POÈTE DU SOUVENIR ET DE L’AMOUR
Triomphe, disait-il, immortelle Nature !...
Lamartine, Childe Harold
Oh ! qu’en peu de saisons les étés et les glaces Avaient fait du vallon évanouir nos traces !
Et que, sur ces sentiers si connus de mes pieds,
La terre, en peu de jours, nous avait oubliés !...
Idem, Jocelyn.
« Je regrette notre bon vieux temps !... »
Juliette Drouet à Victor Hugo ; lettre inédite (1837).
« Autrefois, il n’y avait entre nous que l’avenir ; maintenant il y a le passé. »
Victor Hugo à Juliette Drouet ; lettre inédite (1838).
liOrsque la Tristesse (T Olympia fut imprimée pour la première fois, au printemps de 1840, dans les Rayons et les Ombres, il semble bien que deux eritiques seulement aient aperçu la splendeur de ce grand poème au milieu du recueil dont il était le joyau. Charles Magnin, dans la Reçue des Deux Mondes, lui accorda des louanges discrètes. Hippolyte Lucas, dans Le Siècle, montra plus d’enthousiasme pour ces vers pleins «des images les plus vraies, des mots les plus touchants » ; c’est, déclara-t-il, « un chef-d’œuvre que cette ode » ; et il vanta, « les charmes » des accents « moitié lyriques, moitié élégiaques », trouvés par Victor Hugo pour traduire « la douleur qui, par moments, saisit l’âme » devant « l’indifférence de la nature », prescjue aussi cruelle c[ue « l’ingratitude des hommes !... » C’était dire beaucoup ; était-ce comprendre toute la pensée du poète ? même, n’était-ce point délinir assez mal sa véritable originalité ?...
Depuis, autour de la Tristesse d' Olympia, l’admiration a g’i'andi ; Sainte-Beuve en quelc{ues mots aigus, Ferdinand Brunetière avec une dogmatique pénétration, Anatole France avec lyrisme, ont commenté la sublime élégie ; la comparer, après eux, au Lac de Lamartine, au Souvenir de Musset, balancer entre ces trois mélodies du souvenir les nuances de l’enthousiasme et les hésitations de la préférence, est devejiii un exercice presque classic|ue.
Mais le sens exaet du poème, sous ce Ilot de t hétori(|iie, n’esl-il point snl)ineroé ? Coninient le définir, d’ailleurs, si l’on io’iiore les circonstances, les sentiments, les reminiscenc'cs même d’on le ])oème a jailli ? Loin de briser tout ai'iiu! le front du Jupiter romantique, il a grandi lentement dans sa tête : il s’est bercé dans les orages de son cœur. Il est une des créations les plus personnelles de Victor Hugo ; et, par une sorte de miracle que tous les chefs-d’œuvre renouvellent, il exprime l’une des préoccupations douloureuses de toute une époque. Il résume une aventure d’amour et, a travers elle, plusieurs mois vécus par un grand poète ; il résume un thème poétique et, par lui, l’inquiétude d’une génération. L’histoire du « thème « et celle de l’amour, des documents inédits et l’étude de quelques textes vont permettre de les présenter ici a^œc plus de précision peut-être, et, peut-être, aussi, avec un peu de nouveauté.