‹ Tristram Shandy et le Voyage sentimental traduits de l'anglais. Nouv. éd. précédée de le vie de SterneChapitre 125 sur 197 · CHAPITRE GCCXXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE GCCXXX

Reprenons haleine.

Après un chapitre comme celui qu'on vient de voir, et surtout après la manière dont il linit, il faut nécessairement insérer quatre ou cinq pages de matières hétérogènes, pour maintenir une juste balance entre la sagesse et la folie. Sans cette précaution, un livre ne vivrait pas au delà de l'année. Mais une digression lourde et traînante n'est pas ce qu'il faut. Il vaudrait autant aller son grand chemin. Une digression, dans une circonstance comme celle-ci, doit être légère, enjouée, et sur. un sujet qui le soit aussi. Ce n'est pas tout, il faut que le califourchon et celui qui le monte ne s'y montrent qu'à la dérobée.

La difficulté est de trouver des agents convenables à la nature de ce service. L'imagination est capricieuse; Yesprit ne veut pas être recherché : quoique h plaisanterie soit une bonne lille, elle ne vient pas toujours quand on l'appelle.

'Il semblerait que la meilleure façon pour un auteur fût de dire ses prières; mais si elles ne servent qu'à lui rappeler ses inhrmités et ses défauts, tant de corps que d'esprit, il se trouvera plus bête après (jue devant (quoique meilleur, religieusement parlant).

Quant à moi, il n'y a pas un moyeu sous le ciel, du

^(Miiv pliysi([ue ou du ^enre moral, ({ui ne me soit venu à l'esprit, et dont je n'aie essayé; quelquefois m'adressant à mon âme, et disputant avec elle sur les moyens d'étendre ses facultés.

Je ne les augmentais pas d'une ligne.

Alors, changeant de système, j'ai essayé ce c[ue pourraient faire sur le corps la tempérance, la sobriété et la chasteté. Elles sont bonnes en elles-mêmes, disais-je, elles sont bonnes dans le sens absolu et dans le sens relatif; elles sont bonnes pour la santé, bonnes pour le bonheur dans ce monde-ci et dans l'autre.

Enfm, elles sont bonnes .pour tout,... excepté pour ce (jui me manque. Là, elles ne servent à rien qu'à laisser l'esprit comme elles l'ont trouvé. Quant aux vertus théologales, la foi et Vespérance pourraient peutêtre donner un peu de verve; mais pour cette vertu fade qu'on appelle charité y elle vous ûte ce que ses sœurs vous avaient donné.

Dans les occasions ordinaires, je n'ai rien trouvé qui m'ait mieux réussi que la méthode dont je vais vous faire part.

Certainement, si la logique n'est pas une science frivole, et si je ne suis pas aveuglé par mon amour propre, certainement, dis-je, il y a quelque chose en moi qui tient du vrai génie ; et ce qui me le persuade, c'est de voir combien je suis étranger à l'orgueil et à l'envie : ce symptôme ne saurait être équivoque. Jamais je n'ai fait une découverte que j'aie crue propre à perfectionner l'art d'écrire que je ne me sois empressé de la publier, désirant sincèrement que tout le monde pût écrire aussi bien que moi.

C'est ce qu'on fera, quand on voudra s'y donner aussi peu de peine.

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