‹ Tristram Shandy et le Voyage sentimental traduits de l'anglais. Nouv. éd. précédée de le vie de SterneChapitre 171 sur 197 · CHEMIN DE VERSAILLES · texte numérisé non relu

CHEMIN DE VERSAILLES

Je montai dans mon remise à l'heure convenue ; La Fleur monta derrière, et je priai le cocher de me conduire en toute diligence à Versailles.

Comme je ne vis rien sur ma route, ou plutôt comme je n'y cherchais rien, je ne puis mieux remphr cette lacune de mon voyage qu'avec l'histoire succincte de l'oiseau qui a fait le sujet du dernier chapitre.

Pendant que l'honorable M*** attendait à Douvres un vent favorable, un jeune garçon anglais qui était à son service avait pris cet oiseau sur les rochers avant qu'il eût toutes ses plumes. Ce jeune homme, jaloux de le conserver, l'avait réchauffé dans son sein, l'avait nourri, soigné, protégé; bref, en un jour ou deux, s'était épris de tendresse pour lui, et l'avait amené sain et sauf à Paris. Il avait dépensé une livre pour avoir une petite cage au sansonnet ; et comme pendant les cinq mois de séjour qu'il fit dans cette ville avec son maître, il n'eut rien ou peu de chose à faire de mieux, il entreprit l'éducation de son oiseau, et lui apprit en sa langue natale ces quatre seuls mots (et rien de plus) auxquels j'avoue que j'ai de si grandes obligations.

Le maître partant pour l'Italie, le garçon donna l'oiseau au maître de l'hôtel ; mais sa petite ode à la liberté étant dans un langage inconnu à Paris, elle fut une fort petite ressource pour sa fortune, et La Fleur devint propriétaire de la cage et de l'oiseau pour une bouteille de bourgogne.

A mon retour d'Italie, je le ramenai au pays dont il parlait la langue. Je dis son histoire à lord A., qui me demanda l'oiseau et le donna à lord B. Lord B. en fit présent à lord C. Un valet de chambre de lordC. le vendit pour un schelling au domestique do lord D. Lord D. le donna à lord E..., et il lit ainsi la moitié de l'alphabet.

Sortant ensuite de ces rangs élevés, il passa dans la chambre basse ,et dans les mains de plusieurs membres des communes; mais tout ce monde ne demandait qu'à entrer, et l'oiseau ne demandait qu'à sortir. Il finit par faire à Londres aussi peu de fortune qu'à Paris. Il est impossible que plusieurs de mes lecteurs n'en aient pas entendu parler ; et si par hasard ils l'avaient rencontré, je prends la liberté de les informer que cet oiseau est mon oiseau ou quelque méchante copie destinée à le reproduire. Je n'ai plus rien à ajouter à son égard, si ce n'est que depuis ce temps j'ai constamment porté ce pauvre sansonnet à la tête de mes armes.

Que les officiers héraldiques et généalogistes jurés viennent, s'ils osent, lui tordre le cou,

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