‹ Trois amies de ChateaubriandChapitre 48 sur 63 · Souvenirs du chevalier de Cussy, tome I, p · texte numérisé non relu

Souvenirs du chevalier de Cussy, tome I, p

nORTENSE ALLART

Les Grecs, qui ont placé la Mémoire dans le chœur des muses, imaginèrent en son honneur de gracieuses mnémotechnies. Par exemple, ils racontaient que, le jour de la bataille de Salamine, Eschyle arrivait au plus haut point de sa carrière, Sophocle était au nombre des adolescents qui célébraient la victoire; et Euripide naissait. De telles coïncidences, où il serait agréable de voir l'œuvre de la destinée, témoignent de l'ingéniosité publique. Quand il y a dans les hasards un peu de régularité, il est rare que les hasards aient travaillé tout seuls.

Cependant, au mois de septembre 1801, — l'année même où Chateaubriand conquit l'amour de Pauline de Beaumont et partit avec elle pour le refuge tendre de Savigny; cette année même où il vit pour

la première fois Juliette Récamier, qu'il ne devait aimer que dix-sept ans plus tard, — cette année-là, naquit à Milan Hortense-Thérèse-Sigismonde-Sophie-Alexandrine Allart, qu'il devait aimer vingthuit ans plus tard.

Ainsi la bienveillante, féconde et scandaleuse nature pourvoyait aux amours de René : elle lui préparait un perpétuel renouvellement d'affectueuse jeunesse. '

Les Mémoires d'outre-tombe, qui racontent tant de choses, — souvent exactes, — sont à peu près silencieux, pour ce qui est d'Hôrtensé. Ils ne la mentionnent qu'une fois, et seulement comme une distinguée femme de lettres : « Madame Tastu marche au milieu du chœur moderne des femmes poètes, en prose ou en vers, les Allart, les Waldôr, les Valmore, les Ségalas, les Révoil, les Mercœur, etc., etc. : Castaiidum turba1. » Belle énumération, flatteuse, mais où l'on n'aperçoit pas qu'une tendresse soit dissimulée. Chateaubriand, dans ses Mémoires, parle beaucoup de ses amies; mais il a l'honorable soin de présenter ses amours comme des amitiés : le reste, il le donne à entendre... Avec Hortense, ce n'était pas possible. Cette aimable femme avait eu de si célèbres et nombreuses aventures, qu'en se disant son simple ami, Chateaubriand risquait le ridicule. Il supprima cette anecdote d'une existence qui était assez riche, au surplus, sans cela.

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