LE CH\II SE FAIT LIRE LKS JOIRNAIX FRANÇAIS FAR I TI.MAO ES SALI \NMI
Chemin faisant, Etcmad cs-Saltanch me raconte que l'ctat de santé du chah a inspire de telles appréhensions, que des dispositions, discrètes mais réelles, ont etc prises par l'héritier présomptif en prévision de la vacance du trône. ((Heureusement, ajoute-t-il; car, si le roi était mort, c'eût été le signal d'une révolution en Perse, c^ nous n'aurions rien eu de mieux à iâire que de rebrousser chemin \ de retourner en Russie.»
Et, à ce propos, il m'apprend que le valiahd n'est pas le fils aîné du chah; que le fils aîné, Zel es-Sultan, aâuellemcnt gouverneur d'Ispahan, n'a point renoncé au trône, bien que n'y ayant pas droit en raison de l'origine non princière de sa mère, & qu'il le disputerait à son frère cadet les armes à la main, le cas échéant. Selon Etcmad cs-Saltaneh, nous aurions donc couru un sérieux danger.
Cette disposition d'esprit de mon compagnon de route ne lui était sans doute pas personnelle, ik cette crainte d'une révolution avait dû hanter plus d'un de ces personnages, pour qu'une manifestation si générale se produisît en ma faveur aux premiers signes d'une amélioration dans l'état du souverain, à la suite de mon intervention. Aux transes, aux sombres pensées qu'avait fait naître la perspcâive de perdre une situation élevée ik lucrative, avait succédé une brusque détente, dont l'effet s'était tout d'abord porté, les paroles du chah aidant, vers celui à qui on pensait en être redevable.
Nous arrivons près de Sadobot, à i,8oo mètres, sur un petit plateau verdoyant, ceint de montagnes. Les premiers contreforts présentent ces ondulations molles polychromes déjà vues; un sommet plus éloigné & plus élevé est coiffé de neige.
Un orage, à l'ouest, ne nous donne que quelques gouttes de pluie. Il en est presque toujours ainsi : ces pluies d'orage tombent dans la montagne, rarement la plaine en bénéficie.
Le chah, que je vois vers six heures du soir, n'a plus eu ni fièvre ni diarrhée; il se sent rétabli. Je l'engage néanmoins à prendre encore 5 décigrammcs de sulfate de quinine, afin d'être plus sûr de l'avenir. Il accepte, me demandant seulement de le lui donner en pilules. Sur sa demande également, il l'avait pris jusqu'à présent en solution. En voyage, j'ai toujours sur moi de ces pilules, je lui en offre immédiatement. Habitué sans doute à ne prendre que des médicaments de sa pharmacie, des préparations faites généralement sous ses yeux, il me questionne sur la provenance de ces pilules ^ semble s'étonner de
EN PERSE. 75
ce que j'en aie ainsi dans ma poche. Je lui réponds que, sujet aux fièvres, je prends fréquemment du sulfate de quinine à titre préventif en pays fiévreux; qu'il m'est donc indispensable d'en avoir toujours sous la main, surtout en route; que celui-ci, dont je puis garantir la pureté, a été préparé à Paris ik mis en pilules d'après mon ordonnance, peu avant notre départ.
Sa Majesté, satisfaite de mes explications, manifeste le désir d'avoir des pilules pareilles aux miennes ^ me dit d'en commander mille à Paris, par dépêche télégraphique. Je me garde bien de faire la moindre objeél:ion, de taire observer, par exemple, que mille pilules c'est beaucoup, qu'elles auront le temps de sécher avant d'être employées ik de perdre ainsi de leurs qualités. Ce serait peut-être m'exposcr à diminuer la confiance du roi dans les médicaments que je prescris, confiance que je suis trop heureux d'avoir inspirée. En conséquence, je promets de télégraphiera Paris sans retard. Sa Majesté accueille mes paroles avec une joie non dissimulée, cS: m'offre des bonbons persans que vient de lui apporter le fidèle cS: dévoué Mirza Abdul Khassem, sous-chct de roffice roval.
2y septembre. Cette nuit, une pluie fine a tait entendre sur les tentes son bruit doux <S. monotone, qui porte au sommeil, & la neige est tombée sur les hauts sommets bordant Thorizon. Aussi la route, que le soleil n'a pas encore séchée, est-elle ce matin un peu moins poussiéreuse.
Un groupe de quelques soldats, sur notre droite, attire mon attention. Ils sont autour d'un des leurs étendu sur le sol. Je descends de voiture &, m'approchant, je vois un malheureux soldat agonisant. Malade depuis quatre jours, d'après ce que disent ses camarades, il a suivi tant qu'il a pu, privé de tout soin, certainement, car il n'y a pas de médecin avec cette troupe, & aujourd'hui, ne pouvant aller plus loin, il s'est arrêté à cet endroit & v meurt; chose toute naturelle cS. inévitable pour ce monde fataliste : c'était écrit.
Et, à ce propos, il m'apprend que le valiahd n'est pas le fils aîné du chah; que le fils aîné, Zel es-Sultan, aâuellement gouverneur d'Ispahan, n'a point renoncé au trône, bien que n'y ayant pas droit en raison de l'origine non princière de sa mère, & qu'il le disputerait à son fi-ère cadet les armes à la main, le cas échéant. Selon Etcmad es-Saltaneh, nous aurions donc couru un sérieux danger.
Cette disposition d'esprit de mon compagnon de route ne lui était sans doute pas personnelle, ik cette crainte d'une révolution avait dû hanter plus d'un de ces personnages, pour qu'une manifestation si générale se produisît en ma faveur aux premiers signes d'une amélioration dans l'état du souverain, à la suite de mon intervention. Aux transes, aux sombres pensées qu'avait fait naître la perspeâive de perdre une situation élevée & lucrative, avait succédé une brusque détente, dont l'effet s'était tout d'abord porté, les paroles du chah aidant, vers celui à qui on pensait en être redevable.
Nous arrivons près de Sadobot, à i,8oo mètres, sur un petit plateau verdoyant, ceint de montagnes. Les premiers contreforts présentent ces ondulations molles polychromes déjà vues; un sommet plus éloigné & plus élevé est coiffé de neige.
Un orage, à l'ouest, ne nous donne que quelques gouttes de pluie. Il en est presque toujours ainsi : ces pluies d'orage tombent dans la montagne, rarement la plaine en bénéficie.
Le chah, que je vois vers six heures du soir, n'a plus eu ni fièvre ni diarrhée; il se sent rétabli. Je l'engage néanmoins à prendre encore 5 décigrammcs de sulfate de quinine, afin d'être plus sûr de l'avenir. Il accepte, me demandant seulement de le lui donner en pilules. Sur sa demande également, il l'avait pris jusqu'à présent en solution. En voyage, j'ai toujours sur moi de ces pilules, je lui en offre immédiatement. Habitué sans doute à ne prendre que des médicaments de sa pharmacie, des préparations faites généralement sous ses veux, il me questionne sur la provenance de ces pilules ^ semble s'étonner de
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ce que j'en aie ainsi dans ma poche. Je lui reponds que, sujet aux fièvres, je prends fréquemment du sulfate de quinine à titre préventif en pays fiévreux 5 qu'il m'est donc indispensable d'en avoir toujours sous la main, surtout en route; que celui-ci, dont je puis garantir la pureté, a été préparé à Paris & mis en pilules d'après mon ordonnance, peu avant notre départ.
Sa Majesté, satisfaite de mes explications, manifeste le désir d'avoir des pilules pareilles aux miennes ^ me dit d'en commander mille à Paris, par dépêche télégraphique. Je me garde bien de faire la moindre objciHon, de taire observer, par exemple, que mille pilules c'est beaucoup, qu'elles auront le temps de sécher avant d'être employées <S: de perdre ainsi de leurs qualités. C>e serait peut-être m'exposcr à diminuer la confiance du roi dans les médicaments que je prescris, confiance que je suis trop heureux d'avoir inspirée. En conséquence, je promets de télégraphier à Paris sans retard. Sa Majesté accueille mes paroles avec une joie non dissimulée, ik m'offre des bonbons persans que vient de lui apporter le fidèle cS: dévoué Mirza Abdul Khassem, sous-chct de l'office roval.
2y septembre. Cette nuit, une pluie fine a tait entendre sur les tentes son bruit doux <S. monotone, qui porte au sommeil, & la neige est tombée sur les hauts sommets bordant l'horizon. Aussi la route, que le soleil n'a pas encore séchée, est-elle ce matin un peu moins poussiéreuse.
Un groupe de quelques soldats, sur notre droite, attire mon attention. Ils sont autour d'un des leurs étendu sur le sol. Je descends de voiture &, m'approchant, je vois un malheureux soldat agonisant. Malade depuis quatre jours, d'après ce que disent ses camarades, il a suivi tant qu'il a pu, privé de tout soin, certainement, car il n'y a pas de médecin avec cette troupe, & aujourd'hui, ne p)uvant aller plus loin, il s'est arrêté à cet endroit ôv v meurt; chose toute naturelle \ inévitable pour ce monde fataliste : c'était écrit.
Tandis que je constate la mort de ce pauvre diable, passe une voiture de la cour contenant trois femmes : la Géorgienne, qui a échangé le costume d'homme, qu elle portait en Europe, contre celui de femme persane, &c deux jeunes filles que Sa Majesté a reçues en cadeau à Tauris, ce qui est considéré surtout comme une bonne fortune pour leurs familles.
Nous traversons un col, à 2,150 mètres, puis redescendons sur un plateau, à 1,800 mètres comme le précédent. Non loin se trouvent les ruines d'un château où Abbas Mirza, grandpère de Nasr ed-Din, a reçu le général Gardane, envoyé par Napoléon auprès de Feth Ali Chah.
On arrive à Oudjân, vers midi, ayant fait 4 farsakhs. Cette localité possède des sources chaudes dont on m'apporte quelques échantillons, pensant qu'à simple vue je vais découvrir à ces eaux toutes les vertus.
28 septembre. — Les plateaux deviennent un peu plus accidentés. Sur un monticule, nous passons entre de gros blocs de pierre qui donnent l'impression de ruines. Bien qu'on n'y voie rien autre chose que des pierres éparses & pas le moindre vestige de murs, mon compagnon croit qu'il y a eu là des construâions importantes, une forteresse au moins, ce point ayant été frontière d'après ses lefturcs.
Nous laissons sur la gauche de la route un caravansérail qui, par hasard, n'a pas trop souffert des injures du temps. Son bon état relatif m'engage à le crayonner sur mon album, afin d'avoir un spécimen de ces immenses constru6lions assez semblables entre elles. L'inscription qui se lit au-dessus de la porte d'entrée apprend qu^il a été construit par «Hadji Mohammed Hassein Ghilani, contemporain de Séfcvi».
Tikmédoch, à près de 2,000 mètres, est atteint vers onze heures, dans le but d'y déjeuner 5 car le chah ne déjeune plus en route depuis sa maladie.
Les repas du chah ! La manière de les servir ne manque point
EN PERSE
d'originalité. Les plats ne sont pas présentés l'un après l'autre comme à nos tables : hors-d'œuvre, mets ik desserts, tout est apporté en même temps par autant de ferrachs qu'en réclame le volume des aliments. On voit venir ces krrachs, posément, à la queue leu leu, précédés de Mcdjcd ed-Dovlch, l'intendant en chef. Ils portent sur la tête un grand plateau rond de métal {medjmoiith, vulg. medjnuh)^ chargé de nourriture abritée sous un %//r///^^/r (cotonnade peinte) aux vivçs couleurs, bordé d'une longue frange de soie multicolore.
( rtMiuis ik- l'duleur.
CARAVANM K\II. IH TIKMhDiJi.H.
Arrivés près du roi, tous déposent devant lui leur medjmeh à terre, le découvrent <S: le débarrassent de son contenu 5 puis ils se retirent, emportant mcdjmehs vides c\ kalcmkars. Ceci fait, le maître d'hôtel, Aga Daï, aidé quelquefois de Mirza Abdul Khassem, approche à portée de la main les mets choisis par le chah, qui prend son repas, comme tous les Persans, accroupi devant une nappe en cuir, étalée à terre <!s: recouverte d'une légère cotonnade de couleur, sans l'aide de cuiller ni de fourchette.
Les brochettes de rôtis, les tameux kébabs, font seuls excep-
Tandis que je constate la mort de ce pauvre diable, passe une voiture de la cour contenant trois femmes : la Géorgienne, qui a échangé le costume d'homme, qu'elle portait en Europe, contre celui de femme persane, & deux jeunes filles que Sa Majesté a reçues en cadeau à Tauris, ce qui est considéré surtout comme une bonne fortune pour leurs familles.
Nous traversons un col, à 2,150 mètres, puis redescendons sur un plateau, à 1,800 mètres comme le précédent. Non loin se trouvent les ruines d'un château où Abbas Mirza, grandpère de Nasr ed-Din, a reçu le général Gardane, envoyé par Napoléon auprès de Feth Ali Chah.
On arrive à Oudjân, vers midi, ayant fait 4 farsakhs. Cette localité possède des sources chaudes dont on m'apporte quelques échantillons, pensant qu'à simple vue je vais découvrir à ces eaux toutes les vertus.
28 septembre. — Les plateaux deviennent un peu plus accidentés. Sur un monticule, nous passons entre de gros blocs de pierre qui donnent l'impression de ruines. Bien qu'on n'y voie rien autre chose que des pierres éparses & pas le moindre vestige de murs, mon compagnon croit qu'il y a eu là des construâions importantes, une forteresse au moins, ce point ayant été frontière d'après ses ledtures.
Nous laissons sur la gauche de la route un caravansérail qui, par hasard, n'a pas trop souffert des injures du temps. Son bon état relatif m'engage à le crayonner sur mon album, afin d'avoir un spécimen de ces immenses constru6lions assc^ semblables entre elles. L'inscription qui se lit au-dessus de la porte d'entrée apprend qu*il a été construit par «Hadji Mohammed Hassein Ghilani, contemporain de Séfévi».
Tikmédoch, à près de 2,000 mètres, est atteint vers on2e heures, dans le but d'v déjeuner; car le chah ne déjeune plus en route depuis sa maladie.
Les repas du chah ! La manière de les ser\^ir ne manque point
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d'originalité. Les plats ne sont pas présentés Tun après l'autre comme à nos tables : hors-d'œiivre, mets ik desserts, tout est apporté en même temps par autant de ferrachs qu'en réclame le volume des aliments. On voit venir ces ferrachs, posément, à la queue leu leu, précédés de Mcdjcd ed-Dovleh, l'intendant en chef. Ils portent sur la tcte un grand plateau rond de métal [medjmoucb, vulg. medjimb)^ chargé de nourriture abritée sous un %//r///;^^/r (cotonnade peinte) aux vivçs couleurs, bordé d'une longue frange de soie multicolore.
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CKRANANM KAII. I>l IIKMhDOCH.
Arrivés près du roi, tous déposent devant lui leur medjmeh à terre, le découvrent cS: le débarrassent de son contenu; puis ils se retirent, emportant medjmehs vides cS. kalcmkars. Ceci fait, le maître d'hôtel, Aga Daï, aidé qj^iclquetois de Mirza Abdul Khassem, approche à portée de la main les mets choisis par le chah, qui prend son repas, comme tous les Persans, accroupi devant une nappe en cuir, étalée à terre <S: recouverte d'une légère cotonnade de couleur, sans l'aide de cuiller ni de fourchette.
Les brochettes de rôtis, les fameux kébabs, font seuls excep-
tion à la règle. Ils sont servis isolément, à point, juste au moment de les savourer. «On devient cuisinier, mais on naît rôtisseur», a écrit Brillât-Savarin. En effet, il y a plus que du métier, il y a de l'art dans la préparation de ces fins kébabs, 6c le maître rôtisseur de Sa Majesté ne peut pas être confondu avec un vulgaire maître queux.
Le repas terminé, tout est enlevé sur les mêmes plateaux, par les mêmes ferrachs, pour être servi successivement aux différents serviteurs, depuis les plus élevés jusqu'aux plus infimes. Que peut-il bien rester aux derniers.^ Des grains de ri2 à glaner & des os à ronger.
Quel que soit le nombre de gens à nourrir, la nourriture est tout aussi peu variée 5 la quantité de chaque mets, du pilau surtout, est augmentée en proportion, voilà tout. Mais on conçoit, avec le train de maison de Sa Majesté le chah in chah, qu'un repas f)eut atteindre des proportions colossales, & que la file des ferrachs qui l'apportent peut s'allonger à l'infini.
Notons encore que le roi mange toujours seul. Ainsi l'exige la rigide étiquette.
Notre camp s'étale au bord d'un ruisseau profond, dont le lit est sillonné par quelques minces filets d'eau, sur un plateau très ondulé, en un coin cultivé. Dans le lointain, même hori2on de montagnes qui s'estompent en tons bleuâtres.
2p septembre, — Les deux chaînes de montagnes, l'une à droite et l'autre à gauche, nous suivent toujours, mais en s'éloignant, car les plateaux deviennent plus larges, tout en conservant le même aspc6t mamelonné & raviné.
A Karatchamen, nous campons au fond d'un de ces ravins, dans le lit d'une large rivière réduite à deux petits ruisseaux, à 1,650 mètres d'altitude.
Ces gens font tout pour avoir la fièvre, dont j'ai à constater chaque jour de nouveaux cas. Hier, c'était Emir Nizam, vieillard d'une intelligence supérieure, d'une grande expérience &
EN PERSE
d'une sagesse consommée, qui lui ont valu une place de confiance auprès du valiahd, après avoir représente son pays à Paris. Comme je lui hisais remarquer, à propos de son accès de fièvre, le mauvais choix habituel de remplacement du camp, ik que je lui hisais part de quelques-unes de mes surprises depuis mon entrée en Perse : «Ne vous étonnez pas pour si peu.
ïjI.NS |)K I.'\HI)\RKIIANl..
me dit-il, vous verrez ici des choses extraordinaires.» Aujourd'hui, c'est Mahmoud Khan, ministre de Perse à Petersbourg, qui nous a rejoints depuis peu. Il m'arrive couvert d'une pelisse, la tête enveloppée d'un foulard, grelottant de fièvre. Et il en viendra bien d'autres, avec cette habitude de toujours placer le camp dans les endroits les plus bas, près des rivières, même au fond de leur lit, comme le camp a6luel, sans autre considération que d'avoir de l'eau à portée, que dis je! à portée, dans les tentes mêmes, si faire se peut. Un camp musulman
8o TROIS ANS A LA COUR DE PERSE.
ne serait pas à sa place s'il n'était littéralement dans l'eau. Quand, vu sa dimension & la configuration du terrain, il n'est pas possible de mettre la tente du chah à cheval sur un ruisseau, les ferrachs en détournent le cours, afin de procurer à leur maître l'agrément de l'eau courante sous sa tente. Et chacun cherche de même à en avoir, ne serait-ce que le plus léger filet.
Si Mahomet a mis partout de l'eau & des ombrages fiais dans son paradis, c'est qu'il s'adressait à des êtres qui en sont singulièrement privés. Avoir de l'eau ik de la fiaîcheur sur ce sol aride, au milieu de cette atmosphère surchauffée & sèche, c'est, en effet, une jouissance paradisiaque. De plus, pour un musulman, c'est affaire d'ablutions.
Parlons-en de ces ablutions! Il est facile de se convaincre que, pour le plus grand nombre, elles n'ont rien de commun avec l'hygiène, pas même avec la plus élémentaire propreté. J'en vois se répandre un peu d'eau ou tout uniment se passer la main mouillée le long des avant-bras & des mains, le long des jambes & des pieds, selon le sens, c'est possible, indiqué par les Ecritures, mais sans chercher à rien nettoyer. D'autres, plus fervents sans doute — puisque c'est chose de piété, pratique religieuse, — se déshabillent complètement, entrent un peu dans l'eau, s'en versent sur la tête à se mouiller tout le corps, &, également sans faire la moindre fridtion, le moindre nettovage, sans même s'essuyer, remettent des vêtements crasseux qui, eux, n'ont jamais dû être mouillés que par la pluie. Toujours pour cause d'ablutions, il y en a qui ne manquent pas de satisfaire leurs besoins au bord de l'eau, ce qui n'empêche personne de boire de cette eau.
Quand je formule ces réflexions, on me répond : «Ce sont là des musulmans qui ne voient que la lettre ik ne comprennent pas l'esprit du Koran.» Combien, helas! ces musulmans sont nombreux. Cx:s pratiques, ces habitudes n'en doivent pas moins avoir des effets désastreux, par exemple en temps d'épidémie. Le Koran, qui ordonne de faire des ablutions avant chaque
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prière, dit aussi que toute eau courante est bonne à boire. Pourquoi alors ne boiraient-ils point de l'eau du ruisseau qui coule, même après l'avoir souillée? Ne serait-il pas préférable de faire respeéter par tous toute eau, courante ou non, dans un pays où l'eau est si précieuse par sa rareté? Mais ici, malheureusement, lorsqu'il y a conflit entre l'hygiène & la religion, celle-ci l'emporte toujours.
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