CHAPITRE GGLXXIX
La colique.
« Allons voir l'horloge, dis-je de l'air d'un homme que les difficultés n'arrêtent pas ; allons voir V Histoire de la Chine et le reste. Rien ne saurait à présent m'en empêcher.
— Si ce n'est le temps, dit François; car il est près d'onze heures.
— Il n'y a qu'à marcher plus vite, » dis-je. Et nous prîmes le chemin de la cathédrale.
Dans la vérité de mon cœur, je ne puis dire que j'aie éprouvé la moindre peine, quand un sacristain, que je rencontrai sur la porte, me dit que la fameuse horloge de Lippius était toute détraquée, et qu'elle n'allait plus depuis plusieurs années.
« J'en aurai plus de temps, me dis-je à moi-même, pour parcourir l'Histoire de la Chine; et d'ailleurs, je suis plus en état de rendre compte de l'horloge depuis qu'elle ne va plus, que si elle eût été dans son état florissant. »
Ainsi donc je m'acheminai au collège des Jésuites.
Il en est du projet que j'avais de voir cette Histoire de la Chine, comme de beaucoup d'autres que je pourrais citer, qui ne frappent l'imagination que de loin;
car, à mesure que je m'approchais de l'objet, mon sang" se refroidissait; peu à peu ma fantaisie passa tellement que je n'aurais pas donné une obole pour la satisfaire. La vérité était qu'il me restait peu de temps, et que mon cœur m'entraînait au tombeau des deux amants. « Je prie le ciel, dis-je en saisissant le marteau pour frapper , que la clef de la bibliothèque ne se trouve point. » Il en arriva autrement; mais la chose revint au même.
Tous les jésuites avaient la colique, et une colique telle qu'ils n'en sont pas encore guéris.