyant que là où son regard passait, il pourrait passer lui-même; mais au premier mouvement qu’il fit, la muraille se referma, et il ne vit plus rien.

— La comtesse et Alix sont en état de grâce, reprit le Sarrasin ; nous ne pouvons rien contre elles. Pour que tu puisses les punir, l’une de ce qu'elle est ta mère, fit le Sarrasin avec un rire presque ironique, l’autre de ce qu’elle ne veut pas être ta maltresse, il faut attendre qu’elles soient en état de péché, à moins que ce ne soit qu’à leurs corps que tu en veuilles. Veux-tu les tuer? La mort est-elle une punition? Le calme du sommeil, le repos de l’éternité donnés à ceux qui vous ont fait souffrir, et qui vous lèguent en mourant tout une vie de chagrins et de remords, est-ce là une vengeance digne de toi? Le vulgaire seul croit à ces moyens- là. Ton âme sera-t-elle plus tranquille, tes désirs seront-ils moins grands, parce que celle que tu aimes et celle que tu hais dormiront côte à côte, pures dans leur mort comme elles auront été pures dans leur vie? Ce qu’il te faut, n’est-ce pas, c’est une mauvaise pensée qui les rapproche de toi, et qui leur fasse perdre en un instant le bénétice de toute leur vie? Oh! quand tu verras ou que tu sauras l’une de ces deux femmes avec une mauvaise action à faire ou un remords à calmer frappe hardiment, car mourant en cet état, elle nous appartiendra, au lieu d’appartenir à Dieu; et sois tranquille, je te réponds de la vengeance; mais jusque-là attends, car je te répète, il n’y a rien à faire dans ce moment-ci.

— Mais ce que tu me conseilles de faire, répondit Tristan,

je pouvais el je puis encore le faire sans toi. Avais-je besoin de vendre mon âme à Satan pour des conseils de patience? N’es-tu qu’un esprit trompeur et voudrais-tu m’égarer? N’estu qu’un auxiliaire déloyal, et en me promettant de m’obéir, ne voulais-tu qu’avoir le droit de me commander? Prends-y garde, Sarrasin, car je te préviens que je ne crains rien au monde, ni toi ni d’antres, et que je me vengerai des esprits comme des corps, de Satan comme des hommes.

Et en disant cela, Tristan s’avançait vers le fantôme de bronze d’un air menaçant.

— Tu es fou, répondit le Sarrasin d’un ton railleur, et tu es plus que fou même, tu es ingrat. Tu t’étonnes que je parle de patience, moi, qui ai combattu sept cents ans pour revoir . le jour! Comment veux- tu que nous triomphions de la puissance de Dieu sans la patience? Ce n’est que par là que nous pouvons reconquérir la nature; ce n’est qu’en suivant l’homme pas à pas, en épiant les moindres actions de sa vie, que nous pouvons arriver à nous emparer de son âme. Ce que je fais pour toi maintenant, je veux bien le faire, car c’est toi qui m’appartiens et non moi qui suis ton esclave. Contente-toi donc des moyens que je t’offre, et crois-en ma parole : un jour tu seras vengé, soit que tu arrives à ce que tu veux, soit que tu détruises le bonheur de ceux qui auront détruit le tien.

Quels services nous as-tu rendus jusqu’à présent? Aucud.

Tu as reçu et tu n’as rien donné. J’ai donc raison de dire que tu es un ingrat. D’où te viennent tes chiens, d’où te vient ton cheval, d'où te vient ce cor à l’aide duquel tu peux évoque une puissance supérieure quand ta force ne te suflit plus? D’où le vient la connaissance du secret de ta famille, connaissance qui est pour toi le premier jalon de l’avenir, et grâce à laquelle tu feras faire à ta mère tout ce que tu vou dras? Tout cela te vient de moi. Et qu’ai-je reçu en échange? Rien. Tu vois bien que l’auxiliaire déloyal ce serait toi, s’i pouvait y avoir déloyauté dans ces sortes d’alliances. Tu vois bien que ce serait moi qui aurais le droit de me plaindre, et

que c’est moi le meilleur de nous deux, puisque je ne me plains pas. Allons, donne-moi ta main et causons.

— Non, lit Tristan en baissant la tête.

— Tu me gardes rancune?

— Oui, j’ai la tête en feu, mes idées se heurtent : tout me dit de ne plus croire à toi.

— Veux-tu te faire moine? fit le Sarrasin en riant aux éclats. Voilà un bon moyen de te venger. Tu passeras tes jours dans le jetne et dans les prières, les nuits dans le silence et la méditation. Fais-toi moine, Tristan, fais-toi moine. Il en est temps encore.

Et le Sarrasin continua de rire.

— Peux- tu me donner le moyen de me venger de ma mère? reprit le jeune homme.

— Non, pas aujourd’hui.

— Peux-tu me donner le moyen de me venger d’Olivier?

— Plus tard.

— Peux-tu me donner le moyen d’être aimé d’Alix?

— Peut-être cela se pourra-t-il un jour.

— Ainsi, lu ne peux rien pour moi maintenant?

— Rien de plus que ce que j’ai fait.

— Alors, je n’ai plus besoin de toi, et je ferai bien le reste tout seul.

— A ton aise. Tu me congédies?

— Va-t-en.

— Tu ne veux plus de moi?

— Va-t-en.

— Avant demain, tu me rappelleras.

— Va-t-en, te dis-je.

— Mais je te préviens que si tu me rappelles, lit le Sarrasin, ce n’est plus moi qui recevrai les ordres, c’est moi qui les donnerai.

Tristan tira son épée et courut sur l’ombre, mais l’ombre avait disparu et son épée se brisa sur la pierre.

C’était un avertissement, mais il n’en profita pas, et s’en remettant du soin de sa vengeance, il revint vers le château, cherchant comment il pourrait y pénétrer sans être vu; mais

cette masse impassible de pierre jeta un imposant défi à toutes ses tentatives, et il vit bientôt qu’il y userait ses ongles et sa force inutilement.

Puis, comme si ce n’eût pas été assez, la voix de l’archer en sentinelle lui cria de s’éloigner; et comme il ne s’éloignait pas assez rapidement, il entendit une flèche siffler à son oreille, et il n’eut que le temps de se perdre dans l’obscurité.

Ce qui se passa alors dans l’esprit de Tristan est impossible à décrire.

— Allons rejoindre Olivier, se dit-il ; celui-là ne se doute de rien, et il n’a ni château ni archers qui le gardent.

En même temps Tristan appela Baal.

Baal accourut.

Tristan respira. 11 avait craint un instant que l’animal ne répondit pas à sa voix.

Tristan sauta sur son cheval, et le lança dans la direction qu’il lui fallait suivre. Baal y fit quelques pas; mais tout à coup, comme s’il eût obéi à une invisible main qui se serait glissée entre celles de son cavalier, il se retourna et partit à fond de train dans la direction opposée. Tristan, voyant cela, rassembla les rênes, et les faisant jouer de droite à gauche, il commença à scier la bouche de son cheval pour l’arrêter, mais la bête n’obéissait plus au frein. Alors Tristan prit Baal aux crins, et serrant les genoux de toute sa force, il tenta de l’étouffer comme, étant plus jeune, il avait étouffé un cheval qui l’emportait; mais cette puissante pression, au lieu de calmer le cheval, ne fit que l’exciter, et sa vitesse s’en augmenta à ce point que ses pieds ne touchaient plus la terre. Jamais Baal n’avaitcouru si rapidement : les montagnes, les plaines disparaissaient commme par enchantement, et il semblait à Tristan que le vertige le prenait. Cependant il n’était pas homme à abandonner la lutte. Il poussa un rugissement de colère auquel il crut qu’un immense éclat de rire répondait, et se courbant sur le cou de son cheval, il lui saisit les naseaux dans ses deux mains et les tourna de façon à l’empêcher de respirer; mais l’animal baissa la tête jusqu’à ce que

son cavalier eut été forcé de lâcher prise, et libre de cette nouvelle entrave, dépassa le vent dans sa course.

Tristan, le cavalier sans pareil, le dompteur sans rival, fut forcé, pour ne pas tomber, de saisir le cou de Baal dans ses deux bras et de se prendre aux crins pour reprendre l’équilibre. Voyant qu’il était impossible d’arrêter ce cheval emporté, Tristan se résolut à sauter à terre; mais au moment où il s’y apprêtait, il lui sembla que la terre était à des centaines de lieues de lui, qu’il voyageait dans les airs, et que s’il sautait il se briserait le front sur les villes qu’il voyait passer au-dessous de lui. Au lieu donc de se précipiter en bas de son cheval, il se cramponna à lui, et il sentit une sueur froide couler de son front. Baal courait toujours et Tristan était, sans aucun doute, la dupe d’une 'hallucination, car il entendait parfaitement les pieds de son cheval frapper le sol, et son imagination seule augmentait la distance qui l’en séparait. Il avait peur pour la première fois de sa vie, mais il faut dire aussi que cette course étrange, qui n’avait pas de but, promettait de ne pas avoir de tin. Joignez à cela queThor et Brinda suivaient Baal, non plus comme des chiens fidèles qui suivent leur maitre, mais comme des bêtes fauves qui poursuivent une proie. Leurs hurlements étaient pleins de menaces, et Tristan comprenait que s’il échappait au cheval, il aurait les chiens à combattre. Il reconnut dans ce qui lui arrivait la main du Sarrasin, de la fatale puissance à laquelle il s’était donné. Il se rappela alors qu’il avait juré au mécréant de lutter contre lui, et, dans un dernier moment d’énergie, saisissant sa dague à deux mains, il la plongea de toute la force de ses deux bras et de toute la longueur de la lame dans le poitrail du cheval.

Celui-ci poussa un cri de douleur et s’abattit presque aussitôt, entraînant Tristan dans sa chute; mais avant que le jeune homme se fût relevé, Thor et Brinda, qui ne le reconnaissaient plus pour leur maitre, lui sautèrent à la gorge, et tandis que de la main gauche il contenait l’un, il parait l’assaut de l’autre avec la main droite et sentait les dents de l’animal furieux lui pénétrer dans le bras. Mais Tristan se re-

leva comme mû par un ressort, et levant au-dessus de sa tête les deux animaux qu’il tenait, l’un par la peau du ventre, l’autre parla peau du cou, il les jeta si violemment contre terre, qu’ils restèrent sur place, râlant leurs derniers sou • pirs.

— Allons, je suis toujours Tristan le fort, l’indomptable ! s’écria le jeune homme au milieu de la solitude et avec 1 accent du triomphe. Malheur à ceux qui se mettront sur mon passage !

Et promenant avec fierté son regard autour de lui, il sembla donner un défi à tous ses ennemis visibles et invisibles.

Mais ce n'était pas le tout que d’avoir abattu Baal et de s’être débarrassé de ses chiens, il fallait se remettre en chemin et refaire à pied la route qu’il venait de parcourir à cheval, c’est à-dire, quelle que fût sa force, mettre des journées à faire ce qu’il avait fait en quelques minutes. Cependant, tranquillisé par ce premier succès, Tristan ne désespéra pas, et il lit hardiment le premier pas de ce long et fatigant voyage.

En vain il regardait autour de lui, il ne reconnaissait rien. Le pays qu’il traversait lui était complètement étranger, et il ne pouvait guider sa marche sur aucune indication. C’était une plaine immense, déserte, infranchissable. Tristan marchait à grands pas, et lorsqu’il se retournait pour voir la distance parcourue, il s’apercevait qu’il était à peu près à la môme place; car, soit qu’il n’avançât pas, soit qu’ils se traînassent derrière lui, son cheval et ses chiens étaient toujours à portée de sa vue et dans la même immobilité apparente. Tristan voyant cela, se promit de prendre le premier cheval qui passerait, que ce cheval fût libre ou monté, et de continuer sou chemin dessus; mais ni hommes ni chevaux ne troublaient le silence de la plaine, et l’horizon continuait à s’éloigner devant le marcheur nocturne, sans varier d’une ligne et sans que la moindre sinuosité promit le moindre changement. Joignez à cela que rien ne prouvait à Tristan qu’il fût dans la bonne voie, et qu’il sc pouvait très-bien qu’en arrivant, si toutefois il arrivait quelque part, il s’aperçût qu’il avait fait jusqu’alors un chemin inutile.

De grosses gouttes de sueur coulaient sur le front de notre héros et une grande lassitude commençait à s’emparer de lui, si bien que ses jambes ne se mouvaient plus que par saccades fébriles. Dans la lutte qu’il avait soutenue contre Baal et contre Thor et Brinda, sa blessure s’était rouverte, et son sang, qui coulait abondamment, l’épuisait à ce point que plusieurs fois il avait été forcé de s’arrêter, de s’essuyer le visage et d’étancher avec son mouchoir le sang de celte blessure, cherchant s’il ne verrait pas un ruisseau près de lui pour s’y désaltérer et y apaiser sa fièvre, et voyant avec un commencement de désespoir qu’il n’était entouré que de pierres et d’arbres morts.

— Le Sarrasin avait-il raison, murmura Tristan, et ma force ne me venait-elle en effet que de lui ?

— Le Sarrasin avait raison, répondit une voix qui fit retourner brusquement le jeune homme. Tu t’es donné à lui, tu ne pourras rien sans lui maintenant. Appelie-lesi tu veux, il en est temps encore. Au premier rayon du jour, il sera trop tard.

— Non, répondit Tristan avec rage, et il reprit sa marche sans avoir pu découvrir d’où venait cette voix qui lui avait parlé, et si elle était apportée par le vent ou née de sa lièvre.

Tristan marcha silencieusement pendant une heure, et certes il eût été impossible au meilleur coureur de courir plus vite qu’il marchait, et cependant rien ne changeait d’aspect autour de lui. Seulement, surexcité par cette marche, fatigué par sa blessure, il sentait son sang bouillir dans sa tète, et un cercle de fer étreindre son front. Il n’était déjà plus maitre de sa pensée. Il chancelait sur ses pieds, et aspirant avec force l’air de la nuit, il tentait d’étancher ainsi l’ardente soif qui brûlait sa poitrine. Mais on eût dit qu’il aspirait du feu, car son haleine brûlait; et sa langue, séchée, se collait à sa bouche. Il fit encore quelques pas ainsi, c’est*à-dire vacillant comme un arbre ébranlé dans sa racine et que secouerait un vent d’orage ; puis il tourna deux ou trois fois sur lui-même, semblable à un homme pris de vertige, et il

alla tomber de toute sa longueur sur les pierres du chemin. Décidément, Tristan n’était plus qu'un homme.

Si brusque qu’eût été sa chute, il avait eu le temps cependant de comprendre que c’était pour lui la mort, la mort sans vengeance; et par un mouvement plus rapide que la pensée et devenu presque machinal, tant sa faiblesse était grande, il porta son cor à sa bouche et souffla dedans le peu de force qui lui restait.

Mais le cor ne rendit aucun son. Pas plus que Baal, Thor et Brinda, le cor n’obéissait à Tristan.

Le jeune homme pâlit, et voyant qu’une seconde tentative ne lui réussissait pas plus que la première, il cria de toutes ses forces :

— Amoi, Satan, je le veux!

L’écho répéta ce cri, qui s’en allait mourir dans les profondeurs de l’horizon, mais n’éveilla pas l’ombre attendue.

Alors, Tristan sentant ses forces qui diminuaient, fit un dernier effort sur son orgueil et murmura d’une voix mou- i rante :

— A moi, Satan, je t’en prie!

Et il jeta un regard inquiet autour de lui.

Cette fois une ombre apparut dans la plaine, marchant vers le moribond d’un pas lent et mesuré.

— Il était temps, dit le Sarrasin, car c’était bien lui, et du doigt il montrait la première lueur de l’aube qui entr’ouvrait les ombres de la nuit.

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