‹ Trois amies de ChateaubriandChapitre 39 sur 63 · Mémoires de la comtesse de Boigne, tome I, p · texte numérisé non relu

Mémoires de la comtesse de Boigne, tome I, p

trémement et l'on verra bientôt cette jeune Hortense qui l'amusa.

Cependant, un jour qu'il se promenait avec M. de Marcellus, ils allèrent jusqu'au couvent de Saint- Onuphre, demeure dernière de Torquato Tasso1. Comme il était mélancolique et subissait avec facilité l'influence des lieux et l'attrait des légendes, il dit : « Et moi aussi, j'ai du penchant pour le cloître; et je voudrais mourir ici... » La retraite et la méditation le tentaient, ce jour-là. Et il disait encore : « Saint Grégoire de Nazianze a souhaité comme moî le désert... » Mais il souhaitait, lui, bien d'autres choses, auxquelles saint Grégoire de Nazianze n'a jamais songé. Ainsi, Hortense fut l'objet de sa curiosité.

Il écrivait à Juliette; et la matière admirable de ses lettres lui était fournie par les grands événements d'alors, la mort du pape, le conclave, les cérémonies des funérailles et l'intrigue des royaumes. Ses lettres sont si belles qu'il les a introduites dans les Mé moires d'outre-tombe2. Il les adressait tout ensemble à Juliette et à la postérité. La tendresse et l'histoire étaient alors ses graves muses.

Le 15 avril 1828, mercredi de la semaine sainte, à ténèbres, on chanta le Miserere dans la chapelle Sixtine. L'ambassadeur y fut. Il se souvint que Juliette, jadis, lui avait parlé de cette cérémonie : « J'en

1. Comte de Marcellus, Chateaubriand et son temps (Paris, Michel Lévy, 1859), p. 370.

Page 1