‹ Tristan le RouxChapitre 26 sur 33 · LA BASTILLE DE SAINT-LOUP · texte numérisé non relu

LA BASTILLE DE SAINT-LOUP

Pondant ce temps, Tristan avait été à la rencontre du comte de Richemont, qu’il avait trouvé non loin d’Angers et se dirigeant vers Orléans, en compagnie de tous les braves seigneurs qui étaient venus se joindre à lui à Parthenay.

Tristan arriva la nuit à l’endroit où le comte et sa troupe avaient campé, et il lit demander tout de suite Rretagne, le héraut que nous connaissons.

— Ah! c’est vous, messire! dit Bretagne avec joie en reconnaissant l’un de ses deux sauveurs.

— Oui, maître Bretagne, c’est moi.

— Et monseigneur le comte Olivier de Karnac, où est-il?

— A Orléans.

— Avec la Pucelle?

— Oui.

— Ah çà! cette Pucelle s’est donc fait des partisans?

— Beaucoup.

— Vous l’avez vue ?

— Certes.

— Eh bien, qu’en pensez- vous?

— Je pense qu’elle vient du diable et non pas de Dieu. Voilà pourquoi je veux voir monseigneur le connétable.

— Et vous avez compté sur moi pour vous introduire près de lui?

— Certes.

— Vous avez bien fait, messire, et je vais vous mener à mon maître. Sans indiscrétion, puis-je vous demauder ce que sont devenus vos chiens.

— Les voici.

Tristan appela Thor et Brinda.

— Vous les avez amenés avec vous?

— Sont-ils donc dressés pour la guerre comme pour la chasse?

— La même chose. Vous les verrez à l’œuv.j. Iis descendent de ces fameux chiens qui combattaient pour les Celtes nos aïeux contre les Romains. Maintenant, à mon tour de vous faire une question.

— Dites.

— Quand je vous ai rencontré allant chez le seigneur de Retz, Pavez-vous trouvé?

— Oui.

— Et il s’est rendu à l’appel du connétable?

— Parfaitement.

— De sorte?

— De sorte qu’il est ici et que voilà sa tente là-bas. Le voulez"- vous voir?

— Oui, tout à l’heure; mais avant tout, voyons le connétable.

— Qui vous envoie à lui, messire?

— Xaintrailles, La Hire et d’autres braves seigneurs qui sont à Orléans, et qui, las d’obéir à une femme, demandent à servir un homme.

— Mais comment cette fille a-t-elle convaincu le roi?

— C’est La Trémouille qui a fait tout cela.

— Vraiment?

— Oui.

C’était l’habitude à cette époque du règne de Charles VII, quand on croyait ou quand on voulait faire croire que le roi ' % avait fait une faute, de dire que c’était La Trémouille qui en était cause. C’était quelquefois vrai; mais comme on l’a vu, on n’avait pas à lui reprocher d’avoir protégé Jeanne.

Tout en causant, Bretague et Tristan étaieut arrivés à la tente du connétable.

Bretagne passa le premier.

Le connétable dictait à son secrétaire la relation de la route qu’il avait faite, ainsi que cela était son habitude, et

it.

celle, du reste, de presque tous les grands hommes de guerre.

— Monseigneur, fit le héraut en montrant Tristan, je vous ai parlé à mon retour d’un brave jeune homme qui m’avait sauvé la vie à Karnac, et qui étouffait les loups entre ses bras, j’ai l’honneur de vous le présenter, monseigneur, et vous prie de l'entendre, car il ne peut avoir que de bonnes choses à vous dire.

— De quoi avez-vous à m’entretenir, messire? demanda le comte.

— Du siège d’Orléans, monseigneur.

— Laisse-nous, Bretagne, fit Arthus, et du môme geste il invitait son secrétaire à se retirer.

Le connétable et Tristan restèrent seuls.

— Monseigneur, fit Tristan, vous savez ce qui se passe dans l’armée du roi de France?

— C’est une fille qui la commande.

— Je le sais, et l’on raconte même sur cette fille de3 choses merveilleuses.

— Que vous croyez, monseigneur?

— Que je suis disposé à croire.

— Ainsi vous comptez faire alliance avec elle?

— Oui, si elle peut être utile à la cause du roi.

— Ainsi, vous, monseigneur, duc de Bretagne, connétable de France, vous qui ôtes aussi noble que le roi, vous obéirez à une jeune fille qui vient je ne sais d’où et qui n’est peut-être qu’une sorcière?

— Le roi a bien remis son royaume entre ses mains, pourquoi ne lui obéirais-je pas? Obéir à Jehanne, c’est obéir# au roi.

— Tout le monde n’est malheureusement pas de votre avis, monseigneur, et c’est pour cela même que j’ai l’honneur d’être ici.

— Que voulez-vous dire?

— Avez-vous confiance en moi?

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— J’ai confiance en Bretagne, qui tn’a dit que vous étiez un brave cœur.

— Et vous pouvez avoir confiance dans le comte de Jiarnac, dont le père est mort pour vous, et dont je suis l’écuyer.

— Certes.

— Eh bien ! monseigneur, c’est lui qui m’envoie à vous, non pas d’après sa seule opinion, mais d’après les opinions réunies des différents chefs au milieu desquels il se trouve.

— Ainsi, Dunois, Xaintrailles, La Hire, le duc d’Alençon...

— Sont d’avis qu’il ne faut pas donner à rire aux Anglais, et qu’il faut se débarrasser de Jehanne.

— La tuer?

— Non, mais l’empêcher d’agir; ils vous veulent pour chef, monseigneur.

Une rougeur de vanité naturelle éclaira le visage du comte.

— Jehanne est mal disposée contre vous, monseigneur, reprit Tristan,

— Ah ! vraiment !

— Oui. Elle a dit que si vous veniez à Orléans, vous seriez le premier ennemi qu’elle combattrait, car elle sait que le roi ne vous aime pas, et le roi lui a défendu d’accepter votre secours.

— Et cependant il a accepté les gentilshommes qui sont venus avec Olivier de Karnac?

• — Oui, monseigneur, mais parce qu’en venant à lui, ils faisaient pour ainsi dire acte de soumission à la France, ce que ne font pas les seigneurs qui vous accompagaent, et qui, avant de se rendre à Orléans, n’ont pas été faire hommage au roi.

— C’est juste.

— Voici donc ce qui vient d’être décidé ce soir. Jehanne voulait attaquer les Anglais dès demain.

— Eh bien?

— Eh bien! les autres chefs s’y sont opposés.

— Pourquoi?

— Parce que vous n’étes pas encore en vue d’Orléans. Vous comprenez, monseigneur, que si le hasard faisait que

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