LA TENTE ROYALK DRESSEE DANS LA RIVIERE
Avant d'arriver au campement, nous rencontrons six tarantas chargés d'énormes loupes de nover que des moujiks viennent de chercher au Kurdistan, où il s'en hit, paraît-il, un assez grand commerce. Des planchettes minces, pour placage, sont extraites de ces loupes en Russie.
Ce soir, orage à la tombée de la nuit, sans pluie sur le camp, mais avec très grand vent, aux efforts duquel nous sommes heureux de voir nos tentes résister.
^0 septembre. — A droite, la chaîne de montagnes s'cloignc à mesure que nous avançons, au point de presque disparaître à l'horizon. Le sol est profondément creusé de ravins au fond desquels se trouve généralement un cours d'eau. L'eau ne manquant pas, la campagne est assez cultivée, surtout aux abords de Turkmentchaï, village près duquel notre camp s'étale sur Tune & l'autre rive précisément d'une de ces rivières, celle à laquelle il doit son nom.
TUBJU4ENTCHAI. MAISON DE MACHTI MOHAMMED.
Cro^oii d« l'anlaor.
Turkmentchaï est un petit village construit en pisé comme tous les autres, aux maisons basses, à terrasses, en partie cachées par les arbres des jardins & des cours. Il n'aurait aucune importance si le traité de paix de 1828, entre la Perse & la Russie, n'y avait été signé par le valiahd d'alors, le prince Abbas Mirza, & le général Paskévitch. Par ce traité, sans parler d'une indemnité de guerre de 80 millions de roubles, la Perse perdait les khanats d'Erivan & de Naktchevân — son Alsace- Lorraine — & sa frontière était reportée à l'Araxe, où elle est adhiellement. Il est vrai que le prince Abbas Mirza était reconnu par la Russie comme héritier présomptif de la couronne
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de Perse. . . , qu'il ne devait jamais porter. J'ai voulu voir la maison où ce traité fut signe. Elle est en ruine — toujours des ruines! H n'y a plus debout que la porte d'entrée, quelques pans de mur & un peuplier au milieu des décombres, que j'ai crayonnés sur mon album, pensant que d'ici peu ce sera peut-être tout ce qui restera de la maison, historique pourtant, de Machti-Mohammed.
/"" oâohre. - Journée désagréable ik de fatigue ^ vent violent & poussière épaisse; continuelles montées & descentes; ravins profonds.
Les femmes qui vannaient du blé, hier, à Turkmentchaï, doivent être satisfaites. Leur manière d'opérer est des plus primitives. Aussi haut qu'elles peuvent, elles lèvent une corbeille pleine de blé passé au battoir non moins primitif vu près d'Akta, versent ce blé lentement, de telle manière que le bon grain, plein & lourd, tombe directement à terre, alors que le mauvais, la baie Ik les poussières diverses sont emportés plus ou moins loin par le vent. L'air, trop calme hier, laissait tomber ensemble bons & mauvais grains, & les femmes maugréaient & appelaient le vent à leur secours. Il a répondu à leur appel, pour notre malheur & pour le leur aussi sans doute, car il est de force aujourd'hui à tout emporter à la fois bon & mauvais grain, baie & poussières.
Les montagnes de droite se mpprochent de nous; elles semblent même se joindre à celles de gauche, de l'autre coté du village d'Onnik, au voisinage duquel nous campons.
Emir Ni2am m'envoie, pour les soins que je lui ai donnés, un chale des plus fins avec une lettre charmante, où il dit devoir à mon «amitié» d'être guéri.
1 oâobre. — Nous ne sommes pas à b limite de la plaine, comme on aurait pu le croire hier, où, de la route, on se figurait voir les deux chaînes de montagnes se rejoindre derrière
Onnit. Après deux ravins profonds & une étendue de plaine assez unie, nous traversons la ville de Myaneh, renommée par sa dangereuse punaise, Xargas persicm, dont on prétend la piqûre parfois mortelle. Ce n'est donc pas sans raison que le voyageur doit éviter de stationner à Myaneh, & surtout d y séjourner. Cette raison suffit pour que nous passions outre & allions camper un demi-farsakh plus loin.
Sortis de la ville, nous traversons une rivière à gué, pendant que Ton répare à notre gauche un pont très long & en fort mauvais état. La réfeâion qu'il réclame a été jugée assez importante pour que plusieurs fours aient été établis dans le voisinage, fours à cuire la pierre à chaux & la brique. On me dit que ces travaux sont exécutés aux frais du chah, Myaneh, autrefois grande ville riche ik très peuplée, n'ayant plus assez d'habitants & étant trop pauvre pour y subvenir. Décidément, le passage du souverain est chose heureuse & profitable à ces contrées.
Nos tentes sont dressées à l'extrémité de la plaine, au pied des montagnes, assez loin, espérons-le, pour ne pas avoir à craindre la visite du terrible argas.
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) o£îobre. — Tout en quittant le camp, nous gravissons les premiers contreforts de la chaîne de montagnes qui sépare rA2erbaïdjân de l'Irak Adjcmi. A un détour du chemin, nous voyons près du campement de la nuit passée quantité de tentes debout. Ce sont celles du valiahd qui, parvenu à la limite de la province qu'il gouverne, s'est arrêté là & va reprendre la route de Tauris.
(.ruqiii« ilf i juleur.
PONT DU KEZEL-OUZhN.
Quelques dures montées, par un mauvais chemin tracé sur le flanc de coteaux escarpés, 6c nous arrivons, vers neuf heures, au col le plus élevé du Kaplan-Kouh, à environ 1,400 mètres. Dans cette pénible ascension, nous rencontrons cinq tarantas chargés, comme les précédents, de loupes de novcr. Ils descendent une pente très raide. C'est miracle que ces gros blocs ne roulent pas sur l'attelage ; leur poids contribue sûrement à les retenir en place.
De ce col, la vue s'étend au loin derrière nous. Parmi les sommets dont la silhouette marque rhori;5on, le mont Savalan m'est indiqué à droite de Myanehj il s'estompe à peine sur le ciel bleu. Devant nous, des roches dénudées brillent au soleil;
Onnik. Après deux ravins profonds & une étendue de plaine assez unie, nous traversons la ville de Myaneh, renommée par sa dangereuse punaise, Xargas persicm, dont on prétend la piqûre parfois mortelle. Ce n'est donc pas sans raison que le voyageur doit éviter de stationner à Myaneh, & surtout d y séjourner. Cette raison suffit pour que nous passions outre & allions camper un demi-farsakh plus loin.
Sortis de la ville, nous traversons une rivière à gué, pendant que Ton répare à notre gauche un pont très long & en fort mauvais état. La réfeftion qu'il réclame a été jugée assez importante pour que plusieurs fours aient été établis dans le voisinage, fours à cuire la pierre à chaux & la brique. On me dit que ces travaux sont exécutés aux frais du chah, Myaneh, autrefois grande ville riche ik très peuplée, n'ayant plus assez d'habitants & étant trop pauvre pour y subvenir. Décidément, le passage du souverain est chose heureuse & profitable à ces contrées.
Nos tentes sont dressées à l'extrémité de la plaine, au pied des montagnes, assez loin, espérons-le, pour ne pas avoir à craindre la visite du terrible argas.
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) octobre. — Tout en quittant le camp, nous gravissons les premiers contreforts de la chaîne de montagnes qui sépare rA2erbaïdjân de l'Irak Adjcmi. A un détour du chemin, nous voyons près du campement de la nuit passée quantité de tentes debout. Ce sont celles du valiahd qui, parvenu à la limite de la province qu'il gouverne, s'est arrêté là & va reprendre la route de Tauris.
(.rouilla lie i juleur.
PONT DU KEZBL-OUZEN.
Quelques dures montées, par un mauvais chemin tracé sur le flanc de coteaux escarpés, & nous arrivons, vers neuf heures, au col le plus élevé du Kaplan-Kouh, à environ 1,400 mètres. Dans cette pénible ascension, nous rencontrons cinq tarantas chargés, comme les précédents, de loupes de novcr. Ils descendent une pente très raide. C'est miracle que ces gros blocs ne roulent pas sur l'attelage ; leur poids contribue sûrement à les retenir en place.
De ce col, la vue s'étend au loin derrière nous. Parmi les sommets dont la silhouette marque Fhori^on, le mont Savalan m'est indiqué à droite de Myanehj il s'estompe à peine sur le ciel bleu. Devant nous, des roches dénudées brillent au soleil;
on en tire une pierre meulière rougeâtre, dont nous voyons des échantillons plus ou moins bien travailles.
Nous avons laissé TA^erbaïdjân. Nous descendons le versant du Kaplan-Kouh appartenant à l'Irak Adjémi, quand apparaissent à notre gauche les ruines de ce qui semble avoir été une forteresse. Sa situation sur un haut rocher nu me rappelle assez la citadelle de Cattaro, vue des hauteurs de Kerstatz. Ce fort devait commander une grande étendue de la vallée du Kc2el- Ou2en, qu'il domine, en même temps qu'un pont sur lequel nous allons passer. Connu sous le nom de Doukhtèré Kalé (château de la pucelle), il a donné naissance à toutes sortes de légendes, aussi véridiques les unes que les autres, répandues dans le pays. Selon certaines de ces légendes, le Doukhtèré Kalé aurait servi soit de retraite à une princesse ayant fait vœu de chasteté, soit de prison à la fille d'un roi, rebelle à la volonté patemelle.
Le Ke2el-0u2en (rivière rouge) est un large fleuve qui, plus loin, après avoir reçu le Chah-Roud, prend le nom de Sèfid-Roud (rivière blanche) & le garde jusqu'à la mer Caspienne. Si c'est la couleur de ses eaux qui lui a valu ses noms, un troisième lui conviendrait mieux ici, car l'eau y est jaune ocre comme la terre des rives. Quoi qu'il en soit, nous traversons le Ke2cl-Ou2cn sur un pont bien conservé, chose étonnante! Ce pont est construit en dos d'âne à l'aide de bonnes briques; il a trois arches inégales, celle du centre étant plus haute que les deux autres. On y lit l'inscription suivante : ce Sous le règne du chah Séfi I^, en 1042 de l'hégircj achevé en deux ans. » Ce qui en Êiit remonter la construélion au commencement du xviT siècle.
A peine sommes-nous de l'autre côté du fleuve, que nous gravissons quelques coteaux, moins raides que les précédents, sur les pentes opposées desquels nous trouvons Djemalabad. Dès mon arrivée à l'étape, le chah, qui m'a vu en passant dessiner le pont, me fait dire de lui apporter mon album. Il
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examine avec soin les dessins qu'il contient, me félicite de savoir dessiner, se glorifie de son goût pour cet art, &, avant de me rendre lalbum, prend une plume ik écrit en fiançais sur la feuille où le pont est représenté : «pont Kezélle O^énne», d'après sa manière de prononcer.
Djemalabad est un village au pied d'un grand caravansérail abandonné, sur l'emplacement d'une ancienne forteresse, ainsi que l'apprend l'inscription suivante relevée au-dessus de la porte d'entrée du caravansérail : «Nous avons bâti ce caravansérail
l<ru<]ai« ilf* i'autear.
DJIMAI-ABAD.
près de la forteresse de Djemalabad, nous ministre de la justice du chah Abbas II, en 1065 de l'hégire. »
4 octobre. — Les derniers monticules descendus, nous entrons dans une vaste plaine, sans limite apparente devant nous. Elle est tout à fait inculte. Après une bonne heure de route, un ravin se présente, puis un plateau ondulé, mamelonné de la plus singulière &çon. On croirait avoir sous les veux un sol couvert conmie de grandes taupinières les unes à côté des autres, ou un vaste plan en relief de montagnes d'égale hauteur. La
route est moins mauvaise que ces trois demiers jours; en revanche nos voitures, aidées par le vent, soulèvent des nuages de poussière qui nous enveloppent.
Nous campons à Sertcham, au bord du Zendjân-Roud, affluent du Ke2el-Ou2en, dont le lit à peu près dessèche n'a guère moins d'un kilomètre de large. Les rivières, les moindres luisseaux se creusent ici leur lit sans difficulté, tant la couche de terre est profonde. On en voit dont les berges, tout entières d'une belle terre végétale, ont 7 à 8 mètres de haut. La bonne terre ne manque donc pas, &, si nous sommes au milieu d'un vrai désert, ce n'est certes point d'un désert de sable; ce qui manque, c'est la main de l'homme capable de mettre en valeur cette terre inutilisée.
Ici encore se trouvent les ruines d'un de ces caravansérails qui, bordant les routes, assuraient un abri à tout passant, indistindtement, & feisaient honneur à la Perse. L'inscription qui se lit au-dessus de la porte nous apprend qu'il «a été construit sous le règne du sultan Abou Saïd Mogol, par son ministre Mohammed, en l'an 733 de l'hégire».
Demandez dans le pays qui a élevé ces caravansérails, chacun vous répondra : «C'est Chah Abbas»; car, pour le peuple, tout ce qui a été fait d'utile & de grand remonte à ce monarque; ik la légende ajoute qu'il en a élevé 999 pareils dans toute la Perse. Il est certain que la Perse doit beaucoup à la munificence du chah Abbas P% qui, on le sait, fit partout tracer des routes, bâtir des refuges pour le voyageur & jeter des ponts sur les cours d'eau. Mais, après comme avant son règne, ont été édifiées bien des construdtions semblables. De ce que ponts & caravansérails sont établis sur le même modèle, il ne s'ensuit pas forcément qu'ils soient tous de la même époque, c'està-dire du temps d' Abbas le Grand. Ainsi, le pont du Ke2el- Ouzen date de son petit-fils, le chah Séfi I*'''; le caravansérail de Djemalabad a été construit par le ministre de la justice du fils de ce dernier, Chah Abbas II; tandis que le caravansérail
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de Sertcham, don d'un ministre du sultan Abou Saïd, est de trois siècles antérieur à son règne. S'il y a similitude entre tant d'édifices d'époques différentes, c'est l'effet tout naturel de mêmes besoins dans un milieu & sous im climat qui n'ont pas changé depuis bien des siècles.
Ces caravansérails offraient une grande sécurité : c'étaient de véritables forteresses. Un mur quadrangulaire élevé 6c solide les entourait, mur flanqué de tourelles d'appui & ayant parfois
CKRAVANSKRAIL DE SERTCHAM.
des tours de défense à ses angles. L'unique porte donnant accès à l'intérieur de l'édifice était percée au fond d'un très haut portail, beaucoup plus haut que les murs, qui contenait à sa partie supérieure un étage de chambres, le ba/ai^hafiè (haute maison), mot dont nous avons fait balcon. Les cours étaient bordées d'écuries, de hangars & de logettes servant de chambres, aujourd'hui pleins de décombres produits par la chute des lourdes terrasses qui servaient de toit. Ce que tout cet intérieur, cours & constru6Hons, pouvait contenir d'hommes, d'animaux & de marchandises devait être considérable. Sur la &çade, de chaque côté du portail, de grandes niches en forme
d^arcadcs ogivales étaient ménagées dans le mur, tantôt au niveau du sol, tantôt un peu plus haut 5 tout en contribuant à Tomementation, elles servaient aux simples passants, à ceux qui, n'ayant que peu de temps à s'arrêter, étaient heureux d y trouver un abri sans bourse délier; quoique peu profondes, ces niches devaient être assez fréquentées, si Ton en juge par l'usure de leur sol.
/ o£fobre, — Nous remontons le cours du Zendjân-Roud, dont les rives sont presque partout cultivées. De chaque côté de nous, mais surtout du côté opposé à la rivière, c'est-à-dire à gauche, nous retrouvons ces monticules de terre à formel mollement arrondies que nous avons vus hier dans leur ensemble. On dirait de longues vagues, les ondulations d'une mer qui commence à s'agiter. La poussière est toujours forte, soulevée en tourbillons par un vent de nord-est assc2 violent qui dure depuis quelques jours & acquiert toute son intensité vers six heures du soir; il souffle de la mer Caspienne & il est habituel à cette époque.
Toutes les tentes sont dressées, cette fois, dans le lit même du Zendjân-Roud en grande partie desséché, près d'Aghme^ar, à 1,300 mètres d'altitude.
6 oStobre. — Nous continuons à remonter la vallée du 2^ndjân-Roud, sur la rive droite, quand le lit de la rivière ne nous sert pas de chemin. La culture cotonnière semble prospérer ici, au moins dans les parties faciles à irriguer. Nous traversons en effet de temps en temps des champs de cotoimicrs; mais il fout convenir que ces arbustes y sont petits, bien que suffisamment espacés, car la terre ne fait point défaut ik le cultivateur ne saurait s'en montrer avare.
Nous campons comme hier dans le lit encaissé du Zendjân- Roud, httéralement dans l'eau, parmi saules, tamaris & jujubiers, non loin de Nikpêy, dont nous voyons distindtement le
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caravansérail & les maisons, du haut de la berge qui cache notre camp.
Etemad es-Saltaneh, rendu de plus en plus familier par notre vie en commun tant en route, dans la même voiture, qu à l'étape, où nous prenons nos repas ensemble, me cause de plus en plus librement des gens & des choses de son pays. Aujourd'hui, après dîner, il m'a longuement entretenu de concessions accordées à des étrangers, entre autres de la concession d'une banque & de celle des vins & alcools.
NIK?âT.
r.muuîa de i'aoUar.
Le monopole d'une banque, en même temps que de l'exploitation des mines, a été concédé à des Anglais sous le nom de banque Reuter; & cette concession aurait rapporté immédiatement, aux plus hauts personnages & à ceux qui les approchent le plus près, des sommes ne manquant pas d'importance : deux pots-de-vin d'un million & plusieurs autres de centaines de mille francs, par exemple.
La concession des vins & des alcools a été signée en faveur de Philippart, associe à deux banquiers de la rue Laffittc. Pour
celle-ci, les pots-de-vin sont moins gros, Philippart n étant plus au beau temps de l'Union Générale. Et ce qui vexe Etemad es- Saltaneh, c'est que c'est lui qui a touché le moins : «5,000 francs seulement ! » alors que des sommes de 40,000, de 100,000 & même de 250,000 francs ont été comptées à d'autres en belle & bonne monnaie. Il en est navré. «Décidément, dit-il, on s'est moqué de moi! Après tout, sans moi rien ne se serait Êiit, & personne n'aurait rien reçu. N'est-ce pas moi qui, mis en rapport avec deux bailleurs de fonds, les ai décidés à verser les premiers capitaux en leur montrant qu'il y avait dans cette affeire des millions à gagner?» Philippart lui a bien remis un papier signé de sa main, par lequel il s'engage à lui céder, à l'émission, pour 95,000 francs d'aélions. Mais «il ne croit pas à la réussite de l'entreprise 5 il sait par expérience que ces concessions se donnent périodiquement sans plus de succès, pour le seul bonheur de ceux qui touchent de bons pots-dc-vin, au détriment des gogos d'aftionnaires; il voit par&itement que l'engagement de Philippart n'est qu'un leurre, ime manière habile, commode, de le renvoyer aux calendes grecques». Néanmoins il me fait lire l'autographe du grand financier, qu'il voudrait bien pouvoir négocier des à présent, même avec perte. En sa qualité d'érudit, il connaît le proverbe arabe : «Un dirhem en poche vaut mieux que dix dehors», & il n'ignore pas celui que nous a légué la sagesse des nations : «Un bon tiens vaut mieux que deux tu l'auras. » Or, il comprend qu'il est loin de tenir l'argent promis, ik c'est assurément la seule chose qui le désole; car de la Perse il n'est question.
En dehors de ces concessions, celle du monopole des tabacs aurait été demandée par un Anglais, à Londres, sans que les pourparlers aient abouti à rien de définitif
7 oôtobre. — Par le même vent soulevant les mêmes nuages de poussière, nous montons, ayant toujours à notre droite le Zendjân-Roud , qui disparaît & reparaît plusieurs fois jusqu'à
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notre arrivée à Zendjân, où la première soirée est égayée par un feu d'artifice.
On passe la journée du 8 à Zendjân. Cette ville, tristement célèbre par le siège qu'y soutinrent les babis au début du règne de Nasr ed-Din & par les cruautés qui en furent la conséquence, est dans un état de délabrement qui rappelle cette déplorable époque : ni les murailles démantelées, ni les maisons tombées alors n'ont été relevées.