LA SOLITUDE RELIGIEUSE
Amérique , salut I — Je bénis tes climats ;
De tes fils au désert je viens guider les pas ;
Je viens aax cœurs fervents préparer des retraites ,
Ouvrir la Thébaïde à tes anachorètes !
Saintement orgueilleuse , un jour , en m'écriant : —
L'Occident est plus riche en fruits que l'Orient I —
Avec toi je lirai , sous la voûte azurée ,
De tes milliers de saints la Légende Dorée !
Amérique , salut I — Je viens a toi ; je viens ,
Pour mon règne nouveau , choisir parmi les tiens ....
Et toi, Premier Ermite, humble et chaste poète, Austère enfant des bois , toi qui fus mon prophète ; Toi , dent le cœur cocstant a su me pressentir; Toi qui , dans ton amour , me chantais en martyr : Sois béni , mon élu I ton épreuve s'achève ; Tu vas réaliôer ton prophétique rêve I L'heure approche où la gloire , aux ombres succédant , Jettera son éclat sur l'immense Occident !
Tu verras par l'amour les retraites tranquilles , Les déserts se peupler, en dépeuplant les villes ; Les déserts luire encor, sous mon règne plus pur , D'autant d'astres que l'Ange en sème dans l'azur I
De l'Amérique en fleur , salut , Premier Ermite ,
Ascète pionnier , Antoine Calybite I
Au nom du Beau , du Bien et de la Vérité ,
Contre un siècle avili ta voix â protesté :
Ah I qu'importe à ton cœur sa haine ou sa vengeance ,
Son injustice hostile ou son indifférence ?
N'as-tu pas , pour charmer tes sentiers lumineux ,
Les fleurs , les chants d'oiseaux , les bruits harmonieux ,
Tout ce que la Nature , en sa beauté mystique
A de grâce attrayante et d'amour sympathique ?