‹ Tristram Shandy et le Voyage sentimental traduits de l'anglais. Nouv. éd. précédée de le vie de SterneChapitre 10 sur 197 · CHAPITRE CCXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCXVI

Ne jugeons pas si vite.

Il y a, monsieur, mille résolutions importantes, soit dans l'Église, soit dans l'État, aussi bien, madame, que dans les choses qui nous regardent plus personnellement, que vous jureriez avoir été prises d'une manière étourdie, légère et inconsidérée, et qui pourtant ont été pesées et repesées, examinées, discutées, disputées, revues, corrigées et considérées sous toutes leurs faces, avec un tel sang-froid, que le dieu du sang-froid luimême (s'il existe) n'aurait pu ni mieux désirer, ni mieux faire.

Si nous eussions été cachés, vous ou moi, dans quelque coin du cabinet, nous serions forcés d'en convenir.

Telle était la résolution que prit mon père de me mettre en culottes.

Gomment! monsieur, cette résolution prise en un moment avec humeur, emportement même, et qui semblait une espèce de défi à tout le genre humain'?

Eh bien! oui, madame, cette résolution elle-même.

Apprenez qu'uli mois auparavant elle avait été raisonnée, débattue et approfondie entre mon père et ma mère dans deux différents lits do justice tenus exprès pour ce sujet.

J'expliquerai la nature de ces lits de justice dans le prochain chapitre, et dans celui d'après, je vous supplierai, madame, de vouloir bien me suivre et vous tenir cachée dans la ruelle de ma mère. Là, vous entendrez comment mon père et elle débattirent l'affaire de mes culottes, et vous pourrez vous former une idée de la manière dont ils débattaient les autres affaires.

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