‹ Trois ages, suite en fin de l'Antoniade: Poème érèmitiqueChapitre 40 sur 41 · FIN DU TROISIEME AGE · texte numérisé non relu

FIN DU TROISIEME AGE

lÊPILOGUE.

Une seule âme est plus que l'univers entier : Si ce livre aide une âme , en son essor altier ; S'il l'aide en son attrait, l'éclairé et l'encourage; S'il l'arrache du monde et, sauve du naufrage ; Et si, dans son élan vers la perfection, Elle y trouve une échelle à son ascension :

Ah I béni soit l'Esprit qui l'a dicté , ce livre ; J'ai fait une œuvre sainte et qui doit me survivre ; J'ai fait une œuvre utile, en écrivant ces vers, Et je peux mépriser le blâme des pervers !

Bonne Catherine , ô vierge d'Amérique , Accepte , en l'abritant , mon poème ascétique : — Je le sens, dans un siècle, où le grand nombre est roi, J'aurais dû m'asservir à la commune loi ; J'aurais dû proclamer l'éclat de la matière , Parler d'activité, de progrès, de lumière; Et flattant les instincts de la majorité , Voiler toute splendeur dont reluit l'unité ; J'aurai dû publier , sans parler de Marie , Les fatigues de Marthe , admirable en sa vie : Mais je n'ai pu le faire , insensé que je suis I C'est un rêve idéal que je chante et poursuis ; L'imagination , sur ses ailes de flamme , Au-dessus du désert a fait planer mon âme ; Immobile, inactif, aux pieds du Dieu Sauveur, L'amour n'a fait de moi qu'un poète rêveur ; Oui, lorsque j'ai voulu chanter, en mon déUre, Au seul nom de Marie a pu vibrer ma lyre I

Ce livre , qu'en mes bois j'ai longuement rêvé , Tel qu'il est, je le donne, ouvrage inachevé. — Apres moi , doit venir un barde plus robuste , Portant le sceau divin sur un front plus auguste I La poésie aura de glorieux élus, S'isolant pour chanter sous nos bois chevelus ; Dans un saint tremblement, sous l'ombrage mystique, Ils viendront invoquer la Muse érémi tique , Traduisant dans leurs chants les accords solennels, Qu'on entend ruisseler des luths universels ,

Tous ces accords divers ne formant qu'un seul fleuve, Où, dans sa soif du Beau, l'homanité s'abreuve 1

Ce livre , qu'en mes bois j'ai longuement rêvé , Tel qu'il est , je le donne , — ouvrage inachevé I Par les larmes du cœur , en secret répandues , Les cordes de ma harpe , hélas I sont détendues ; Elles ne vibrent plus , dociles sous mes doigts ^ Comme au souffle du soir la harpe des grands bois — Allons , Muse divine ; allons dans la retraite , A genoux , écouter la voix du Grand Poète !

Dans le bruit des forêts , dans le chant des oiseaux , Dans le mugissement de la chute des eaux , Dans tout ce qui gémit , pleure , prie et soupire , Allons saisir l'accent de l'Eternelle Lyre I Dans la Création , dans le Livre de Dieu , Ecrit en lettres d'or et syllabes de feu , Ecrit avec des fleurs , des étoiles sans nombre , — De la Beauté cachée allons saisir une ombre , Un reflet ravissant d'invisibles clartés :

" C'est Dieu qui fit les bois et l'homme les cités ! " Allons , Muse divine : " Ainsi qu'à Saint Jérôme , Il nous faut à tous deux ou le désert ou Kome I " H nous faut à tous deux , pour chanter et prier , Ou la Ville Eternelle ou l'ombre du palmier I . . . .

O Rome , pour les droits du Siège Apostolique , Pour ton Pontife aimé , quel élan sympathique Des Evêques sans nombre et des Prêtres divers , Des fidèles semés dans le vaste univers I Oh ! quel cri , tout-à-coup , quel accord unanime , Quels transports spontanés d'adhésion subhme l Oui , pour Èome Papale , Eternelle Cité , Pour le Pape régnant et pour la Papauté , Pour toi , Pio NoNO , tranquille et doux Monarque , Pilote vigilant de la Divine Barque , — Se proclamant partout tes courageux soutiens, — Quelle union d'amour parmi tous les chrétiens I Ah I que puis-je t'offrir , après les témoignages Que la foi t'envoya des plus lointains rivages ? Moi , l'obscur habitant des incultes déserts , Ah I que puis-je t'offrir ? . . . . Mon amour et mes vers ! Oui, Saint-Père , je t'offre et soumets ce Poème ; Je soumets à ton cœur , à ta raison suprême.

A l'infaillible Esprit qui t'inspire en tous temps , Avec amour et foi , je soumets tous mes chants I

Tout Pouvoir vient de Dieu ; tout pouvoir légitime Est soumis à la Loi , qui la règle et réprime ; Tout pouvoir de la terre, au ciel subordonné, Pour le Bien général au Monarque est donné ] C'est au nom de Dien seul , c'est comme Mandataire , Que tout Pouvoir humain s'exerce sur la terre ,

Le Peuple, en déléguant ce céleste Pouvoir, L'environne d'amour et l'aide à se mouvoir,

Dans le cercle tracé par la Règle suprême ; Ce pouvoir qu'il délègue, il le respecte et l'aime I Tout Pouvoir vient du ciel et doit être soumis Aux éternelles lois qui lui servent d'appuis : Mais , parmi les pouvoirs , — royal ou populaire , - Domine en souverain le Pouvoir du Saint-Père ; C'est le double Pouvoir , — divin et temporel , — Tenant les saintes clés de la terre et du ciel ; C'est le Pouvoir central de la Hiérarchie , Des Souverainetés , c'est la Suprématie I Sans ce Pouvoir divin , central , universel , Soutenu par l'espoir de son Règne éternel , Tout Pouvoir de la terre , inconstant et mobile, N'a pour se reposer qu'une base fragile I Oui , du Pouvoir divin , oui , de l'Autorité , Le seul Palladium est dans la Papauté I Visible à tous les yeux , c'est elle qui rayonne De l'immortel éclat dont le ciel l'environne ; C'est elle qui survit , sur l'immobile roc , Aux trônes s' écroulant à chaque nouveau choc ; C'est elle qui reluit, tranquille et souveraine. En son amour immense et s h. force sereine I Le Pape est entouré d'augustes Cardinaux ; H éclaire ses pas des plus ardents flambeaux; L'Orbe de son pouvoir, c'est l'orbe de l'Eglise; Chaque Bref de sa main au ciel se légalise; D'un nimbe de clartés son front est toujours ceint ; Le Pape est inspiré, guidé par l'Esprit-Saint ; Du Dogme Catholique infaillible Interprète, Quand sa voix a parlé , toute voix est muette ; Et chaque Evêque, élu par le Pontife-Roi; Lié par un serment, obéit à la Loi; Fidèle observateur de cettjB Loi divine, Des canons de l'Eglise et de la discipline , Le Prêtre, en le voyant toujours obéissant, De sa fidéhté suit l'exemple puissant :

Ainsi, tout dans l'Eglise, avec ordre et mesure, Observant de Dieu seul la Règle claire et sûre. Dans la soumission trouve la liberté.

Et n'obéit qu'à Dieu , source d'Autorité I

L'Autorité, c'est Dieu, c'est la Règle divine, C'est du Pouvoir Papal la sainte discipline : Se soumettre et s'astreindre , obéir , c'est régner ; Le plus libre est celui qui sait se résigner ; L*àme , en obéissant , est vraiment affranchie ; L'amour habite en elle , ainsi que l'harmonie I Heureux l'homme qui sait avec joie obéir : — Obéir . c'est régner ; commander . c'est servir !

Au nom de Nouveau-Monde , au nom de l'Amérique , Du fond de mon désert, à travers l'Atlantique, Dans le lar]ga,2:e aimé, que j'appris des grands bois, Au cœur du Vatican , je jette aussi ma voix!

Du sol Républicain , ou l'Eglise est si libre , Jusqu'aux bords arroses par les ondes du Tibre , Dans un cri sympathique, un cri d'amour ardent, Je jette aussi ma voix, ô Rome , en t'exaltanti Interprète amoureux de nos Tribus sauvages, Dans leur diversité, parlant tant de langages, Au Grand Chef Robe-Noire , au doux Pio Nono , De leurs cœurs dévoués je me suis fait l'éclio I

Crui. Lux, Du3i

Si j'avais les grandes ailes De la blanche watounla Aux six tribus fraternelles - Jetant mon plaintif oula , De notre immense royaume , Oui, m'en volant jusqu'à Rome, Aux portes du Vatican , Dans un héroïque élan , Je crîrais : " Chef Robe-Noire , Pio Nono , peux-tu croire , Père des Indiens , Comme de tous les chrétiens; toi , dont l'amour embrasse Chaque peuple et chaque race :

Près du Kansas ,

De r Arkansas ,

Et du Texas , Il existe un Territoire, Assez grand , Chef Robe-Noire , Pour nourrir les Cherokis , Les Chactas et les Shaunis , Les Chikassas agricoles, Les Criks et les Séminoles ; Mais ces nombreuses tribus.

Hélas! n'aperçoivent plus Des fervents Evangclistes Les infatigables pistes!

Dans la profondeur des bois , Ne retentit plus la voix Des G-arniers et des Jogues ; Et les rapides pirogues , Qui les portaient jusqu'à nous.

Ont déserté nos bayous !

Ah I pour les Pâles- Visages Abandonnant les Sauvages , Non , les apôtres nouveaux Ne sont plus vê^us de peaux :

Les nomades habitudes Des lointaines solitudes Epouvantent les abbés

De nos modernes cités !

Envoie, ô Chef Robe-Noire.

A ce vaste Territoire ,

A tes enfants oubliés , D'apostoliques Garniers :

Qu'ils adoptent nos usages , Et qu'ils parlent nos langages , Et qu'ils vivent comme nous , En se faisant tout à tous !"

Si j'avai& les- grandes ailes De la blanche watounla Aux six tribus fraternelles Jetant mon plaintif oula , J'irais , dans les séminaires , .

Chercher des Missionnaires ,

Pour le Kansas ,

Pour l'Arkansas ,

Et le Texas!

Oui, j'irais dans les enceintes, Où brûlent les âmes saintes , Les jeunes cœurs pleins de feu , Demander, au nom de Dieu,

Au nom des nôtres ,

Quelques apôtres ,

Pour le Kansas,

Pour l'Arkansas

Et le Texas !

Et dans mon grand Territoire , Je verrais la Robe-lN'oire , Nous apprenant à prier , Réjouir chaque foyer Du wigwam hospitalier !

m LA MORT DE MOJiSEillNfllIB L'AMHIVEQUE

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