‹ Tristram Shandy et le Voyage sentimental traduits de l'anglais. Nouv. éd. précédée de le vie de SterneChapitre 183 sur 197 · LE FRAGMENT ET LE BOUQUET · texte numérisé non relu

LE FRAGMENT ET LE BOUQUET

PARIS

Lorsque La Fleur se fut approché de la table et eut compris ce que je lui demandais, il me dit qu'il n'y avait plus que deux autres feuilles qui lui avaient servi à envelopper le pied d'un bouquet qu'il avait présenté à la demoiselle sur les boulevards.

« Puisqu'il en est ainsi, mon cher La Fleur, retourne, je t'en prie, à l'hôtel du comte de B***, cours demander à la demoiselle ce qui en reste, et vois si tu pourras Vobtenir.

— Oh! il n'y a pas de doute, » reprit La Fleur.

Et il s'échappe à l'instant.

Peu de tenq^s après, je vis rentrer ce pauvre garçon tout hors d'haleine, portant sur son visage tous les traits d'une déconvenue qui ne semblait pas résulter seulement de la perte irréparable du fragment.

Juste ciel! deux minutes après que le pauvre entant eut fait ses tendres adieux, sa maîtresse volage avait déj;\ disposé du gage d'amour en faveur d'un laquais du comte : le laquais l'avait offert à une jeune couturière, la couturière à un joueur de violon ; et mon fragment était perdu; nos malheurs étaient communs : je poussai un soupir de regret; La Fleur en poussa un autre qui vint jusqu'à mon oreille.

« Comme cela est perfide ! disait La Fleur.

— Comme cela est malheureux! disais-je en moimême.

— Tenez, monsieur, je n'aurais pas été si mortifié si elle l'avait perdu elle-même.

— Ni moi, La Fleur, si je l'avais trouvé. »

Que devins-je alors, ou que ne devins-je pas? C'est ce qui se verra ci-après.

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