‹ Trois ages, suite en fin de l'Antoniade: Poème érèmitiqueChapitre 31 sur 41 · LA VERTU ANGÉLIQUE · texte numérisé non relu

LA VERTU ANGÉLIQUE

ANTOINE* CALYBITB

lies vierges , dans le ciel, suivant partout l'Agneau , Chanteront â sa gloire un cantique nouveau; Ils auront , parmi tous , l'insigne privilège De servir à l'époux d'immaculé cortège.

Du céleste Idéal le barde , humble de cœur , Peut saisir par moments l'éternelle splendeur ; Au cœur chaste et voilé Dieu se rend accessible , Et sa beauté revêt une forme visible ; L'Esprit-Saint dans ce cœur repose avec amour , Comme au miheu des lys du mystique séjour. —

Enthousiaste , ardent , fait pour les grandes choses , Pour les saintes vertus , dans la foi seule écloses , poète , veux-tu qu'indépendant et fort , Ton cœur, toujours tranquille, agisse sans effort; Des doux rayons d'en haut que ton front s'illumine , Et qu'en ton sein jailhsse une source divine ; Veux-tu , sur cette terre , être à l'Ange égalé ? Oh ! garde le trésor de la virginité !

Seul, l'homme chaste est grand; seul, il sent en sou An Des régions d'en haut couler toute la flamme ; Contre la volupté , seul, il est tout-puissant ; La vie à flots sacrés circule dans son sang ; Les héros et les saints, et ces vierge» poètes , Que nous admirons tous sous le nom de prophcitij? , Les hommes de génie et les hommes de Dieu , Tous les cœurs embrasés d'un séraphique feu , Tous ont puisé leur force à ce foyer de vie : Toi d'abord, Eve sainte , Angélique Marie; Toi , qui , dans ton amour , te consacrant par vœu , Devais, en restant Vierge, enfanter l'Homme-Dieu ; Qui, sans t' enorgueillir. Vierge et pourtant féconde, Kenfermas dans ton sein le Créateur du Monde ; Et qui sentis , neuf mois , dans ce sein reposant , Le Dieu toujours tranquille et toujours agissant ! Toi , que l'époux nomma la fontaine scellée , Rose de Jéricho , doux lys de la vallée , Vase d'élection éprouvé par le feu , Urne pleine d'encens dans la maison «le Dieu , Miroir éblouissant du ciel et de la terre , Femme au-dossus de l'Ange, ineffable mystère : —

Dans tout ce qiiî reluit de beau . de gracieux, Je vois un de tes traits , Vierge Reine des cieux C'est toi l'arbre de vie , au jardin de l'Eglise ; Et la source d'eau vive , à nos pères promise ; Le mystique palais , que de ses propres maino L'Eternelle Sagesse a , dans ses grands desseins , Bâti pour contenir l'infinité du Yerbe I Temple de Salomon , tabernacle superbe , Sanctuaire où devait reposer Dieu-fait-chkir ; Dieu vaincu par l'amour , et vainqueur de l'Enfer ! O toi , la Vierge Reine , et la Reine des vierges , Dont l'autel est sans cesse illuminé de cierges ; Dont l'autel est chargé de tributs et de fleurs ; Mère du pur amour et Mère des douleurs ; Arche toujours flottant sur les eaux du déluge; De tous les naufragés , ô maternel refuge ! —

Et toi , Saint Jean , disciple , apôtre bien-aimé , Quand ton front virginal , de lys tout parfumé , Doucement s'inclina sur le sein de ton Maître , -^- Oh ! quelle pure extase en toi tu sentis naître I Qui peut dire, en ce jour, quels célestes torrents De lumière et d'amour inondèrent tes sens ; Quel voile s'entr'ouvrit , et quels divins mystères Te furent révélés-, 6 toi, qu'entre tes frères, Dieu choisit , comme un aigle au vol audacieux , Pour expliquer son Verbe et mesurer les cieux ?

Et vous , Saints d'Orient, saints de la Palestine , Votre secret, ce fut la chasteté divine !

Si vous avez monté , tels que des Séraphins , De soleil en soleil , jusqu'aux derniers confins Des globes entraînés dans l'invisible espace ; Loin des mondes créés , dont la figure passe , Si votre âme , si forée et libre en son essor , A pu se transformer sur un nouveau Thabor ; Et, volant jusqu'au ciel à la suite d'un Ange , Perdu le souvenir de la terre , où tout change ; Jusqu'au séjour de Dieu, si vous avez monté, — Oh ! dites , n'est-ce pas avec la chasteté ?

Et vous, humbles beautés, lys éclos dans le temple; Vous , que du haut des cieux l'Ange même contemple ; Qui , de tant de vertus embaumant chaque autel , Avez toujours gardé l'huile sainte du ciel ; Et qui , vivant ici de prière et d'extase , Sans cesse avez veillé sur le fragile vase :

Dites-moi ? vous savez , épouses de Jésus , Tout ce qu'une âme vierge exhale de vertus :

D'un Archange vainqueur vous avez l'attitude , Et pour vous l'héroïsme est comme une habitude ; A tout grand sacrifice , on vous voit tressaillir ; De vos yeux inspirés le bien semble jaillir ;

Le mot (le charité vous brûle et vous transporte : Ah ! vous me rappelez la femme vraiment forte ! C'est que la chasteté, ce trésor des trésors , Fait que l'âme s'embrase et s'élance au dehors ; Qu'au-dessus des calculs d'un vulgaire égoïsme , Klle suit un instinct d'angélique héroïsme ; Que pour combattre et vaincre , elle est prête toujours ; Et qu'elle a le secret des sublimes amours !

En perdant ce trésor , en cessant d'être chaste , Xi'homme perd avec lui l'ardeur enthousiaste ; 11 n'a plus les élans du héros et du saint , Et sur l'autel souillé le feu sacré s'éteint ! . . .

Ah ! qui peut rendre au cœnr l'innocence perdue ? Lorsqu'à travers le corps l'âme s'est répandue , Et qu'elle a dans les sens cherché* la volupté , —

L'Ange qui la gardait au ciel est remonté !

En de terrestres mains la fleur se décolore ,

Et du vase brisé le parfum s'évapore 1

La tache du péché ne peut jamais passer ;

Dieu peut la pardonner , mais no peut l'effacer ! —

chasteté , gardant l'homme pur de la fange ,

Tu rapproches de Dieu , tu rends semblable à l'Ange !

Noble enfant de l'Esprit , tu crains , ô chasteté ,

Les ornements du corps , sa grâce et sa beauté ;

Du luxe et du repos humble et grave ennemie ,

Jamais parmi les fleurs tu ne t'es endormie ;

Des terrestres attraits tu détournes les yeux ,

Et tu marches voilée , en implorant les cieux !

Et tel est ton pouvoir , ton divin caractère ,

Qu'on t'a voué partout un culte sur la terre ;

Les païens t'adorant , comme une Déité ,

Pour couronner ton front , plein de mysticité ,

Du frêle agnus-castus cueillaient la verte branche ,

Et plaçaient à tes pieds une colombe blanche ;

Et tout grand criminel , sous ton aile abrité ,

Trouvait grâce et rentrait dans la société !

Mais qu'étaient près de vous, humbles viciées chrétiennes.

Dans leur temple orgueilleux , les Déités païennes ;

La Sybille, régnant dans l'antre révéré;

Les Vestales eu chœur gardant le feu sacré? — chasteté, c'est toi, qui , domptant la matière,

En transformant le corps , le revêts de lumière !

C'est toi l'échelle d'or, l'aile du pur amour,

Par qui l'homme remonte au céleste séjour!

O chasteté , trésor le plus grand sur la terre ,

Lys caché dans notre âme et qu'un seul souffle altère ,

Rose , dont le parfum se répand au-dehors ,

Eclat intériem-, dont resplendit le corps;

C'est par toi qu'à nos yeux l'Idéal se révèle;

Que la lumière à flots sur notre front ruisselle

^^Li'ian doux rayon du Beau dans l'àme projeté,

lie l'essence divine y verse la clarté ;

Et qu'en nous réfléchie , une image céleste,

Comme un astre éclatant , fait pâlir tout le reste I

La nature , l'Eglise et la tradition ,

Chaque tribu sauvage et chaque nation.

En leurs accords divers chantant ton excellence ,

Ont commis à tes soins les clés de la science !

Venez donc , ô vous tous qui rêvez l'Idéal , Qui désirez marcher dans un chemin royal ; vous tous , qui vivez d'émotions brûlantes ; Qui poursuivez le bien , poitrines haletantes ; Vous tous qui traversez tant d'arides déserts , Cherchant la source vive et l'ombre des bois verts ; Vous, qu'on voit, à travers des obstacles sans nombre, De la réahté sans cesse embrasser l'ombre ; Venez donc : Pour atteindre au but tant souhaité , La radieuse voie , oh ! c'est la chasteté !

De l'homme chaste et saint , la vie est une extase ; Je ne sais quelle ardeur le transperce et l'embrase ; Pour Jui, l'air est plus pur; plus limpide est le ciel ; Les parfums sont plus doux ; plus suave est le miel ; L'univers rajeuni , devant lui, semble encore Ce qu'il était le jour où Dieu le fit éclore ; Maître de la matière , il parle en souverain ; Les animaux soumis se courbent sous sa main ; Immobile à ees pieds, le léopard repose; Et la douce colombe auprès de lui se pose ; L'étoile dans l'azur , prés des sources la fleur , Tont sert do frais symbole à sa douce candeur; Le ciel semble pour lui descendre sur la terre , Et l'Ange familier l'aime et lui parle en frère ; A la brise qui passe et l'effleure en passant, Chaque feuille a livré son arôme enivrant ; L'oiseau garde pour lui sa plus pure harmonie , La fontaine son eau que le ciel a bénie , Le flot bleii de la mer, l'arbre de la forêt, Tout tressaille pour lui d'un sympathique attrait ; Toute chose créée , aussi bonne que belle , Lui sert pour s'élever de merveilleuse échelle; De ce monde visible , aux contours radieux , Attiré par l'amour , il monte jusqu'aux cieux ; Et perdu dans les flots de l'Océan de vie , Son cœur savoure en paix l'extase de Marie !

chasteté, qui peut te louer dignement?

Le monde corrompu sourit , en te nommant ; Et pourtant, n'es-tu point, parmi les vertus saintes, Ce qu'est parmi les fleurs le lys dans nos enceintes , Le soleil dans le ciel , l'or parmi les métaux , La neige sur les monts, la perle au sein des eaux?

( loi» )

N'es-tu pas , au milieu de rivales altièj es , Ce qu'est le diamant parmi toutes les pierres ? Humble enfin et cachée, humble en ta royauté , N'es-tu pas au-dessus de l'Ange , ô chasteté ? L'Ange est un pur esprit , libre de la matière ; Mais l'homme a dans la chair son âme prisonnière. L'Ange dans le triomphe au ciel est aft'ermi ; Mais l'homme ici combat contre un triple ennemi ; Sans cesse il est tenté , sans cesse par l'image Son esprit abusé se voile d'un nuage; , Par l'âme et par les corps ^ sans cesse il est tenté : Et sans cesse il triomphe , en son humilité ! . . . . Oh ! bienheureux celui qui prend Dieu pour partage , Car son cœur a fait choix du plus saint héritage ! L'Evangile l'a dit: L'hymen n'est pas un mal; Mais l'hymen est moins sûr que l'état virginal ! Bénis tous ceux auxquels échoit le mariage ; Mais plus heureux celui qui reçoit en partage Ou le cloître ou l'autel , avec la Uberté ; L'hymen est moins heureux que la virginité ; L'un touche à l'animal , l'autre ressemble à l'Ange ; L'un , divisant son cœur, n'aime qu'avec mélange; L'autre , le possédant tout entier par l'esprit , Sans voile , tout entier le donne à Jésus-Christ ! —

Des droits de mon esprit en vain la chair jalouse Voudrait ravir mon cœur à sa mystique épouse ; L'instinct du vrai poète est de vivre k l'écart, Et la part de Marie est la meilleure part ; Le grand nombre toujours suit la loi du grand nombre ; Tandis que Marthe agit , sa sœur contemple à l'ombre ; L'une vit dans le trouble et dans le mouvement ; L'autre , de sa cellule a fait un firmament.

Des droits de mon esprit en vain la chair jalouse Voudrait ravir mon cœur a sa mystique épouse. — Oh ! bienheureux celui qui , seul et libre encor , De la virginité garde le saint trésor; Et qui foulant aux pieds toutes fleurs de la terre , Vers les cieux étoiles prend son vol solitaire : Il tient le sceptre d'or auquel tout est soumis ; Il a dans le désert les anges pour amis ; Et la nature entière, à ses ordres docile, Lui porte le tribut d'une moisson facile ; Son ivresse est sans trouble et sa joie est sans fiel : Et la terre pour lui semble déjà le ciel !

Brûlant d'un feu plus pur , il a plus de génie ; Son âme, en ses élans, ouvre une aile infinie; Et Uvrant à la chair de glorieux combats, Ce qu'est l'Ange là haut, il l'est dès ici-bas; Il boit un miel divin dans un terrestre vase : Sans être dans le ciel, il en connaît l'extase:

ÏÏt son œil, éclairé par (riiitimes clartés.

Contemple l'avenir dans ses obscurités ! —

Des droits de mon esprit en vain la chair jalouse Voudrait ravir mon cœur à sa mystique épouse ! D'un virginal hymen , qui ne peut s'accompUr , Trompé par ma candeur, j'eus le calme désir; Dans ce monde , agité de passions charnelles , Je crus pouvoir rêver des amours éternelles : Sur ce rêve enfantin descendit un éclair , Et l'éclair foudroyant purifia ma chair ; — Je vis , à sa clarté , d'autres cieux m'apparaître ;

Un Ange me guida vers l'autel tfe suis prêtre !

Ainsi que d'un linceul, de l'aube revêtu,

L'Esprit m'enveloppa de toute sa vertu ;

Et combattant pour Dieu , dans un monde de fange ,

Je dois garder toujours la pureté de l'Ange î

Ca Comtxmn.

SYLVIA

Puisque pour le chrétien la vie est un combat , Notre plus forte armure est dans le célibat; Affranchi de la chair , heureux le vierge athlète , L'ange contomplîitif qui vit dans la retraite ; Heureux l'homme de Dieu ! . .

Mon Père , écoutez-moi ; En toute humilité . je m'accuse avec foi ; Devant vous , devant Dieu , je m'accuse , ô mon Père : — De mes jours douloureux que l'histoire est amére ! Le malh<^r m'arracha de mon humble berceau , Placé près d'un grand fleuve et d'un faible ruisseau ; Le steam-boat mugissant me prit, — si frêle encore, — Et promena mon sorl^du Couchant à l'Aurore ; Et , jouet du destin , jouet de l'ouragan , «

Mon enfance flotta vers un sombre océan ; Et sans aucun ami , comme l'algue marine , Sur un sol inconnu j'abordai pèlerine; J'abordai sur la rive , oii l'homme , au bord des eaux , Dispute au crocodile un Ut dans les roseaux ; Et je vis l'Occident, aux immenses savanes , Les lieux embarrassés d'herbes et de lianes , La fertile Vallée , occidental jardin, Qu'arrose , dans son cours , le Nil Américain ; Où la douce nature , en son exubérance, Offre au pauvre orplielin une inculte abondance; Nature âpre et sauvage , aux refuges secrets , Qu'ombragent de leur deuil les funèbres cyprès ; Nature austère et belle , où Dieu parait plus grand , Et qui semble un Edeu au cœur de l'immigrant; Où l'on entend le soir, plaintifs anachorètes , Les whip-poor-wills chanter dans leurs sombres retraites ; Et là , je vivais seule ; et dès lors , je rêvais De talent et de gloire et d'héroïques traits; Et j'explorais les bois ; je cherchais, dans mes courses , Le chaste et froid cristal des solitaires sources ; J'allais tremper mon cœur dans les larmes des lys ; Je portais dans mon sein ceux que j'avais cueillis. —

Et bientôt , j'éprouvais une vague agonie; Dans la précocité de mon ardent génie , Poète , j'admirais Milton , Moore et Byron ; Mais ils ont assombri mon brillant horizon ; De rêves agités ils ont peuplé ma route ; Ils ont mis dans mon âme un germe de leur doute . . ^ Lasse d'une existence où , flétri par le mal , Chaque espoir de bonheur portait son fruit fatal , Il me semblait parfois que j'étais attirée Par l'invisible Esprit d'une sphère éthérée.

Dans un monde inconnu , qu'interd'sait la foi , J'aurais voulu planer palpitante d'efifroi ; Et dans le désespoir d'un funèbre délire , Evoquer la Magie en son occulte empire !

Qu'ai-je fait ? sans terreur , profanant les lombeaux , Des morts dans leur sommeil j'ai troublé le repos ; Par l'espoir m'égarant sur l'aile du vertige , J'ai suivi loin de Dieu l'éclat d'un faux prodige ! Oui , croyant m'élever, dans un mystique élan , J'ai descendu , captive , ainsi que le milan Qui tournoie ébloui par le reptile avide , Dont l'œil fascinateur rayonne de fluide !

Ohl que n'ai -je toujours, n'aimant que le Seigneur ^ De son amour goûté le tranquille bonheur ?

Que n'ai-je rencontré , dès mon enfance , un guide ; Un ami , selon Dieu , qui m'eût servi»d' égide ? — Mais , sans guide , et livrée à mon cœur orageux , Je voyais devant moi le monde nuageux ; Un voile s'abaissait sur toutes mes idées ; Mes folles passions n'ont plus été bridées. . . La chute , les regrets , l'amertume du mal , Les remords ont terni mon éclat virginal ; Et le noir désespoir, dans mon âme si vide, Se dressa tout-à-coup comme un spectre livide ! . . Que le Démon trompeur nous prodigue d'ennuis ! Que les jours qu'il nous donne ont de terribles nuits I Que tes fruits sont amers , arbre de la science I Et qu'il est doux d'aimer Dieu seul , dès son enfance l Un jour, — j'avais alors, mon Père, dix-huit ans, Je priais: Dieu fixa mes destins inconstants ; Une clarté céleste illumina mon àme ; Je sentis de l'amour l'ardente et sainte flamme ; Je vis briller en moi l'image d'Augustin :

Alors, tout mon passé , dès mon âge enfantin , Tous mes péchés , écrits sur des pages funèbres , Tout m' apparut soudain , éclairant mes ténèbres ! Et je sentis , au fond de mon cœur oppressé , Se former et monter , l'un par l'autre poussé , Chaque flot de douleur, chaque flot. d'amertume l ^t je sentis ce feu, qui pénètre et consume;

Ce feu du repentir presque égal à l'amour !

L'inviolable aveu , je le fis dès ce jour ; —

Et je ressuscitai! — C'est alors qu'entraînée ,

Ou plutôt , par instinct suivant ma destinée ,

J'entrai dans une église; et que là j'entendis

Une voix qui chantait le Ciel, le Paradis ;

Une voix qui , semblable au chœur sacré des Anges ,

De Marie , en sa gloire , entonnait les louanges ;

Marie Immaculée et Beine de Sion ,

Triomphant de la mon en son Assomption !

L'orgue, l'eDcens, les voix, dans la maison bénie,

Semblaient ne plus former qu'un fleuve d'harmonie !■

Et j'écoutais chanter les splendeurs de Sion;

A chaque mot, mon cœur vibrait à l'unisson;

Je conçus le désir d'être héroïque et chaste ;

Je me sentis plus forte et plus enthousiaste 1

Dans ces premiers élans de générosité ,

Je fis , devant l'aulel , le vœu de chasteté ;

Je le fis librement, par Dieu même inspirée;

Je le fis avec joie , en ma ferveur sacrée —

Après cinq ans, je vins, et j'entendis encor

La même voix chanter dans un pieux transport :

La terre est triste . elle a perdu sa Mère ; Mais dans le ciel chantent les chérubins I Vierge , en quittant les vallons de la terre , Oh I souviens-toi de tes fils orphelins !

Je vois briller les célestes phalanges , J'entends chanter des cantiques divins :

Mère , exaltée au-dessus des Archanges , Oh I souviens-toi de tes fils pèlerine !

Tout radieux , pour recevoir Marie , S'élève un trône aux palais étoiles:

Reine immortelle , en paix dans la Patrie , Oh ! souviens-toi de tes fils exilés I

Mais écoutez , mon Père : une douleur nouvelle

Accable encor mon âme ; oui , je pleure infidèle;

Je pleure amèrement tout le bonheur perdu I

Comme Eve , j'ai cueilli le beau fruit défendu ;

Je l'ai goûté comme elle, — et j'ai soufifert plus qu'elle!

Je pleure amèrement , car je suis infidèle !

ANTOINE CALYBITE.

Réparez votre faute , imitez Augustin , Faites ce qu'il a fait , soyez un séraphin !

SYLVIA

Augustin n'a jamais soufifert ce que je souffre ! —

Pardonnez-moi , mon père ! un insondable gouffre

Est ouvert devant moi ; mon cœur est effrayé

Du chemin tortueux que Satan m'a frayé !

Le monde , les parents , les faux biens m'ont séduite ,

Et le salut pour moi n'est plus que dans la fuite !

Je le sens , un nuage obscurcit mon esprit ;

Je n'aime plus ! je tremble au nom de Jésus-Christ f

Mais comment arracher l'épine douloureuse?

La grâce a déserté mon âme ténébreuse !

De Madeleine en pleurs , ayez compassion !

L'amour , le repentir et la confession , C'est le divin remède aux douleurs de votre âme ; C'est le baume sacré , le céleste dictame : — Aimez donc , et pleurez : une larme est assez Pour faire pardonner tous les péchés passés !

SYLVIA

J'aime , — je me repens , — je pleure et m'humilie l

Je le confesse enfin : L'orgueil est ma folie !

Oui , le respect humain , la honte , un lâche orgueil ,

M'ont brisée à la fin contre un sinistre écueil ! —

J'ai rougi de Marie , en ma faiblesse extrême ;

J'ai rougi de mon Dieu ; j'ai rougi de moi-même ! —

De reine devenue esclave du démon ,

Perdant ma royauté , j'ai dû changer de nom ;

Devant un Maître et Juge irrité , je m'incline. . . .

^ ANTOINE CALYBITE.

Espérez, mon enfant: l'humilité divine

Attire les pardons et les grâces du ciel ,

Et change l'amertume en doux rayons de miel. — ^

Oubliez le passé , l'avenir vous appelle ;

L'avenir vous réserve une gloire nouvelle !

SYLVIA

î)es lumières du ciel , des faveurs de Jésus ,

perte irréparable , ô formidable abus !

Quand l'âme , en son péché, pour retourner au monde,

Tombe du haut des cieux , — que sa chute est profonde !

mon père ! est-il vrai , puis-je encore espérer ?

Ce profane passé , puis-je assez le pleurer ?

ANTOINE CALYBITE.

Le repentir peut tout ,' au tribunal suprême ;

Le baptême des pleurs vaut'le premier baptême! —

Madeleine éplorée , Augustin repentant ,

De leur éclat divin éblouirent Satan ;

Et vous pouvez aussi , plus jeune et moins coupable ,

Vous pouvez l'éblouir d'une gloire ineffable ,

Ecraser son orgueil sous votre humilité ,

Et ressaisir les droits de votre royauté ! . . . .

Repentante , abaissez votre front dans la poudre :

Au nom du Dieu d'amour, j'ai le pouvoir d'absoudre !

SYLVIA

Mon père . me voilà ; — je viens , le cœur broyé Par la contrition et dans les pleurs noyé !

Confuse , anéantie , et n'osant , dans ma peine , Nommer du nom d'Époux celui qui me ramène .... Oh ! que j'ai de regrets de l'avoir offensé ! Dites , — comment pourrai-je expier le passé ?

ANTOINE CALYBITE.

Par la Croix ! . . . .

SYLVIA

Par la Croix ? — j'ai tout compris , mon père I C'est assez pour mon cœur; je triomphe et j'espère! — Je l'aimerai toujours , je n*airaerai que lui : Qui pourra m'ébranler , s'il devient mon appui ? — Le monde est sous mes pieds ; la chair est comprimée ; Le Démon tremble et fuit ; c'est une femme armée , Invincible guerrière , épouse et reine encor , Qui reparaît brillante au sommet du Thabor !

Oui , je sens battre en moi le cœur d'une héroïne! Oui , mon Père , je sens cette force divine , Cet instinct d'autrefois , ce généreux esprit , Qu'inspire au cœur brûlant l'amour de Jésus-Christ ! . . . Mes péchés , fussent-ils cent fois plus innombrables Que les feuilles d'automne ou que les grains de sables , Par les vents et les flots accumulés sans fin ; Pussent-ils , plus nombreux que l'invisible essaim D'insectes bourdonnant dans les noirs marécages , Ou dans un ciel d'hiver les orageux nuages ; Eussent-ils , dans leur nombre et dans leur gravité, Sondé l'abîme impur de toute iniquité , Tout ce qu'eu sa folie ose tenter la femme :

Jamais le désespoir n'entrera dans mon âme !

Jamais du désespoir l'orgueil impénitent Ne fera de mon cœur son enfer dévorant !

Seigneur , ô Dieu d'amour et de miséricorde , Lorsqu'au pied de la Croix mon âme se récorde , ' Dans la contrition , ce passé ténébreux Où j'adorais le vice et le Démon affreux , — Je comprends mon néant , je connais ma misère , Je mesure l'offense à la douleur amère; Je sais par mes remords et par mon repentir , Par ce qu'un seul péché m'a déjà fait souffrir ; Je sens ce qu'il contient d'infernale malice : Mais la miséricorde , et le prix du Supplice , Le prix du Sang divin versé pour nous sauver , L'amour du Rédempteur, — qui peut le mesurer?. . , Qui peut désespérer , quand la voix de la Mère Et quand la voix du Fils disent ensemble : Espère f Qui peut désespérer , quand Marie a promis Qu'elle peut obtenir tout pardon de son Fils? Fussé-je la dernière et plus coupable femme , Jamais le désespoir n'entrera dans mon âme I Jusqu'à mon lit de mort , jusqu'au seuil du tombeau , Je verrai luire encor l'espoir comme un flambeau ; Je verrai luire au ciel sa divine lumière ; Oui , le céleste espoir fermera ma paupière ! Et quand pour le crier , je manquerai de voix , Mon cœur dira tout-bas : faime , f espère et crois I

Ah ! le repentir sincère Nous donne d'amers dégoûts Pour les bonlieurs de la terre , Qui nous ont semblé si doux ! . . . .

Adieu , mensonges du monde ( pompeuses vanités , Qui , rapides comme l'onde , Roulez tant d'impuretés !

Salut , ô douce cellule , Où je puis gémir en paix, Loin du souffle qui nous brûle , Dans le monde et ses palais !

Sous les ailes de Marie, Je trouverai la fraîcheur ; L'espérance refleurie Viendra consoler mon cœur.

J'irai , comme Madeleine , Comme Thaïs, de mes pleurs Verser l'amère fontaine , La fontaine de douleurs !

Oh ! la douce et sainte chose , Que le calme et le repos , Dans une cellule close , Et dans un désert enclos I

Oh I l'heureuse solitude Que celle du Mont-Carmel , Où l'âme , en sa quiétude , Respire plus près du ciel !

Qui me donnera des ailes , Pour que je m'envole au loin , Et qu'avec les tourterelles J'aille gémir sans témoin ?

Que n'ai-je un trou dans la pierre Pour en faire mon séjour ; Pour y vivre de prière , Et pour y mourir d'amour î

Dans l'ivresse la plus pure , La mesure d'aimer Dieu , C'est de l'aimer sans mesure , Esclave d'un libre vœu I —

Source de toute lumière , Source de toute beauté , L'âme , ici-bas prisonnière , Trouve en lui la liberté !

L'âme , tranquille recluse , Puise en lui la sainte ardeur , Avec la science infuse , Dans sa mystique splendeur !

Elle plonge dans l'essence De l'éternelle unité , Extatique jouissance ; Déifique volupté I

Ca ^omkxation

SYLVIA

Mon àrae aspire encor vers les plus hautes cimes ; Je quitte enfin ce monde , aux rampantes maximes : Adieu , parents , amis ; ville natale , adieu ! Je vais me reposer dans la maison de Dieu !

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