‹ Tristram Shandy et le Voyage sentimental traduits de l'anglais. Nouv. éd. précédée de le vie de SterneChapitre 82 sur 197 · CHAPITRE CCLXXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCLXXXVIII

Sur les buveurs d'eau.

Les physiologistes anciens et modernes nous ont bien et dûment expliqué d'où vient que les tisserands, les jardiniers, les gladiateurs et ceux dont une jambe s'est desséchée à la suite de quelque mal au pied; d'où vient, dis-je, que tous ces gens-là ont toujours quelque nymphe dont le tendre cœur brûle en secret pour eux.

Eh bien! un buveur d'eau (pourvu qu'il le soit de profession, sans fraude ni supercherie) est précisément dans la même catégorie. Non qu'au premier coup d'œil on y aperçoive aucune conséquence, aucune logique. En effet, dire qu'un ruisseau d'eau froide, tombant goutte à goutte dans l'estomac, allumera une torche en l'honneur de ma Jenny;

Cette proposition ne frappe personne; au contraire, elle semble diamétralement opposée au cours ordinaire des effets et des causes.

Mais c'est ce qui montre la faiblesse et rinsuffisancc de la raison humaine.

IRISIRAM SHANDY 145

« Et VOUS lie laissez pas, monsieur, de jouir d'une parfaite santé?

— La ])lus partaitc, madame, que l'amitié même puisse me désirer.

— Quoi, monsieur! ne buvant rien, absolument rien que de l'eau! »

Impétueux lluide! au moment que tu presses contre les écluses du cerveau, vois comme elles cèdent à ta puissance!

\jà curiosité paraît à la na^e, taisant sif^iie à ses compajj;nes de la suivre : elles plongent au milieu du courant.

L'imagination s'assied en rêvant sur la rive. Elle suit le torrent des yeux, et change les brins de paille et de jonc en mâts de misaine et de beaupré. A peine la métamorphose est-elle faite, que le désir, tenant d'une main sa robe retroussée jusqu'aux genoux, survient, les voit, et s'en empare.

0 vous, buveurs d'eau, est-ce donc par le secours de cette source enchanteresse que vous avez tant de fois tourné et retourné le monde à votre gré? foulant aux pieds l'impuissant, écrasant son visage, et changeant même quelquefois la forme et l'aspect de la nature !

(( Si j'étais Eugène, disait Yorick, je voudrais boire plus d'eau.

— Et moi aussi, dit Eugène, si j'étais Yorick, » (Test ce qui prouve que tous deux avaient lu leur

Long in.

Quant à moi, je suis résolu à ne lire de ma vie d'autre livre que le mien.

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