‹ TriviaChapitre 69 sur 106 · VICE MENTAL · texte numérisé non relu

VICE MENTAL

Il y a certains lieux communs qui s'imposent à mon esprit: je sens, surtout au temps chaud, ma tête infestée et bourdonnante de Platitudes morales: « Cela prouve bien... » me dis-je, ou « Comme c'est vrai... » ou « J'aurais vraiment dû le savoir.... » La vue d'une grosse horloge me lance dans des méditations sur la fuite du Temps; un vapeur sur la Tamise ou des lignes de télégraphe me suggèrent inévitablement les bienfaits de la Civilisation, le triomphe de l'Homme sur la Nature, l'héroïsme des Inventeurs, le courage, devant le ridicule et la pauvreté, de Stephenson et de Watt. Comme des ; odeurs vagues et un peu déplaisantes, ces pensées rôdent autour des gares de chemin de fer. Je ne mets guère de lettre à la poste sans m'émerveiller de la perfection et de l'exactitude du service postal.

Puis c'est l'orgueil pour la Constitution Britannique et la Liberté Britannique qui me pénètre, quand je contemple,

même de très loin, les Tours du Palais de Westminster; et la consolation est mince de sentir cet orgueil rabattu, au long de ma promenade sur le quai, par l'aspect de l'Aiguille de Cléopâtre, et la pensée que cet Obélisque verra sans doute la chute de l'Empire Britannique comme il a vu la chute d'autres Empires, et restera debout pour proposer sa Morale, vieille comme l'Egypte, aux hommes des Antipodes qui musardent sur les ponts délabrés. J'ai peur, quelquefois, de découvrir qu'il y a une morale pour toute chose, que le grand cadre de l'Univers possède une clef comme une boîte, a été réglé et mis en marche par quelque insipide Créateur du Dix-Huitième Siècle. Ce serait une manière d'Enfer, à coup sûr, que le monde où toute chose serait aussitôt explicable, et montrerait son évidente utilité. Je suis rassasié de Leçons et d'Allégories, las des fourmis pédantes, des industrieuses abeilles et des animaux prêcheurs. Les bienfaits de la Civilisation m'écœurent. J'ai assez vu l'éclat d'un Soleil didactique.

Aussi, contemplant par les chaudes nuits d'été les étoiles de Londres, je rafraîchis mes pensées en songeant à cette étendue infinie, vertigineuse et sans dessein de la Création, à ces Soleils flamboyants,à ces Planètes et à ces Lunes glacées, lancés pour toujours à l'aveugle, à travers le vide de l'espace.

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